La double trahison de l’inceste

Selon les spécialistes de l’inceste, certaines mères sont effectivement dupes des manèges qui se déroulent pourtant presque sous leurs yeux.

par Agnès Gruda pour La Presse

 

L’histoire de Valérie Bédard peut se résumer en quelques chiffres. Quatre: c’est l’âge qu’elle avait lorsque le chum de sa mère a commencé à lui faire des attouchements. Onze: c’est le nombre d’années durant lesquelles elle a vécu dans la même maison que son agresseur.

Dix-huit: c’est l’âge où elle a décidé de quitter sa ville natale, Jonquière, pour recommencer sa vie dans les paysages vallonnés de la Beauce. Vingt-trois: c’est l’âge qu’elle avait lorsque son passé a resurgi, sous forme de grosses crises d’angoisse, la poussant à intenter une poursuite contre son beau-père.

Mais il y a un autre chiffre, encore plus significatif pour Valérie. C’est le deux: le nombre d’adultes qui, dans sa prime enfance, ont trahi sa confiance.

Le premier, c’est l’homme qu’elle a longtemps appelé «papa». La seconde, c’est sa mère qui a fermé les yeux.

«C’est comme si j’avais reçu des coups de poignard de deux côtés. Si tes parents peuvent te faire ça, alors que peut-on attendre des autres?» demande-t-elle.

Selon les spécialistes de l’inceste, certaines mères sont effectivement dupes des manèges qui se déroulent pourtant presque sous leurs yeux. D’autres, en revanche, prétendent n’avoir rien vu. Ou font tout pour détourner les yeux.

À quelle catégorie appartenait la mère de Valérie? La jeune femme suppose que celle-ci a longtemps eu des soupçons.

«Si jamais ça t’arrivait, tu me le raconterais?» demandait-elle à sa fille lorsqu’il était question d’inceste à la télévision.

Mais c’était une drôle de question, qui semblait entrebâiller une porte sans l’ouvrir tout à fait. «Je ne sentais pas que ma mère était vraiment prête à entendre la réponse», confie Valérie. Alors, elle se taisait.

 

Un jeu

Tout a commencé par un jeu. C’est comme ça, raconte Valérie, que son beau-père qualifiait les attouchements qu’il s’est mis à lui infliger peu de temps après avoir emménagé avec sa mère.

Au début, Valérie croyait que «toutes les petites filles font ça avec leur papa». Quand elle s’est rendu compte que ce n’était pas le cas, il était déjà trop tard. Elle était déjà accablée par le poids de la culpabilité.

Vu de l’extérieur, son beau-père était un homme doux, souriant, qui s’occupait des enfants de sa blonde. Comment pouvait-elle lui dire soudainement non, alors qu’elle avait jusque-là toujours dit oui? Comment le dénoncer alors qu’elle avait aussi, à l’occasion de ces «jeux», ressenti des sensations physiques troublantes, pas toujours désagréables?

Elle continuait donc et c’est son corps qui criait de révolte. Crises d’asthme, eczéma. À 9 ans, sa mère lui fait consulter un naturopathe. En un coup d’oeil, ce dernier saisit la situation. «Il m’a dit: «Toi, tu as un secret à raconter à ta mère»«, se souvient la jeune femme.

 

Le secret

Entre la porte d’entrée de la maison familiale et la chambre des parents, il y avait très précisément 38 pas. Effrayée par ses propres aveux, enfouie sous les couvertures, Valérie a compté un à un les pas lourds de son beau-père qui venait répondre à ses accusations.

«De quoi tu parles?» s’est-il étonné quand la mère de Valérie lui a demandé ce qu’il faisait au juste avec l’enfant.

Ce qui suit est un peu confus dans les souvenirs de la jeune femme: des déménagements, le CLSC, l’intervention de la protection de la jeunesse, des appels du beau-père qui pleurait et menaçait de se suicider, puis une thérapie qui devait remettre la famille à l’endroit.

Pendant deux ans, c’est l’accalmie. Puis, de nouveaux incidents, plus épisodiques qu’autrefois. Valérie devient une ado révoltée, elle est en conflit avec sa mère. Lorsque celle-ci épouse son amoureux, ça n’arrange rien. Un jour, Valérie surprend son beau-père en train de la reluquer par la fenêtre. Sa mère ne la croit pas. Mais les traces de pas dans la neige trahissent le coupable. Cette fois, c’est le divorce. Valérie a 15 ans.

La cassure

C’est en devenant mère à son tour que Valérie a mesuré toute la profondeur de la blessure qu’elle a subie dans son enfance – et qu’elle croyait guérir en partant de chez elle, à l’âge de 18 ans.

Quand sa fille a eu 4 ans, l’âge de ses premières agressions, le passé de Valérie est remonté à la surface. «J’ai vu ce que c’était un enfant de 4 ans non pollué par des pensées d’adulte. Aujourd’hui, ma fille a 6 ans et elle croit encore que la fée des dents viendra chercher ses dents sous l’oreiller!» Elle-même, à 4 ans, avait pris un méchant coup de vieux…

Aujourd’hui, Valérie a 25 ans. L’hiver dernier, son ex-beau-père a été condamné à un an de prison avec sursis pour trois agressions qu’il a admis lui avoir fait subir au fil des ans. Un autre procès, au civil, l’a obligé à verser 50 000$ à sa belle-fille. Le témoignage de la jeune femme a été tellement poignant que «même la greffière de la cour a failli pleurer», raconte l’avocat de Valérie, Hans Mercier.

Maintenant, Valérie a le sentiment d’avoir vraiment tourné la page. Elle travaille comme infirmière auxiliaire, s’occupe de sa fille, tient le rôle de grande soeur pour les ados du voisinage. Il fallait la voir tancer sa voisine de 16 ans parce que celle-ci était vêtue d’une jupe un peu trop courte et de talons un peu trop hauts…

«Il faut qu’elle se respecte», disait-elle avec dans les yeux une immense tendresse pour l’adolescente.

Mais surtout, Valérie refuse de justifier toutes ses défaillances par ses années d’agressions. Elle ne veut pas se résumer uniquement à ça: son statut de victime.

À l’occasion, elle témoigne de son expérience devant des étudiants en sexologie à l’Université Laval. «J’assume pleinement ce que j’ai vécu», affirme-t-elle avec aplomb.

 

Le Grand Canyon

Et sa mère? Elle la voit parfois, mais le lien entre les deux femmes est très ténu.

«Réalises-tu ce que j’ai vécu pendant 11 ans?» a lancé Valérie à sa mère, le jour où elle a compris que celle-ci n’avait pas complètement coupé les ponts avec son «ex».

Valérie assure pourtant qu’elle n’a plus de colère. Reste le constat d’un lien brisé. «Je ne pourrai jamais dire que c’est grâce à ma mère que je suis devenue ce que je suis», dit-elle avec une pointe de regret.

Elle essaie aussi de comprendre: si sa mère n’a pas joué son rôle protecteur, c’est sans doute parce qu’elle a eu, elle aussi, une vie difficile, parsemée d’amoureux pas très délicats, avec des zones d’ombre sur lesquelles elle ne s’est jamais épanchée.

«Je crois que si elle est restée si longtemps avec cet homme, c’est parce qu’elle était dépendante affectivement et financièrement de lui», suppose Valérie.

Puis, elle se dit que sa mère a dû l’avoir aimée à sa manière, qu’un jour elle a magasiné des petits pyjamas pour le bébé qui bougeait dans son ventre – tout comme Valérie l’a fait quand elle était enceinte de sa propre fille.

C’est pourquoi au-dessus du «Grand Canyon» qui sépare désormais la mère de sa fille, il y a un petit pont de corde sur lequel les deux femmes s’aventurent parfois. Mais il est fragile, prévient Valérie: «Il ne faut pas être 10 à sauter dessus.»

Entretien : Boris Cyrulnik, la confession

Boris Cyrulnik, la confession

 

C’est le plus célèbre des psys français. A l’occasion de la sortie de son nouveau livre,« Autobiographie d’un épouvantail » (Odile Jacob), le père de la résilience se dévoile.
Propos recueillis par Christophe Labbé et Olivia Recasens pour Le Point

 

Entretien : Boris Cyrulnik, la confession
Il a popularisé une théorie qui a fait de lui une star : la résilience. Après un traumatisme, nous pourrions tous, comme notre ordinateur, « rebooter » notre disque dur. Un concept révolutionnaire qui tord le cou au déterminisme et à la fatalité. Mais qui, victime de son succès, a aussi été mal interprété, parfois caricaturé. A l’occasion de la sortie de son nouveau livre, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik remet les pendules à l’heure et, pour la première fois, évoque son propre cas.

