"Je prends tout en bloc". Le fondateur de l'École en bateau, Léonide Kameneff, avait reconnu en partie sa culpabilité il y a quelques jours. Après deux semaines de procès, la cour d'assises des mineurs de Paris a condamné l'ancien psychothérapeute, vendredi, à 12 ans de prison pour les viols et agressions sexuelles de cinq enfants dans les années 1980 et 1990.

Deux ex-équipiers de Kameneff ont été condamnés respectivement à six ans ferme et cinq ans de prison avec sursis. Un troisième, ancien élève de l'école âgé de 17 ans au moment des faits, a été acquitté. Les quatre accusés étaient poursuivis pour viols et agressions sexuelles de neuf enfants entre 1981 et 1994.

Des aveux savamment triés

"En voyant la souffrance et l'émotion de toutes ces parties civiles je prends conscience des dommages psychologiques que j'ai pu causer et je le regrette" avait confié le principal accusé, lors de son procès. En particulier à l'écoute du récit de F., un jeune homme de 33 ans encore dévasté par le souvenir des nuits sur le thonier Karrek Ven où Kameneff venait le rejoindre pour des échanges de caresses, masturbations et fellations.

Mais l'homme de 76 ans a soigneusement fait le tri dans ses aveux pendant son procès, admettant des caresses, des masturbations sur certains enfants, notamment lorsque les faits étaient prescrits, mais niant les principaux abus pour lesquels il est poursuivi. Préférant parler de "jeux", de "tendresse", "d'affection", il a fermement tenu à distance le qualificatif de pédophile : "Je ne me considère pas comme un pédophile parce que j'ai caressé des enfants. Les pédophiles ce sont des gens qui n'ont absolument aucun contrôle sur eux-mêmes, qui cherchent à assouvir leurs pulsions", s'était emporté Kameneff mercredi.

Il avait fondé L'Ecole en bateau pour sortir les enfants du cadre normatif de l'école et leur faire découvrir autre chose, au fil de l'eau. Plus de 400 enfants, de tous milieux, ont ainsi embarqué avec lui de 1969 à 2012 pour de longs périples. De nombreux jeunes ont témoigné d'un séjour formidable et leurs aventures ont même fait l'objet d'émissions télévisées. Mais derrière l'image de ces enfants globe-trotteur, se cachait l'horreur, comme le décrivait début mars à Libération l'une des victimes. Derrière "la vitrine incroyablement rutilante" de l'Ecole en bateau sévissait "une pédophilie en col blanc", a ainsi déclaré l'avocat des parties civiles lors du procès.