L’inceste doit être jugé comme un crime

Claude Stéfan:

Ce n’est pas toujours le cas, déplore l’Association internationale des victimes de ce « fléau »… Aussi, elle tient, aujourd’hui, son premier congrès à Paris.

Isabelle Aubry.

Présidente de l’Association internationale des victimes de l’inceste, vient de publier La Première fois, j’avais six ans.

Quels sont les combats menés par votre association ?

Nous voulons changer la loi, car elle est inadaptée. Le mot inceste n’est pas inscrit dans le Code pénal, il est jugé comme viol, agression ou atteinte sexuelle commise par ascendant. Nous voulons que le terme inceste y soit écrit noir sur blanc, comme au Québec.

Pourquoi cette exigence ?

Parce que la loi pourrait ainsi prendre en compte l’inceste commis par une personne n’ayant pas autorité, comme un frère, un cousin. Mais surtout, l’inceste est différent des autres agressions sexuelles. En cas d’agression en dehors du cercle familial, la famille fait bloc avec la victime. En cas d’inceste, souvent, c’est la victime qui est rejetée, au nom de la cohésion familiale ! Enfin, l’inceste a des conséquences tellement graves qu’il devrait toujours être jugé comme un crime. Actuellement, il ne l’est que si la qualification de viol est retenue. Si on retient l’agression ou les attouchements, c’est un délit.

Vous voulez donc criminaliser toutes les formes d’inceste ?

Oui, car l’inceste est toujours un meurtre psychique ! Comme il a lieu en famille, tous les repères de la victime sont bouleversés, ses constructions mentales renversées. Moi-même, j’avais l’impression d’être la sœur de ma mère, la mère de ma sœur… Le fait de criminaliser empêcherait aussi que beaucoup de viols soient considérés comme de simples agressions.

Est-ce le cas ?

Oui, parce que pour qu’il y ait viol, il faut qu’il y ait eu pénétration avec violence, contrainte, menace ou surprise. Le juge doit déterminer si la victime était consentante. Mais, comment voulez-vous qu’un enfant dise non à son père ? Il faut inscrire dans la loi qu’un enfant ne peut jamais consentir. Actuellement, la plupart des affaires ne sont pas jugées en cour d’assises, mais en tribunal correctionnel, avec des peines moindres. C’est ce qui m’est arrivé.

Avez-vous l’espoir de faire bouger la loi ?

Plusieurs ministres nous l’ont promis, nous n’avons rien vu venir. Car les tribunaux sont surencombrés ! Si toutes les affaires d’inceste passaient aux assises, où les procès sont terriblement longs et coûteux, la justice serait débordée. Cela dit, déjà, à l’heure actuelle, l’inceste encombre les assises. Le nombre de victimes est tellement énorme, avec des conséquences tellement lourdes !

C’est ce qui vous fait dire qu’il s’agit d’un problème de santé publique…

C’est même un fléau de santé publique ! Beaucoup de victimes d’inceste font des tentatives de suicide, des dépressions, deviennent alcooliques, phobiques, toxicomanes… Ça coûte très cher à la Sécu. Moi-même, j’ai 43 ans et je me soigne encore. Je souffre de troubles bipolaires, je suis en invalidité. Tout ça, c’est la société qui le supporte !

 

Recueilli par

Florence PITARD.

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