Le Point : C’est votre cinquième livre sur la résilience. On a envie de dire : quoi de nouveau ?

Boris Cyrulnik : Dans mes précédents livres, j’expliquais que rien n’est inéluctable et que l’on peut guérir d’un traumatisme. Ce qui n’était pas envisageable lorsque je faisais mes études. On faisait du misérabilisme, on ne parlait alors que des dégâts du traumatisme, sans jamais s’intéresser à la manière de le réparer. Plus j’explore la résilience, plus je suis surpris par ce que je découvre. Cette fois, en voulant comprendre pourquoi la résilience ne marchait pas à tous les coups, j’ai poussé une nouvelle porte. Après un traumatisme, ce sont les récits qu’en font la famille, le quartier, la culture qui vont détruire la victime ou la sauver. C’est ce que j’appelle le déterminisme verbal.

Que voit Boris Cyrulnik quand il se met devant sa glace ? Que reste-t-il de « Bernard », le petit garçon juif qui se cachait des nazis ?

Le petit Bernard est un prénom derrière lequel je me suis longtemps caché. Mon histoire est devenue publique quand j’ai fait donner la médaille des justes à une dame à Bordeaux qui m’a sauvé la vie. J’avais demandé aux organisateurs que cela ne soit pas médiatisé. Quand je suis arrivé, les télés étaient là. J’ai failli faire demi-tour. Je suis lâche. C’est pourquoi je ne fais que des autobiographies à la troisième personne.

Tout de suite après la guerre, je suis tombé dans la Bible sur l’histoire de Loth, avec de magnifiques illustrations de Gustave Doré, que je revois encore tant elles m’ont marqué. Dieu dit à Loth : « Sauve-toi, il y va de ta vie. Ne te retourne pas, surtout ne regarde pas Sodome en train de brûler, sinon tu vas te transformer en statue de sel. » J’avais 8 ans. Pour moi, c’était clair . Cela signifiait : il t’est arrivé un immense fracas pendant la guerre, regarde devant, rêve et agis ; si par malheur tu te retournes, le sel de tes larmes va te transformer en statue de sel. Tu ne pourras plus vivre. Cela a été ma stratégie de survie, comme pour tous ceux qui arrivent à déclencher un processus de résilience. J’ai pensé que je cesserais d’être un épouvantail si j’arrivais à devenir psychiatre, parce qu’alors je comprendrais tout. C’est l’accomplissement de ce rêve qui m’a fait m’en sortir. Si j’avais été parfaitement équilibré, je serais devenu ébéniste comme mon père. Ce n’est pas normal d’être psychiatre…

On a parfois l’impression que la résilience est la baguette magique qui va tout résoudre…

Bien sûr que la résilience peut échouer. Pour certaines personnes, tout s’arrête. Elles vous disent : « Je suis prisonnier du passé, je ne m’en sors pas… » Elles sont en état de mort psychique. Elles se pensent épouvantails. Je me suis vu ainsi. C’est trop dur, je n’y arriverai pas. Je l’ai pensé par moments. On est tenté par la démission. On souffre moins quand on se laisse aller, glisser, partir… La bagarre est excitante, mais tellement douloureuse !

Le traumatisme est un chaos qui rebat les cartes. On peut ne pas trouver la force de rejouer avec les nouvelles cartes ou au contraire s’en saisir comme d’une chance. Tout dépend de son tempérament, de ce que l’on a vécu avant le traumatisme, et puis de l’entourage et des rencontres que l’on fait après. L’intensité de la résilience va de zéro à presque l’infini. Certaines personnes font du traumatisme le sens de leur vie. Elles métamorphosent leurs blessures en engagement idéologique, scientifique ou littéraire.

En fait, rien n’est joué d’avance. J’aurais pu échouer si cela avait duré trop longtemps. Si j’avais été trop souvent découragé ou si j’avais connu trop d’échecs. Au lieu de cela, j’ai eu la chance de rencontrer des tuteurs de résilience, que je ne reconnaîtrais même pas dans la rue. Cette institutrice qui m’a inscrit à l’examen d’entrée au lycée. Ce prof qui m’a incité à passer le concours général de français, puis cet autre qui m’a poussé à faire Sciences po. Ils m’ont permis d’aller de l’avant, sans me retourner.

Après une profonde blessure psychologique, il faut respecter une période pendant laquelle le traumatisé nie ce qui lui est arrivé. On ne peut pas faire marcher quelqu’un qui a une jambe cassée. On lui met un plâtre, qu’il faudra à un moment enlever, comme il faut à un moment bousculer le déni. Personnellement, on m’a obligé à garder le plâtre trop longtemps. Les autres ont été les complices malgré eux de mon refus de voir la réalité, car ils ne pouvaient pas entendre mon histoire. Après la guerre, j’ai raconté comment j’avais, à 6 ans et demi, échappé à une rafle de la Gestapo en 1943. Les gens ne me croyaient pas et éclataient de rire. Il a fallu que je publie mon premier livre et que Michel Polac m’invite sur le plateau de « Droit de réponse ». Après l’émission, des téléspectateurs ont téléphoné : « Est-ce que ce ne serait pas le petit Boris que j’ai aidé à s’évader de la synagogue de Bordeaux ? » C’était en 1983, j’ai enfin eu la preuve de ce que je disais.

Si l’on vous suit, nous sommes ce que les autres disent de nous et rien d’autre, un simple « je » de construction…

L’être humain est fabriqué par sa « culture », il se construit préverbalement par les interactions affectives et par les récits des autres sur lui. Le film qu’il se fait de lui-son âme-n’est rempli que de ce que les autres y mettent. Et le sens qu’il attribue à sa vie dépend de l’interprétation qu’en fait son entourage. L’assistante sociale, l’avocat ou le juge qui dit d’un enfant : « Après ce qu’il a vécu, comment voulez-vous qu’il s’en sorte ? » maltraitent encore plus celui qu’ils sont censés protéger.

Si j’ai accepté d’occulter mon passé, c’est pour ne pas être étiqueté « victime »-c’est la tunique d’infamie. J’ai refusé ce que la culture me proposait, faire une carrière de victime : il est blessé, il est foutu, on va lui donner une pension et qu’il se taise.

Vous citez la honte ressentie par les survivants d’Hiroshima ou les rescapés des camps de concentration. Comment peut-on survivre alors que tous les autres sont morts ?

Une victime vivante est forcément un peu coupable aux yeux des autres. Les orphelins rwandais qui vivent entre eux dans les « ménages d’orphelins » gouvernés par un grand frère ou une grande soeur ou les rescapés qui sont pris en charge en Europe ou au Québec réussissent à l’école et savent ce qu’ils veulent faire plus tard. Ils ne se sentent pas diminués, mais fiers d’avoir surmonté leur trauma. Ils s’en sortent mieux que les enfants restés au contact de parents blessés, dans une enveloppe de souffrance. Ceux-là vivent avec les morts à table. Leur bonheur est coupable.

Pour une victime, rien n’est pire que d’être contrainte au silence. J’ai été obligé de me couper en deux : une partie socialement acceptable et une partie indicible. Je menais une existence à cloche-pied. Lorsque l’on vit dans la fable de Loth, on survit, mais on n’est pas entier. On s’est battu, on a eu des succès, mais on ne connaît pas ses racines, on n’a jamais osé regarder en face son passé, on a été condamné à mort parce que l’on était tsigane ou juif sans savoir ce que c’est d’être tsigane ou juif, on ne connaît pas sa religion. On traîne derrière soi une ombre immense. Les récits sont le moyen de nous réconcilier avec notre propre histoire.

Cette jeune femme dont je parle dans mon livre, à qui l’on annonce brutalement : « Ta mère est une pute qui est partie avec un boche », reçoit un coup terrible. Une blessure qu’elle va traîner cinquante ans, jusqu’à ce qu’elle reprenne possession de son histoire en fouillant dans les archives. Elle se construit une nouvelle représentation de son passé qui modifie le regard qu’elle se porte : « J’ai eu tort d’avoir honte. » Les « enfants de boche » vous disent : « Ma vie a été empoisonnée par cette ombre. Je n’ai pourtant commis aucun crime. » Et puis la culture change, on leur donne enfin le droit de parler d’eux et de leur père. Ces ex-« enfants de boche », qui ont 65 ou 75 ans aujourd’hui, me montrent des photos de leur père en uniforme de la Wehrmacht : « Vous ne trouvez pas qu’il est beau ? » C’est agréable de se sentir entier. De cesser d’avoir une partie de sa personnalité éteinte. Si la culture avait été plus encourageante, ce travail, ils auraient pu le faire à 15 ou 20 ans.

