Internet permet-il encore une vie privée ?

Attention aux groupes de discussion et blogs sur Internet : ils ne garantissent pas forcément la protection des données, ont averti hier au Conseil de l’Europe à Strasbourg les spécialistes d’une soixantaine de pays réunis sur le thème « Informatique et libertés ».

 

 

Ce colloque, organisé par la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) et son homologue allemande BfDI, s’adresse chaque année aux 78 autorités chargées de la protection des données, dans les pays où ces organisations existent. Face à Internet et à son développement, leur rôle consiste à surveiller et à alerter, à défaut de réglementations. Celles-ci sont quasi inexistantes et d’ailleurs, dans la plupart des cas, pas souhaitées (sauf pour les affaires criminelles dont la pédophilie). Dans les domaines « virtuels », les instances type CNIL s’appuient d’abord sur la vigilance des internautes dûment avertis des risques encourus, tout en comptant sur la bonne volonté – éventuellement à consigner sous forme de « chartes » – des fournisseurs d’accès.

Le blog de Clara

Le colloque strasbourgeois a plus particulièrement porté sur la « protection de la vie privée dans un monde sans frontières ». Et le constat est alarmant : la vie privée, ce « capital intimité » de chacun, devient de plus en plus transparente. Interroger un moteur de recherches, mettre à jour un blog ou un « profil » sur un site communautaire dévoile chaque jour un peu plus d’intimité. Sans oublier qu’Internet permet de « fouiner » : rechercher ses copains de classe, géolocaliser ses amis, repérer les frasques de jeunesse d’un candidat à l’embauche. L’internaute est à la fois « ficheur » et « fiché ». Où tout cela mènera-t-il ?
Les adolescents, nombreux sur les blogs et les messageries instantanées, sont particulièrement concernés sans se rendre compte que petit à petit ils « livrent » leur personnalité.
Par exemple Clara – un exemple cité au colloque – entretient un blog depuis l’âge de 14 ans. Elle dévoile ses passions, ses goûts, publie ses photos et parle de ses états d’âme en commentant son quotidien. Par ailleurs, elle mène une « seconde vie » sur un site spécialisé. Comme ces informations sont stockées durant des années et peuvent être enregistrées par chaque personne connectée, Clara peut devenir, à son insu, une cible privilégiée pour des analyses comportementales ou des études de marketing. Son « profil commercial » sera aisé à définir… Et peut-être un jour, quelqu’un posera des questions à Clara sur des « affirmations » livrées par blog, il y a cinq ans.
Certes, des « outils » autorisant la confidentialité existent sur les sites. Pour les fournisseurs d’accès et les forums, c’est à l’internaute de prendre ses responsabilités, en décidant ou non de s’en servir.

La responsabilité chez les fournisseurs

La CNIL et les instances équivalentes demandent au contraire plus de responsabilité de la part des fournisseurs. A eux d’avertir et, surtout, de rendre ces fameux « outils » de confidentialité très facilement accessibles sans connaissances particulières en informatique.
Reste la question des « données sécurisées », par exemple lors d’un paiement par carte bancaire sur la Toile. Dans l’Union européenne et dans les autres États européens occidentaux, cette sécurité serait réelle, ainsi qu’en Amérique du Nord. Ailleurs, ce serait toujours la jungle, avec des sites « sérieux » et d’autres absolument pas fiables… Mais qui les connaît ?

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