Ludovic Lefebvre

L’Outrelois raconte son calvaire dans un livre

« Victime d’un médecin pédophile »

 

Ludovic Lefebvre promet: «Je ne lâcherai pas. Il est important que mon agresseur soit traduit en justice.»

 

Ludovic Lefebvre a brisé un terrible silence : entre 1984 et 1989, il aurait été la victime d’un couple pervers. Aujourd’hui, il se bat pour sortir le dossier des oubliettes de la justice

 

Les cheveux mi-longs qui couvrent la nuque, la chemise impeccablement repassée qui dépasse d’un pantalon coupe droite, chaussures cirées.

.. La carapace « bobo » ne fait pas illusion bien longtemps et peine à masquer des blessures bien plus profondément enfouies. Sorti de l’enfer, Ludovic Lefebvre a noirci des pages pour en tourner une de sa vie, pesante. Entre 1984 et 1989, derrière les murs d’une villa cossue d’Hardelot, Ludovic Lefebvre a été la proie sans défense d’un couple de pédophiles. Enfin… aurait été, puisque les faits, prescrits, n’ont jamais fait l’objet d’un procès devant une cour d’assises. Mais aujourd’hui, Ludovic Lefebvre met tout en oeuvre pour relancer la machine judiciaire.

Ludovic Lefebvre a 15 ans quand il tombe dans les griffes de ses agresseurs présumés. Adolescent turbulent, l’Outrelois multiplie les écarts. « Le petit con intégral », concède-t-il aujourd’hui, à l’orée de la quarantaine. Sa mère, qui l’élève seule, est une victime collatérale des exactions de l’ado intenable. « Désespérée », elle s’en remet au médecin de famille qui se propose d’héberger quelque temps Ludovic à son domicile. Louable dévotion qui cache une tout autre intention…
Sans arme mais avec son bagage, Ludovic débarque chez le praticien. À l’époque, le médecin a son cabinet à Outreau.
Très vite, docteur Jekyll devient Mister Hyde. Et Madame s’en mêle. Ludovic devient l’exutoire des déviances sexuelles du couple malsain. Un joujou, ni plus ni moins. Les soirées beuveries se terminent en orgie contre le gré d’un des participants.
« J’étais à l’internat, donc la semaine, ça allait à peu près, mais je ne pouvais me confier à personne. À cet âge-là, on joue les durs. La honte fait qu’un garçon ne dit pas à ses copains qu’il a été violé. Mais quand arrivait le week-end, je savais ce qui m’attendait… » Et un beau jour, même le répit de la semaine s’envole : le docteur change Ludovic d’école et l’inscrit à Mariette. « Là, j’ai su que les viols, ce serait tous les jours », souffle-t-il.

Un procès pour thérapie

Ludovic sombre. Mentalement et physiquement puisqu’il se réfugie dans l’alcool et la drogue. Un paradis artificiel pour oublier l’enfer. Au bout de cinq ans d’une chute vertigineuse, Ludovic trouve la parade et ment pour s’extirper de la toile d’araignée : « Je lui ai dit que j’étais séropositif ; il m’a viré de chez lui, j’étais devenu inconsommable. » Commence un long combat pour faire reconnaître la culpabilité de ses agresseurs. Il porte plainte en 1996. Mais le chemin qui mène à sa vérité est semé d’embûches. De « plaintes… égarées » en contradictions judiciaires, Ludovic a l’horrible impression que « la machine met tout en oeuvre pour étouffer l’affaire. » En 2004, Bertrand Diet, juge d’instruction au tribunal de Boulogne, demande le renvoi du docteur et de son épouse devant la cour d’assises du Pas-de-Calais. Peine perdue : les faits sont prescrits. Pourtant, plus tard, Ludovic obtient une indemnisation… en tant que victime.
Surtout, le justiciable craint que son histoire n’ait pas survécu à l’affaire d’Outreau. Difficile de remettre en cause « un notable » dans une affaire présumée de pédophilie après le cataclysme judiciaire provoqué par Outreau… Il s’est adjoint les services de deux avocats pour tenter de sortir son histoire des oubliettes judiciaires.
Quoi qu’il advienne, Ludovic promet qu’il ne lâchera pas. « C’est important qu’il se retrouve à la barre d’un tribunal, j’en ai besoin », pointe-t-il.
Ne serait-ce que pour tenter de panser les plaies qui peuvent encore l’être.

par Mickaël TASSART
Source: La semaine dans le Boulonnais

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