Une société qui veut la transparence coûte que coûte est-elle supportable pour l’individu ? N’a-t-on pas besoin de garder une part d’ombre, la « part maudite » comme l’appelait Bataille ?

Contrairement à ce qu’affirment mes détracteurs, j’ai toujours dit qu’il vaut mieux parfois ne pas dévoiler certains secrets, déguiser la vérité. D’abord parce que l’enfant se sent une personne le jour où il peut « faire secret », ne pas tout dire à sa mère. Ce jour-là, sa personnalité est constituée. Ensuite, si le secret fait de l’ombre sur la vie d’un enfant, sa révélation peut être plus terrible encore. Je raconte dans mon livre l’histoire de Pierrot, qui vénérait son père « résistant » et qui découvre dans les archives de la préfecture qu’il était un collaborateur et a fait fusiller quatorze amis d’enfance.

Dans toutes les familles, tous les couples, il y a un secret, des raisons de se rendre malheureux. Est-ce que l’on peut dire à une fille, comme le recommandent certains psys, qu’elle est née d’un inceste ? J’ai deux patientes auxquelles les parents ont révélé ce secret. Les deux ont fait des bouffées délirantes. L’une se remet à peu près, l’autre est en hôpital psychiatrique. Si on ne leur avait pas avoué la vérité, le poids de ce secret les aurait alourdies, mais elles n’auraient sans doute pas fait de bouffées délirantes. On ne peut pas tout dire.

Pourquoi dites-vous que notre besoin de tout expliquer fabrique des boucs émissaires ?

Tout traumatisme est un événement insensé, et c’est l’explication de l’insensé qui redonne goût à la vie. Désigner un bouc émissaire, c’est la pensée facile. Choisir la résilience, vouloir comprendre est plus difficile. Au Moyen Age, la peste noire était la faute des juifs. En 2001, Jospin ne sait quoi répondre aux sinistrés de la Somme, persuadés que le gouvernement a détourné les eaux en crue de la Seine pour protéger les Parisiens. Une accusation absurde mais qui les a aidés.

Aaron sait que le bouc est innocent, mais il le charge symboliquement des péchés de groupe pour ne pas avoir à sacrifier son propre fils. Quand l’aspect symbolique disparaît, l’homme enclenche des mécanismes archaïques de défense et c’est la porte ouverte à tous les délires meurtriers. La résilience ne vaut pas qu’au niveau de l’individu. Les cultures se sont construites par catastrophes successives. On part dans une direction et soudain il se passe quelque chose : la disparition des dinosaures, le trou dans la couche d’ozone… La catastrophe, ce n’est jamais le désastre. La vie reprend son cours, mais d’une autre manière. Les catastrophes font avancer les sociétés. Beaucoup de biologistes pensent même que l’évolution est une suite de catastrophes. Ils parlent de « résilience naturelle ».

 

1. « Autobiographie d’un épouvantail » (284 pages, 20,90 E).


Extraits


 

La victime triomphante

« Au milieu des années 80, le regard posé sur les victimes a changé. Elles n’étaient plus les vaincus dans une société fondée sur la violence, où l’on s’identifiait forcément au vainqueur. La victime a cessé d’être un épouvantail, un porte-malheur dont on se tient à distance.

Les historiens, écrivains, cinéastes…, tous les fabricants de récits qui participent à la culture ont changé. Il y a eu le film « Shoah », de Claude Lanzmann, et la reconnaissance des Justes, tandis que la fin du communisme donnait la parole aux victimes du goulag.

Le même processus s’est opéré pour les victimes de la maladie.

Elles ont écrit des livres et sont apparues à la télévision. Le malade n’était plus vaincu par sa maladie, mais victime des limites de la médecine. Le cancer et le sida nous ont montré que la science, que l’on nous avait présentée comme toute-puissante, ne l’était pas.

D’un point de vue social et éthique, c’est un progrès. Mais on a généralisé jusqu’à l’absurde. Une victime est forcément innocente et tous les torts sont du côté de l’agresseur. Etre victime procure aujourd’hui une forme d’impunité. Certains se servent de leurs blessures pour asseoir leur réussite et légitimer leur propre violence. On met les victimes en avant, surtout celles qui triomphent. Obama, par exemple, en tant que premier candidat noir, est une ex-victime triomphante. »

 

 « Le radeau de la méduse »

« Nos musées sont remplis de souffrances transformées en oeuvres d’art. Pour soutenir le regard des survivants, la société a besoin d’esthétiser la souffrance. Les artistes sont les médiateurs qui font entendre le récit des victimes. Créer, c’est aussi revenir à la vie. Les artistes maîtrisent leur souffrance, en font une oeuvre d’art. Sans souffrance, il n’y aurait pas de « Radeau de la Méduse », pas de films, pas de romans, pas d’essais philosophiques… C’est aussi le rôle des contes pour enfants comme « Peau d’âne » ou « Le Petit Poucet » : tenir, grâce aux mots, le réel à distance. »

La résilience neuronale

« Les progrès en neurologie nous apprennent que notre cerveau est sculpté au sens propre par nos relations affectives. On dispose désormais d’images saisissantes d’atrophies cérébrales provoquées par les relations affectives. Une étude israélienne a montré que les nouveau-nés de femmes souffrant d’un syndrome psychotraumatique dû aux attentats présentaient des tailles et des poids inférieurs à la moyenne, un périmètre crânien diminué de 24 % et une atrophie cérébrale. Cela signifie qu’avant sa naissance le cerveau de l’enfant est pétri par les blessures psychiques de sa mère. Il porte les séquelles d’un événement traumatisant qu’elle a vécu. Une blessure que l’on sait aujourd’hui réversible. J’ai eu à examiner une petite fille passant ses journées au fond d’une baignoire vide, sans paroles, sans jeu. Elle présentait à l’IRM une atrophie du lobe frontal. Mais dès qu’elle a été placée dans une famille d’accueil, elle a repris un développement. Ce que les neurologues appellent la « résilience neuronale ».

Cela nous amène à penser différemment les troubles du comportement que l’on croyait génétiques. Si mon cerveau fonctionne normalement mais qu’il n’y a pas un « autre » pour remplir ma vie psychique, je n’aurai pas de monde intime. »

Il faut tout un village pour élever un enfant

« Une femme peut élever un enfant avec un homme qui n’est pas le père, des amis, sa mère, sa soeur, n’importe quelle autre femme, peu importe. Ce qui est dangereux est d’élever un enfant tout seul.

Le bébé est une éponge à sensations. Dans notre culture, il dépend entièrement de l’état de sa mère. Si elle ne va pas bien, il n’ira pas bien. Or jusqu’à 15 % des femmes font une dépression après l’accouchement. Certaines le vivent comme une perte. Contrairement au baby blues, très fréquent, mais qui disparaît au bout de quelques jours, la dépression du post-partum peut durer des mois.

De façon générale, les pervers ont souvent été des enfants surinvestis par leurs parents, parce que ce surinvestissement affectif provoque un appauvrissement sensoriel vis-à-vis des autres. L’enfant que la mère enferme dans une prison affective risque de devenir un pervers. Il est prisonnier d’un seul récit, comme Sade ou Masoch. La psychanalyse européenne nous a fait croire que la mère suffisait pour élever un enfant. En Afrique, on dit qu’il faut tout un village. Nous devons d’urgence réinventer le village. Les Américains s’y mettent. Dans certains quartiers, les mères se regroupent pour participer à l’éducation des enfants. »

L’Église et les crimes sexuels

Yves Boisvert pour CyberPresse.ca

La Presse

L’hiver dernier, l’abbé Philippe de Maupeou a reconnu avoir caressé la vulve et les seins d’une fillette de 8 ans. Il a été condamné à six mois de prison à purger dans la collectivité.

Le prêtre est banni à vie du travail en paroisse. Mais, comme c’est souvent le cas dans les affaires de crimes sexuels, le diocèse de Montréal l’envoie étudier le droit canon à l’Université Saint-Paul à Ottawa, un programme de recyclage professionnel qui coûtera 60 000$.

