Carole Roussopoulos, la dame à la caméra

La dame à la caméra

par Véronique Ribordy pour

La Médiathèque Valais-Martigny présente trois films de Carole Roussopoulos à l’occasion du don de ses archives filmées à l’état. Caméra au poing, Carole défend les droits humains depuis trente ans.

La Médiathèque Valais rend hommage à la cinéaste Carole Roussopoulos lundi soir, à l’occasion du dépôt de l’entier de son oeuvre. La Cinémathèque française a consacré un cycle l’été dernier à cette cinéaste et vidéaste d’origine valaisanne. Carole Roussopoulos, née de Kalbermatten, se bat caméra au poing pour la défense des plus faibles. Elle s’est attaquée à tous les tabous, avec toujours le souci d’être au plus près de la vérité en mettant en lumière la parole des témoins, des «sans-voix».

Femme de gauche, femme engagée, elle a mis en lumière les tabous de la société occidentale, en particulier les violences faites aux femmes, mais aussi les violences envers les détenus, les mourants, les exclus, etc.

 

La parole des sans-voix

Dans ses films n’interviennent que des témoins directs. Avec son dernier documentaire, consacré aux mutilations génitales féminines, elle finit même par s’effacer totalement et laisse la caméra à ses témoins, Fatiya et Sarah, qui deviennent réalisatrices de leur propre témoignage. Chaque victoire est sa victoire. Elle se réjouit que plusieurs pays aient déjà interdit l’excision clitoridienne (l’Égypte vient de légiférer après la mort d’une fillette de 12 ans), mais elle connaît aussi les croyances et les réalités sociales complexes auxquelles se heurtent ces pratiques. Les Africaines ne sont plus les seules concernées: «Ces femmes sont désormais Suisses. Nous avons des Suissesses excisées. Comment dès lors parler d’intégration quand ces filles ne peuvent suivre un cours de gym ou doivent manquer l’école dix jours par mois pour des problèmes liés à leurs règles?» La sortie d’un documentaire de Carole fait souvent événement. En 2007, «Femmes mutilées, plus jamais» n’a pas fait exception, médias et politiques se sont emparés d’un sujet longtemps tabou. Les témoignages ont afflué, comme s’il suffisait d’ouvrir une porte.Bien avant de dénoncer les mutilations génitales des petites filles, Carole avait fait partie de ceux qui se sont battus pour lever le tabou de l’inceste, avec «L’inceste, la conspiration des oreilles bouchées» en 1988. Le film et les débats qui avaient suivi avaient provoqué une réflexion au sein du Gouvernement français. La société prendrait aujourd’hui conscience de la gravité des mutilations génitales féminines, comme elle a pris conscience des enjeux de l’avortement, de la prostitution ou du viol: «Dans cinquante ans, ce problème de mutilations génitales féminines sera éliminé. Un film ne fait pas changer les choses, mais il fait partie d’un courant qui finit par faire changer les choses.»

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