Louise Lou Larouche, une mini-femme de papier

Par Alain Bouchard journaliste

Le Soleil-Québec

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«Il y a plein de corneilles à cette hauteur. Et mois je suis une colombe…» C’est ainsi que Louise Lou Larouche me présente son «gratte-ciel» de huit étages, coin Chouinard-chemin Sainte-Foy, en surplomb du parc des Braves, en haute-ville de Québec.

 

Louise Lou Larouche

« Il y a plein de corneilles à cette hauteur. Et mois je suis une colombe… »

Pour cette mini-femme de cinq pieds un pouce, 107 livres, presque un personnage de papier comme celui qui constitue son univers de poésie, huit étages constituent un gratte-ciel de la même manière qu’une pièce unique constitue un appartement et qu’une invitation à réciter un poème constitue un événement inscrit dans son curriculum vitae.

Louise Larouche, 62 ans, a choisi de voir les petites choses en grand, peut-être à cause des six dépressions qui lui ont fait passer sa vie en psychothérapie, et peut-être surtout à cause de l’inceste dont elle a été victime, à bas âge. dans son village de Charlevoix, et dont elle parle à mots couverts dans sa poésie. C’est la première fois qu’elle le révèle à un journaliste… en espérant, sans le dire, qu’il ne s’étende peu là-dessus. Le drame est trop saillant.

Les yeux de Louise Larouche ont l’air de se chercher une couleur de la même manière que la dame a l’air de se chercher une vie qui soit la plus vivable possible. Bruns? Vert foncé? Noisette pâle? Heureuse? Survivante? Miraculée?

La douce colombe échappe soudainement un calice! particulièrement surprenant. «Je sacre, vous savez! Et ça veut dire que je suis alors très enragée.» Le calice! accompagne le chapitre de son mariage après un concubinage d’un an, dans la rue Saint-Jean. «Rien n’est plus pareil après le mariage!» dira-t-elle.

 

Vieille à 15 ans

Le destin de la petite fille paraît pourtant prometteur. Elle a un grand-père commerçant qui va même à Paris en bateau. Elle a un père courtier d’assurances plutôt prospère. Elle est septième d’une famille de 11, pour qui croit au lucky seven.

Mais tout bascule lorsque sa mère meurt d’un cancer lors-qu’elle a 15 ans seulement. «Maman est tout à coup apparue puis disparue en même temps, raconte-t-elle. Elle est revenue de l’hôpital dans un cercueil. Puis elle est disparue sous la terre.» C’est à ce moment que Lou commence à écrire, question de trouver de l’air à respirer.

La petite fille lunatique qui contemplait l’univers sur le bord de la fenêtre de l’école ou de la maison devient brusquement une femme responsable de la maisonnée. Elle arrête l’école durant sept ans pour «faire son devoir». Elle va même aux réunions de parents, imaginez!

Pas étonnant qu’elle devienne plus tard assistante cheftaine chez les Louveteaux, et qu’elle soit la déléguée des élèves pour planifier la pastorale avec les
notables de la place. «J’étais tellement Jeanne d’Arc que je voulais en plus devenir travailleuse sociale.»

Elle prend pension à Giffard pour compléter sa 12e année à l’âge de 22 ans. Après quoi elle devient secrétaire juridique et passe 25 ans au service du contentieux du gouvernement provincial… où son patron est son amant dans le même secret qu’un homme adulte avait antérieurement été son violeur.

Elle se marie à 26 ans mais ne veut pas d’enfant. «J’en avais suffisamment eus!» lance-t-elle.

Elle se sépare huit ans plus tard, déménage dans son gratte-ciel pour guérir sa peine, se fait ligaturer en 1978 et plonge dans l’amour libre de l’époque Flower Power. Un de ses frères meurt alors du sida, comme quoi cet amour libre peut avoir un prix fatal.

 

Ultime séparation

Elle en est maintenant à son troisième séjour dans le fameux gratte-ciel. «C’est chaque fois pour me guérir de quelque chose, dit-elle.

Et elle y fait des «stages» de sept ans. Le deuxième a commencé en 1994; et le troisième, l’actuel, en 2006, alors qu’elle s’est séparée de sa famille une fois pour toutes. «Certains membres ont tenté de renouer. Mais il me fallait sortir de l’horrible chaîne pression-oppression-dépression-suppression. Le moindre contact avec ma famille et ma région me donne des migraines.»

Un grand lit rose gît au milieu de son petit studio. Une petite table ronde surmontée d’un archange en plâtre et d’une petite lampe constitue son lieu de création. Des disques de Diane Dufresne et de Cloé Sainte-Marie reposent sur une étagère. Sur le mur principal, toutes sortes de petits objets ou de petites gravures hétéroclites : des bouts d’écorce de boulot; des débarbouillettes disposées en triangles supposément décoratifs, une photo de Gabrielle Roy, des petits anges en carton, même quelques photos de famille malgré tout.

Louise Lou Larouche est retraitée depuis l’âge de 50 ans. Quand elle n’écrit pas, elle recycle des vêtements, fait ses marches et ses courses. Elle ne peut avoir de chien, ni de chat, ni de ventilateur à cause de son asthme.

C’est à travers cet univers corseté que se faufilent les poèmes L’Élan, Île Rosée Turquoise, Vibration Lumineuse, Goût de vivre, Célébration de l’Espoir, Lumière dansante, Rêvance, Marie L’Eau, L’Aube du Levant, Infinitude, Le Temps qu’il faut, Les Vagues du cœur, Renaissance, et les autres…

Tous nos remerciements à l’auteur.

Plus d’info: Notice biographique

 

 

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