Certains se scandalisent qu’on dépense l’argent des fidèles pour envoyer étudier ce prêtre. Ce que je trouve bien plus pénible, c’est de voir, chaque fois, combien les hommes d’Église vivent dans le déni. Le mot pédophilie est encore terriblement difficile à prononcer.

«On l’a fait soigner, a dit le cardinal Jean-Claude Turcotte, jeudi dernier, sur les ondes de 98,5 FM. Il (l’abbé) a passé une période de plusieurs mois dans un institut spécialisé pour bien vérifier si c’est un pédophile ou si c’était une erreur de comportement. On sait que ce n’est pas un pédophile, la science actuelle nous le dit.»

 

Méfions-nous des hommes d’Église quand ils parlent de sexologie.

Un homme de 47 ans n’agresse pas une fillette de 8 ans par accident. Il le fait parce que ça l’excite, et cette excitation porte un nom, votre Éminence: la pédophilie. Les rapports de presse nous disent que le prêtre a également approché une autre fillette, mais sans aller aussi loin.

À l’archevêché, vendredi, on précisait la pensée du cardinal Turcotte: des experts ont évalué que le prêtre n’est pas un prédateur pédophile. C’est à cette expertise que le cardinal faisait référence en parlant de la science et de l’erreur de comportement. On nous dit également qu’il n’y a pas eu de poursuite et que le diocèse a payé pour le soutien psychologique de la famille de la victime.

On n’en est peut-être plus à l’époque pas si lointaine de l’étouffement pur et simple des scandales sexuels, quand on mutait le prêtre fautif et qu’on faisait taire la victime.

Mais le charitable effort pour faire de l’abbé de Maupeou un administrateur serait mieux compris si, au moins, on était capable de reconnaître la simple réalité.

Erreur de comportement! Des déclarations du cardinal Turcotte aux excuses du cardinal Ouellet, on sent encore l’extrême réticence à simplement admettre les abus des prêtres, à en prendre toute la mesure.

Rappelons-nous ce morceau d’anthologie du cardinal Ouellet, l’hiver dernier, qui demandait pardon pour «des attitudes étroites de certains catholiques avant 1960»! Il ne reconnaissait même pas la faute de la hiérarchie, remarquez bien: c’étaient «des catholiques», ou «des curés» qui véhiculaient les pires préjugés, bref, des incidents isolés.

Des homosexuels ont été congédiés de l’Église bien après 1960 et des pédophiles protégés bien après ça.

Si le cardinal Ouellet a reconnu des crimes passés, il a oublié commodément de demander pardon pour la manière dont l’Église a réagi quand elle a été informée de ces crimes. «Ces scandales ont ébranlé la confiance du peuple envers les autorités religieuses.» Pas seulement les scandales; la gestion des scandales par des religieux. Comment les victimes ont-elles été reçues par cette institution qui prêche la charité chrétienne?

Peut-être, dans un autre siècle, un cardinal en parlera-t-il.

Restera-t-il quelqu’un pour l’écouter?

En 1985, un groupe de prêtres catholiques américains très respectés avait averti les évêques des États-Unis: la pédophilie est une bombe à retardement dans l’Église et, si rien n’est fait, en quelques années seulement, elle croulera sous des poursuites de plus d’un milliard de dollars.

Ce rapport secret avait été commandé pendant le premier procès d’un prêtre pour crime sexuel dans l’histoire américaine.

L’un des auteurs, le révérend Thomas Doyle, estimait à l’époque que le nombre de pédophiles parmi les prêtres catholiques américains pouvait s’élever à 5%. C’est-à-dire 3000 clercs sur 57 000. La pédophilie, ajoutait-il, est «le plus sérieux problème auquel l’Église doit faire face depuis des siècles».

Le rapport, parfaitement lucide, proposait de mettre fin à la mutation des prêtres pédophiles, à l’étouffement des scandales et à la loi du silence pour s’occuper des victimes. On l’a jugé alarmiste dans la hiérarchie, qui n’a pas voulu entendre cette vérité embarrassante ni changer ses manières.

Vingt-trois ans plus tard, on peut se demander si celui qu’on accusait d’exagérer n’avait pas sous-estimé le problème. On estime que, depuis 2002, les diocèses américains ont versé plus de deux milliards de dollars à 12 000 victimes de pédophilie pour les agissements de 5000 prêtres. Cinq diocèses sont maintenant en faillite, dont Boston et San Diego.

Interrogé après avoir été mis à la retraite par son évêque il y a cinq ans, le père Doyle s’est dit «profondément en colère et encore plus triste, pas pour moi, mais parce qu’il a fallu le viol, l’agression, le pillage et le meurtre de l’âme de milliers et de milliers de gens pour attirer leur attention».

Nos hommes d’Église l’ont-ils entendu?

Remerciements à l’auteur

Entretiens avec Gerald Brassine

Réaction de Gerald Brassine fondateur de “l’Institut Milton Erickson” de Belgique a notre rubrique livres, faisant référence à Marie-France Botte et à Françoise Dolto.

Gerald Brassine : « Touche pas à mon corps » , si vous l’avez lu ne permet pas du tout à l’enfant de se défendre, d’abord on ne lui dit pas clairement de quoi il devrait se protéger (de la pédophilie il n’y est fait qu’allusion et on ne saurait bien prévenir un enfant des abus sexuels, d’une sexualité malsaine, sans lui parler d’abord et avant tout d’une sexualité saine, heureuse et désirée)

Ceci n’est que le reflet « culturel » de notre impossibilité de parler de sexualité en général. C’est le cadeau que nous offrons aux pédophiles, qui eux parlent de sexualité (en mentant) et en la pratiquant.

Alors que nos enfants adorent entendre parler d’amour et de faire l’amour, cela ne les effraie pas du tout. Ils sont factuels et sont étonnés de notre gêne. Le problème c’est nous les adultes et pas leurs chastes oreilles. Ils ont d’ailleurs tellement besoin que leurs parents leurs expliquent ce qu’ils voient plusieurs fois par jour à la télévision. Ils ont besoin de nos mots pour intégrer les cris et autres mouvements qui semblent violents. Nous sommes en retard d’une guerre. Ne trouvez-vous pas ? Eux le pensent !

Cela ne saute pas aux yeux, mais nous contribuons activement à la pédophilie en étant « bien pensant » et en ne parlant pas de sexualité à nos chères têtes blondes en pensant briser leur enfance, comme disait Dolto.

Le très grand nombre de cas de pédophilies que nous rencontrons s’explique en partie par notre difficulté à parler de sexualité saine (l’opposé du viol et des abus sexuels) à nos enfants! On ne le dira jamais assez!

NOUS SOMMES LES CO-CREATEURS ACTIFS DE LA PEDOPHILIE. Si on comprenait cela la prévention et la détection serait immédiatement effective et radicalement révolutionnaire!

Parler de sexualité chouette est encore et toujours en matière de prévention révolutionnaire !

Deuxième grosse erreur dans le livre de MF Botte et d’autres (dont je me fou qu’elle ne soit pas écrivain ou médecin, je ne le suis pas non plus) Si les conseils étaient bon je louerais le livre. Mais ce manuel est semblable aux manuels, vidéos, etc. qui ont été diffusés dans le monde.

Que MF Botte  ait eu maille à partir avec la justice Belge n’a rien à voir, non plus, avec les inutiles conseils donnés dans ce livre.

Le deuxième gros pépin remarqué par les canadiens précurseurs en la matière et dont MF Botte s’est inspirée, certains ont dit plagié. C’est le conseil vain et même dangereux de faire dire non à un enfant en cas d’agression. Comme si ce tout petit « non » allait suffire! Cela pour toute protection contre un pédophile, c’est largement insuffisant ! Croyez-moi depuis des années que je soigne les victimes et essaye de sortir du silence les enfants qui y sont obligés.

Penser que leur faire dire non ne nous exonère pas d’une action ferme à leurs côtés. Croyez-moi certains et certaines victimes, contrairement à ce que ces campagnes stupides véhiculent comme idées éculées, ont hurlés non! Et ils en ont pris…

Le conseil devrait être quelque chose comme…. »Maintenant que tu sais ce que nous pensons de la sexualité (c’est chouette) il y a des exceptions; il y a des tordus, des adultes qui veulent avoir du sexe avec les enfants. Cela leur et interdit et ils le savent.

Ils essayent de profiter de la naïveté des enfants. Si donc un adulte te demande cela ou essaye de te forcer à cela tu pourras (toujours essayer de dire non, si il t’en laisse l’occasion) Mais surtout tu viendras chez moi pour m’en parler et alors je ferai en sorte que cela cesse.

CAR IL FAUT UN ADULTE, SI C’EST PAS PLUSIEURS POUR FAIRE ARRÊTER LES ABUS SEXUELS SUR UN ENFANT.

Ceci étant la condition pour dire à un enfant tu peux dire non. Mais la suite est indispensable. Les statistiques des canadiens ont démontrées que les enfants qui avaient suivi ces conseils s’étaient vu battre et avait reçu beaucoup plus de coercition et de violences. L’enfant est alors à nouveau coupable de n’avoir même pas réussi à faire respecter le « non » qu’on lui avait pourtant recommandé de signifier .Nous ne pouvons pas espérer que nos enfant vont réussi à se sortir seuls devant des adultes (et pas n’importe lesquels comme vous savez). Nous ne pouvons pas les abandonner seuls dans cette situation armés d’un seul petit « non » pour se protéger, c’est totalement illusoire. Il faut vraiment être un adulte insensé qui ne sait pas ce que sait de penser que faire dire non à u enfant qui est drillé à obéir et le faire dire non à un adulte pervers. C’est de la folie de notre part de ne pas réaliser que nous leur demandons l’impossible, un vrai travail de Titan. Ils n’ont même pas appris, nous ne leurs avons pas dit ce que nous pensons de cette sexualité, ni de la bonne sexualité.

Et ce qui est totalement la preuve de l’incompréhension totale de ce genre de petits livres, c’est l’idée délirante que l’enfant va lire se livre seul, il s’agit d’une jolie petite bande dessinée faite pour lui. Il est donc entendu qu’il n’a pas besoin de notre aide. C’est grâce à ce genre de conceptions que la pédophilie pullule. Que les abusés sont légion et qu’ils n’osent pas parler. Parce qu’ils se rendent bien compte que la « société » n’a pas évolué. Ils sont responsables des agressions subies, il n’y avait qu’à dire NON! A cela moi je dis NON.

Définitivement NON!

Lisez ce petit livre attentivement et en collectivité il amène une révolution dont nous avons encore besoin. Dont les victimes passées et futures ont besoin!

Gerald Brassine.

 

 


Psychothérapeute depuis 25 ans, fondateur de “l’Institut Milton Erickson” de Belgique Gérald Bassine possède une longue expérience de terrain des problèmes liés aux abus sexuels et traite régulièrement des victimes, enfants ou adultes, d’abus récents ou anciens.

Ce livre est avant tout destiné aux parents en leur donnant des clés de compréhension claires du problème et les mener à une prévention efficace.
Un livre qui mérite une très large diffusion !

  Éditions Dangles D.G. Diffusion LivresZI de Bogues – 31750 Escalquens
Tél. 05 61 000 999 – Fax 05 61 00 23 12
SBN : 978-2-7033-0684-9
EAN : 9782703306849

 

Gérald BRASSINE:    « Le discours tenu ici relève d’une évidence que tout le monde s’aveugle à chercher. Êtes-vous prêt à l’entendre ?
Il suffit d’oser expliquer aux enfants, non pas tant d’où ils viennent, que la gratuité du plaisir et du bonheur pour battre en brèche la manipulation de pervers et des abuseurs. Ce livre est avant tout destiné aux parents en donnant des clés de compréhension claires du problème et les mener à une prévention efficace ».

Prévenir, Détecter et gérer les abus sexuels subis par les enfants. Peut-on parler de cela aux enfants ?

Conférences on Psychotraumathology and Médiation:

Pédocrimes: Cares, Prévention and justice

2 février 2008 – NEUCHATEL SUISSE

Résumé de la présentation de Gérald BRASSINE

Auteur de :

Prévenir, Détecter et gérer les abus sexuels subis par les enfants. Peut-on parler de cela aux enfants ?

3° Édition chez Dangles Éditions  DG / Diffusion. Toulouse, France 2008

Les origines du modèle de prévention, de détection et de gestion des abus sexuels présentés par Gérald Brassine dans son livre, proviennent de ses expériences et de sa pratique professionnelle

L’auteur a une longue expérience pratique du traitement des psychos traumas en général et spécifiquement des traumas découlant des abus sexuels. Il a développé une méthode: la Psychothérapie du Trauma et Réintégration (PTR)

(Voir autre article spécifique sur la PTR avec protocole)

Gérald Brassine possède une expérience de 15 ans de formation et de supervision des délégués de la “protection de la jeunesse belge” dans l’intervention respectueuse dans les familles dans lesquelles les abus sexuels sont suspectés ou probables.

(Voir:  articles pour une  intervention écologique dans le cadre de l’inceste / An ecological treatment of incest

 

La prévention en matière d’abus sexuels est elle possible, n’est elle qu’un leurre de plus?

La prévention relève de l’anthropologie culturelle c’est une évidence!

Je voudrais tenter de le démontrer ici. Mon petit livre met l’accent sur ce fait: nous « les gens normaux » “sains”, au sens où ne sommes pas pédophiles, sommes involontairement et avec la meilleure intention du monde, co-créateurs de la pédophilie, co-créateurs de la facilité avec laquelle les pédophiles ont pu agir et continuer d’agir tellement aisément.

Certes, il y a eu quelques changements des mentalités, et c’est indéniablement une évolution de la culture en général qui a fait que ses dernières années (depuis 20-30 ans) il devient un peu plus difficile pour un abuseur d’abuser…

Les premiers grands coups de boutoirs ont été donnés par la découverte, aux USA, fin des années 70 début 80 de l’existence des abus sexuels. Un auteur comme Roland Summitt, a été un des premiers à oser écouter les enfants et oser accepter leurs propos pour vrais. C’était le début de la fin de certaines illusions, le tout début pour les professionnels d’arrêter de se protéger derrière l’idée qu’il s’agissait d’un désir incestueux de la part de l’enfant.

Pas mal de psychologues ont reconnu que pendant des années, lorsqu’ils entendaient des enfants faire des révélations d’abus sexuels, ils pensaient qu’il ne pouvait s’agir que d’un désir œdipien.

Les professionnels qui les premiers avaient osé affirmer que les abus sexuels sur enfants étaient bien réels et très nombreux, avaient aussi dit quelque chose comme:” il faut toujours croire ce que disent les enfants …ils ne mentent pas dans ces cas là”.

Mal leur en a pris, car rapidement répercutées par les médias américaines, ces affirmations qui devaient sans doute être vraies jusque là, firent la place à une utilisation mensongère et fallacieuse, avec pour toute fin celle d’obtenir la garde des enfants ou même plus simplement celle de nuire à l’ex-conjoint!

Puis, plus tard les faits divers ont suivi à la Dutroux, les procès en Italie, aux USA, contre les prêtres catholiques, etc.

Les approches de prévention sont encore tellement imprégnées de notre culture qu’elles ratent leur objectif.

A l’évidence, nous sommes encore tellement pétris d’une culture judéo-chrétienne qu’il nous est quasi impossible de remarquer que nous n’osons pas parler à nos enfants de plaisir et de désir dans la sexualité et dans l’amour, nous ne semblons par comprendre ou entendre ce que nous disons lorsque nous parlons de « faire l’amour »

Et nous suivons encore les conseils de Françoise Dolto qui datent des années soixante et sont tous marques par nos croyances culturelles: « attendons que nos enfants nous posent des questions pour leur parler de sexualité ». Nous n’avons pas encore réalisé que les éducateurs spécialisés que nous avons mandatés pour s’adresser à nos enfants dans des missions de prévention dans les écoles, n’ont pas la possibilité de s’adresser à eux avant leurs 11 ou 12 ans (c’est bien tard, le mal est peut être déjà fait) et les pauvres éducateurs pourtant spécialisés, enchaînés tout autant que nous à « la culture » tournent autour du pot et invitent cependant nos enfants à dire « non » pour s’opposer à un adulte, au cas où quelque chose ”les dérangerait” en rapport avec leur corps…

Lorsque nous, les parents, nous adressons à nos enfants, pour leur  parler de sexualité, nous leur parlons invariablement de reproduction…de division cellulaire,  un cours de biologie, de Gynéco-obstétrique de haut vol. Nos pauvres enfants sont le plus souvent persuadés que leurs parents se sont livrés à cet acte: la pénétration (représentée en coupe sur la planche du dessin) présentée, sans doute, dans l’intention de leur faire mieux comprendre qu’elle s’est produite autant de fois qu’il y a d’enfants dans leurs familles !

C’est de tout cela dont PREVENIR, DETECTER ET GERER » parle.  Ce livre s’adresse principalement aux parents et aux éducateurs, il peut aussi être conseillé aux généralistes et autres professionnels pour que ceux-ci le conseillent aux jeunes parents afin qu’ils s’en inspirent, pour parler aux enfants en présence de leurs parents, qu’il y ait, ou non, une suspicion, que le professionnel voudrait voir clarifier.

Oui culturellement parlant, anthropologiquement parlant (sociologiquement donc) nous sommes dans une société qui favorise et cautionne, implicitement et involontairement la pédophilie. Ceci simplement parce que nous ne savons pas que nous avons une culture qui nous empêche de voir l’évidence salvatrice qui permettrait cependant une prévention solide et rassurante pour nos enfants tout en renforçant l’intimité des liens familiaux. Le peu de condamnations en justice, par rapport au nombre de cas signalés, la difficulté que rencontrent nos tribunaux ne sont qu’une illustration supplémentaire de cette problématique essentiellement culturelle et dont la responsabilité nous incombe non seulement à nous tous professionnels, mais surtout aux parents que nous sommes !

Le livre de prévention dont il est question, comme dans « la lettre volée » roman d’Edgar Allan Poe, parle de ce qui est tellement visible que nous ne le voyons pas!

Mes lecteurs les plus enthousiastes sont là pour en témoigner. Et ces lecteurs, sont principalement des lectrices, elles sont toutes des ex-victimes qui me disent que: « ce livre est un sans faute », si seulement mes parents l’avaient lu, cela ne se serait jamais passé ».

La clinique psycho traumatique que je pratique depuis plus de vingt ans, me le démontre chaque jour. (Développement ici de l’approche de la PTR, voir article)

La très grande majorité des victimes d’abus, même intrafamiliaux aurait fait appel à un adulte (parent, grand parent ou autre) si il avait su ce que pensait cet adulte de la sexualité en tant que vecteur de plaisir, d’expression de tendresse et d’amour. L’enfant aurait fait appel à d’autres adultes si ceux-ci avaient explicitement parlés de sexualité saine, ou adéquate, pleine de joie, s’il n’y avait simplement pas eu d’équivoque à ce propos.

Nos enfants nous observent, nous “reniflent”, avant d’oser poser des questions qui pourraient nous fâcher, ils ont appris à être prudents.

Si la question de la sexualité n’est pas abordée de manière libre et joyeuse et à l’initiative de l’adulte, la place reste libre pour tout autre personne qui osera dire ou pratiquer une certaine sexualité sur notre enfant.

Et c’est cette autre personne qui tiendra le rôle « d’indicateur culturel » et par la suite défendra sa place et la renforcera de bien des manières.

Qui va à la chasse perd sa place, dit l’adage bien connu! Ce n’est pas pour rien que tant d’enfants en veulent terriblement à leur maman et on pensés qu’elle était d’accord ou/et au courant.

C’est le deuxième grand drame des abus sexuels, l’enfant pense que maman, celle-là même qui devine habituellement ses moindres envies, malaises, ses faims et autres besoins semble anormalement sourde et aveugle à ses appels de détresse. Cette fois, alors que c’est tellement important elle n’intervient pas! Pourtant si elle avait su parler d’amour et de sexualité désirée, l’enfant serait certainement venu lui parler…

L’enfant en gardera, pendant des années, l’idée qu’elle était sans doute au courant (idée fausse dans plus de 70% des cas) et gardera une haine (dans 80%des cas), en fait injustifiée, à l’égard de cette mère ou de ces parents qui n’ont rien vu.

Le sentiment en question s’en trouvera renforcé si l’abuseur à utilisé, le monstrueux mais fréquent et classique: “d’ailleurs ta maman est d’accord », c’est elle qui m’a demandé de le faire.”

Ce petit livre s’adresse donc, d’abord aux parents pour des raisons disons  “stratégiques”, pour plus d’efficacité, car c’est dans la famille que se fera cette révolution des mentalités, tant mieux si elle est véhiculée aussi par les professeurs, les émissions de télévision et de radios. Mais qui, aujourd’hui, peut prendre le risque de parler aux enfants d’une sexualité agréable, désirée ?

Curieusement, dans le même temps, à des heures d’audiences enfantines nos télévisions donnent à voir à nos enfants des relations sexuelles en pleine action. Les spécialistes et les parents en sont à se demander si il est bien pour les parents de parler de cela à leurs enfants…

Nous retardons de quelques guerres, si nous réfléchissons à cet anachronisme criant! Nos enfants ont absolument besoin que nous leurs expliquions ce qu’ils voient à la télé, ils ont besoin de notre accompagnement, de nos explications concernant le contexte  affectif qui souvent manque dans le film. Rassurons nous, ils adorent entendre parler d’amour et sont très factuels. Quand nous transpirons en essayant de leur parler de « çà » ils nous disent: « Ah bon! Et papa et toi vous faites cela et c’est agréable »?

Ces conceptions, ces constats sont le produit de plus de 15 ans de formations et de supervisions des « agents de la protection de la jeunesse » (justice infantile) en Belgique.

Ce livre est le produit de centaines et de centaines de supervisions et de psychothérapies de cas d’abus, qui n’auraient sans doute pas eu lieu si simplement la culture « autorisait » à parler d’amour de sexualité, de désir…, de l’antithèse du viol et de l’abus.

Nous pauvres médecins, nous pauvres délégués de protection de la jeunesse et tous les autres intervenants psy, etc. que nous sommes, nous ne nous sentons plus du tout aussi impuissants dès que nous nous autorisons à comprendre cette évidence et à agir pour faire passer son message. Parler d’amour de sexualité saine, briser le silence de l’interdit social en présence de toutes les personnes concernées par un abus sexuel possible fait éclater, souvent un peu à retardement une vérité douloureuse au grand jour! OUI! J’insiste et le répète, dans toutes les situations de suspicions d’abus, ou même dans les situations où les abus ont déjà eu lieu, parler de sexualité saine, en présence des enfants et des parents, est un moyen d’une immense efficacité. On obtient ainsi un effet boule de neige dans lequel les mamans (encore trop souvent et injustement accusée à tort de se fermer les yeux) ainsi que les enfants peuvent devenir les artisans de leur propre libération, et de la perpétuation de celle-ci. Ceci est dérisoirement aussi simple à comprendre et pourtant tellement rarement mis en pratique. Ce n’est pas parce que quelque chose est simple dans son idée qu’il n’est pas extrêmement difficile de l’appliquer. Vous transpirerez en parlant de sexualité mutuellement désirée à vos enfants, vous aurez peur la première fois de franchir ce Rubycon culturel!

(Voir l’article: pour une intervention écologique dans le cadre de l’inceste http://www.relation-aide.com + une version anglaise) (Développement des stratégies inventées et utilisées pour intervenir dans tous ces cas où il n’y a que suspicion d’abus-sexuels)

Ce petit livre une fois lu, la majorité des lecteurs disent: « c’est évident », il suffisait d’y penser». C’est cette première compréhension qui est capitale, mais n »est que la première étape, le reste à mon avis est plus difficile à faire puisque c’est prendre la décision de parler à nos enfants, non pas des abus mais des plaisirs d’une sexualité saine et créer ainsi l’habitude de parler librement de la sexualité, d’établir une culture familiale spécifique: voilà l’antidote, voilà la prévention la plus efficace qui soit. On peut rêver que cette culture familiale devienne une culture dans la société élargie, que les messages et les idées encore révolutionnaires qui figurent dans le petit livre Prévenir, détecter et gérer les abus sexuels, apparaissent tels quels dans des « spots » TV, dans les abris de bus et dans les gares, pour aider les parents à réaliser qu’il faut parler, que l’amour physique doit être dit et exprimé dans le cadre familial et leur apprendre comment dire toutes ces choses.

La majorité des cas d’abus, rencontrés dans le cadre de la justice de la jeunesse, et qui l’ont été souvent pendant des années, ne sont toujours pas au courant du fait que leur abuseur, fût-il un père ou un autre, est ou a été en prison en raison de ce qu’il lui a fait. Pourquoi, comment se fait-il, alors que l’enfant qui a été « vu et questionné » par des policiers spécialisés, « suivi » par des psys individuels et familiaux, pris en charge par des agents de la protection de la jeunesse, à été testé et évalué par un ou des psychiatres « experts en justice » ou non. Pourquoi, comment est-il possible que l’enfant n’ait pas été informé de ce qui lui était arrive et du jugement de la société sur les abus.  Tout ce qu’il a entendu dans le meilleur des cas sont de vagues: “on ne peut pas faire « ça », il n’avait pas le droit « d’abuser » de toi” etc.

Certaines justifications scientifiques sont utilisées de manières (involontairement ?) perverses et ont pour effet de protéger l’abuseur. Le comble est que ces justifications sont soi-disant au bénéfice de l’enfant. Par exemple: on justifie l’idée de ne pas poser de question, pour ne pas créer de faux souvenirs, ou encore de ne pas faire parler l’enfant pour ne pas créer de victimisation secondaire. On lancera sans doute plus volontiers des doutes sur la mère qui n’a rien vu et qui aurait du voir, on ira même jusqu’à dire que cette mère veut gagner un divorce et avoir la garde des enfants, si on ne l’affuble pas de la plus terrible des condamnations celle du “syndrome d’aliénation parentale”.

Invariablement, les abus sexuels sur les enfants (malgré chaque progrès de la compréhension de ce phénomène) demeureront une bouteille à encre d’un point de vue légal.

La place des magistrats, à ces propos, n’a rien d’enviable. La où le psychothérapeute expérimenté dans le traitement des traumas peut avoir ses convictions et « ses preuves » qu’il y a eu abus ou pas, le magistrat ne peut se contenter de convictions il a besoin de preuves tangibles.

Il est clair que se sont les abuseurs sexuels les plus dangereux, les psychopathes pervers et parfois mêmes sadiques, ce sont eux qui ont le plus de « chances » de berner autant leur entourage que le psychiatre, le policier ou le magistrat.

Par contre, devant l’enfant ou ses frères et sœurs qui ont été eux aussi informés à propos d’une sexualité saine/malsaine, le pédophile rencontre une résistance, dans la famille, à laquelle il lui est difficile de s’opposer. Imaginez ce qu’une culture collective qui parlerait naturellement de sexualité et d’amour aurait comme effets bénéfiques sur l’ensemble de la population.  Y a-t-il un politique, un décideur dans la salle qui voudrait faire œuvre de salubrité publique, en lançant une campagne via la TV, même si encore aujourd’hui le sujet n’est sûrement pas encore très porteur?  Faire des “spots TV” qui parleraient, comme je viens de le suggérer, comme pour compenser cette même TV, qui montre à nos enfants, presque chaque jour des adultes en train de faire l’amour. Si nous ne sommes pas avec eux pour recontextualiser, il n’y a pas grand monde pour expliquer aux enfants ce qui se passe dans cette scène de sexe. Car comment comprendre, pour un jeune enfant qu’il s’agit dans ce cas, d’une scène d’amour et non d’une scène de violence (par exemple) sans une explication “parentale”.

Une intervention que je suggère souvent lorsqu’il y a suspicion d’abus dans la maison est de mettre un cadenas, un verrou dans la chambre de l’enfant et de rassembler les frères et sœurs informés dans la même chambre. Une intervention apparemment simple et même simplette, mais d’une efficacité redoutable. Je n’en donnerais ici qu’une des raisons: souvent l’abuseur abuse de plusieurs enfants dans la même maison mais il a pris grand soin de dire, par exemple au premier que si il ne le laisse pas faire, il abusera de sa sœur préférée. En général dans ce cas c’est déjà ce qui se produit, mais les enfants ne le savent pas. Leur parler collectivement de la sexualité et ensuite les mettre ensemble dans une chambre protégée par un verrou, ouvre la communication entre les enfants qui se croyaient seuls dans leur malheur. Nos enfants ont été abusés et le sont encore et juste sous notre nez. Nos enfants ont vécu des horreurs et parfois  assisté à de véritables tortures d’autres enfants puis étaient relâchés en toute tranquillité par des abuseurs qui savaient exactement ce qu’ils faisaient. En effet, ces prédateurs savent pertinemment qu’ils ne prennent que fort peu de risques dans cette société qui collectivement oc-crée, participe involontairement, à un nombre très important d’actes pédophiles sur des enfants empruntés à leurs familles. Cela nous donne une idée de la grandeur que prendrait le politicien qui débloquerait les fonds pour intervenir dans quelques spots TV à haute heure d’écoute familiale.

Les pédophiles savent qu’ils peuvent compter sur l’efficacité de leurs menaces sur les enfants, lis savent qu’ils peuvent compter sur leur habilité à nous convaincre que tout va bien (nous qui avons tellement envie de croire que tout va bien, nous qui faisons tellement facilement ce déni.  Non! L’enfant ne peut pas aller mal, à cause de ses visites dont il se plaint chez son oncle ou son grand père. Le pédophile repenti que je cite en début de livre (“Une fois qu’un enfant avait été pris dans mes filets, il y restait pour longtemps”) affirme une vérité qui signifie que tant que nous n’établirons pas une relation de confiance explicite avec nos enfants dans laquelle nous prendrons l’initiative de parler de sexualité heureuse et accessoirement de sexualité « tordue », nous garantissons aux pédophiles une sécurité, un abri permanent pour qu’il puisse se livrer à ses exactions, derrière un mur, celui de la culture protectrice.

Merci pour ce mur! Merci pour eux !

Quelles chances nous leur offrons quand même!

Si nous souhaitons diminuer de manière drastique le nombre d’abus d’enfants, c’est immédiatement possible!

Ce progrès se fera au prix d’apprendre aux parents, au prix de nous apprendre à nous même de franchir ce Rubycon culturel qu’est notre habitude de ne pas brusquer l’enfant dans une sexualité qui serait trop précoce. La réalité veut que parler à un enfant dés l’âge de 3 ans, 3ans et demi de sexualité est acceptée par lui de manière totalement factuelle, et non traumatique: « Ah! On met le zizi dans la zézette et c’est très agréable » Ah Bon! Et lorsque vous continuerez en disant à l’enfant que cela s’appelle « faire l’amour” et que c’est une manière très agréable de s’aimer et de se cajoler, il adorera vous entendre parler ainsi!!!

Les enfants adorent savoir que ses parents s’aiment. Au début, c’est vous les adultes qui avez de jeunes enfants, c’est vous qui en transpirerez, mais votre enfant lui acceptera cela tout simplement, vous aurez alors l’impression d’enfoncer une porte ouverte, grande ouverte aux belles histoires d’amour. Et du même coup vous fermerez ainsi la porte aux sordides histoires de sexe vécues, car votre enfant saura, le cas échéant, qu’en penser et viendra sans attendre vous dire ce qu’on aura tenté sur lui ou éventuellement ce à quoi on l’aura forcé. Les dégâts psychologiques seront le plus souvent absents et une carrière de victime aura été évitée!

Mais grâce à nous, à nos timidités culturelles les pédophiles ont beaucoup de chances

Ils ont encore de beaux jours devant eux, non ? Vous ne trouvez pas ? Réfléchissons-y !

Gérald Brassine 7 rue de la grotte  – 1310 La Hulpe   Belgique 32 2 652 09 09

gerald.brassine@scarlet.be

Avec l’aimable autorisation de l’auteur Mr. Gérald Brassine

Pour une intervention écologique dans le cadre de l’inceste

par Gérald Brassine

 

Assistant social, Président fondateur de l’Institut Milton H. Erikson de Belgique

Formateur d’Intervention Brève dans le cadre des SAJ et des SPJ Psychothérapeute

http://www.artema.be/abus-sexuels/livre.htm

 

Barbara Briqmane

Psychologue Psychothérapeute Formatrice d’Intervention Brève

 

À John Weakland, un maître généreux et discret. Remerciements.

Je remercie l’ensemble des travailleurs sociaux des Services d’Aide et de Protection de la Jeunesse, qui m’ont témoigné leur confiance, en apportant au superviseur que je suis, de nombreux cas d’inceste ou de suspicions d’inceste. Sans eux, le présent article, et ses concepts, n’auraient pas vu le jour. Je les remercie pour leur courage et l’excellent travail de première ligne, qu’ils font dans des conditions souvent difficiles.

 

  1. Brassine.

 

I. CONSIDERATIONS GENERALES

  1. INTRODUCTION

 

Dans le milieu psychosocial, l’inceste est une situation face à laquelle peu d’intervenants aiment se trouver.

Il est difficile en effet de rester neutre face à l’inceste. Cet acte éveille spontanément chez chacun d’entre nous ce que certains appelleraient un «contre-transfert négatif», où se mêlent tour à tour colère, indignation, incompréhension.

De plus ces situations sont souvent délicates, épineuses et les détecter afin d’entreprendre un traitement est souvent un parcours parsemé de pièges et d’embûches.

L’inceste quand il est découvert (ou le plus souvent supposé), va être abordé selon deux registres qui devraient être tout à fait distincts:

 

  • Le registre policier

 

  • Le registre thérapeutique.

 

Dans la réalité, on constate une confusion totale du côté des thérapeutes qui mélangent les deux rôles, souvent sans s’en rendre compte.

Nous développerons dans cet article que la confusion de ces rôles peut être à l’origine des résistances habituellement rencontrées dans les familles incestueuses.

L’intervention que nous proposons ici, est appelée écologique, à la fois parce qu’elle va utiliser les résistances rencontrées comme une ressource par le biais d’un contre-paradoxe, – la résistance principale étant le secret, l’intervention ira paradoxalement dans le sens de garder le secret, pour que celui-ci soit levé, mais aussi en utilisant les ressources internes de chacun des membres de la famille.

L’objectif de cette intervention, est de permettre de rendre la pratique de l’inceste impossible ou quasiment impossible, en changeant les rapports structuraux de la famille, rapports qui avaient permis que l’inceste s’installe. Il sera suivi dans un deuxième temps, d’un travail en profondeur, visant à la «cicatrisation».

Toutefois ce modèle n’a pas la prétention d’espérer résoudre toutes les situations d’inceste, loin de là, et l’intérêt minimal de ce modèle n’est peut-être que de s’introduire en douceur dans ce modèle familial perturbé sans augmenter les résistances, cette approche maximalise la capacité de se faire accepter et les chances de pouvoir travailler dans ce milieu.

C’est parfois le minimum que l’on peut faire dans de nombreuses situations dans lesquelles il n’y a que des suspicions d’inceste. Celles-ci représentent environ 70% des cas d’inceste rencontrés par les intervenants des Service d’Aide et de Protection de la Jeunesse de la Communauté Française de Belgique.

Le modèle ne sera bien souvent qu’un prétraitement, qui pourra ultérieurement permettre un travail plus en profondeur, mais au minimum, il vise à l’arrêt des pratiques, il vise au dévoilement de l’inceste, il vise à provoquer la crise à partir de laquelle un travail plus profond et restructurant pourra être entrepris.

Ce modèle soulève des difficultés particulières de type culturel, qui sont de devoir parler de sexualité à des enfants qui ne sont pas les nôtres, devant leurs parents, et pire de parler de sexualité saine/malsaine sans y avoir été invité.

Habituellement, en dehors des situations d’inceste, les auteurs travaillent selon les principes de la Thérapie Brève (école de Palo Alto). Ce modèle repose sur les principes de la cybernétique et exclut les normes morales ou de psychopathologie traditionnelle, il n’est d’application que sur base d’une plainte (il faut qu’il y ait une demande, une douleur).

Or, on sait maintenant que le syndrome de l’inceste se caractérise par le secret et l’auto-accusation en ce qui concerne l’acte (l’enfant le plus souvent ne se plaindra pas, ou alors après des années de perpétuation de l’acte, en prenant le plus souvent la faute sur lui).

Ainsi, on a longtemps pensé que dans les cas d’inceste, le modèle de Palo Alto, n’était pas adéquat. Il faut pourtant souligner que la dynamique de l’intervention proposée ici, relève bien d’un raisonnement de type systémique et reste fidèle aux principes fondamentaux de l’école de Palo Alto [1].

 

  • 2. MI-FLIC, MI-RAISIN

 

En Belgique, le monde psychosocial a été brutalement réveillé et secoué il y a une dizaine d’années quand une série d’articles traitant de l’inceste sont parvenus des États-Unis d’Amérique, notamment ceux de Roland Summitt [2]. Ces articles révélèrent brutalement, qu’à l’opposé de ce qui avait été communément admis jusqu’alors, «lorsqu’un enfant déclare avoir été abusé sexuellement par un adulte, il faut le croire parce qu’il dit toujours la vérité»; l’innocence de l’enfance ne peut inventer ni mimer des jeux d’adultes, surtout dans le cadre de relations sexuelles malsaines.

Ainsi, l’inceste existait bel et bien et se pratiquait à travers toutes les couches de la société et tous les types de familles ou de relations de voisinage! Cette révélation eut l’effet d’un électrochoc dans le milieu psychosocial qui fut, lui aussi, touché par cette sorte d’hystérie ambiante et se livra à une véritable chasse aux sorcières, ne percevant pas toujours bien la distance qui doit exister entre le comportement répressif du policier et l’approche se devant plus ouverte du thérapeute.

En Belgique cette même hystérie ambiante était telle, qu’un enfant a été placé durant un mois (et le père accusé) parce qu’elle avait dit en classe qu’elle aimait faire l’amour avec son papa, alors qu’il ne s’agissait là que de mots d’enfants.

Accuser, dénoncer, emprisonner: c’est oublier un peu trop vite que nous sommes avant tout des travailleurs psychosociaux, que notre rôle est de traiter et d’aider, plutôt que de réprimer à tout prix. On peut s’étonner que certains thérapeutes, sans doute persuadés qu’ils agissaient «dans l’intérêt de l’enfant», ont inclus d’office dans leurs outils et objectifs thérapeutiques la prison, le divorce, la séparation…

Il nous semble préférable, de faire en sorte que les gens prennent leurs décisions eux-mêmes, quant à dénoncer, divorcer…

De plus, il faut souligner que malheureusement, certaines des méthodes actuelles n’offrent pas la garantie, pour nous la plus élémentaire, qui est l’arrêt de l’inceste.

Actuellement des informations nous apprennent qu’aux États-Unis, bon nombre d’hommes ou de pères de famille qui avaient naguère été condamnés pour des actes incestueux ou de pédophilie, sortent «blanchis», en jugement d’appel, de ces accusations fallacieuses. Ces procès et emprisonnements avaient eu lieu à la suite d’accusations portées directement à la connaissance des autorités par des enfants qui semblaient dire la vérité. Nous pouvons supposer que ces derniers se sont trouvés entraînés dans le mensonge et l’affabulation par le courant d’hystérie et de panique générale des adultes les entourant.

D’autre part Hubert Van Gijseghem, psychologue belge formé au Canada, a clairement démontré qu’en posant des questions de manière suggestive à un enfant, on peut arriver à créer chez ce dernier des faux souvenirs, surtout si l’enfant est interrogé, comme c’est le cas, un grand nombre de fois par une variété d’intervenants allant de la mère, de l’institutrice, des psychologues aux policiers. On peut remarquer que ce phénomène se rencontre également chez les adultes [3].

Sachant maintenant que ces pratiques entraînent des résultats faussés, on se rend compte de l’importance de faire mener ces entretiens par des personnes qui sont capables de le faire de manière non suggestive. Il semble que les policiers, de par leur formation, sont entraînés à ce type de questionnement. Les psychologues, de leur côté, sont plutôt formés à poser des questions suggestives à des fins thérapeutiques (notamment pour tout recadrage). Il faut souligner que si cette pratique est bien utile dans le cadre d’une thérapie, elle est catastrophique lorsqu’il s’agit de recueillir les premières informations, à un moment où il n’existe encore que des suspicions d’inceste.

Légalement, la justice ne peut intervenir dans un cas d’inceste, que si elle a des preuves concrètes de la culpabilité de l’abuseur. Celles-ci peuvent être notamment les aveux de l’abuseur ou un témoin (AR./3 avril 1995).

Si l’abuseur nie, et qu’il n’y a pas de témoin, la seule plainte de l’enfant ne constitue pas, bien souvent, une preuve suffisante, même si le Juge peut, selon son intime conviction, décider de croire l’enfant ou le père.

En outre, dans la majorité des cas, ce n’est pas l’enfant qui se plaint, mais une personne extérieure à la famille qui a des suspicions d’inceste ( par exemple: l’institutrice qui voit le comportement de l’enfant changer).

Un intervenant pensant en son âme et conscience qu’un père abuse d’un de ses enfants ressent le besoin souvent impérieux d’éloigner ce père. Il essayera d’obtenir des aveux de l’enfant (en posant ces questions suggestives), dans le but souvent avoué de faire mettre ce père en prison.

Il confond ainsi le rôle de « flic » avec le rôle de « thérapeute ».

Dans le cas particulier d’un intervenant social, travaillant dans un Service d’Aide à la Jeunesse ou de Protection de la Jeunesse, sous le couvert de sa casquette psychologique, il peut lui aussi penser que, pour le bien de l’enfant, il faudrait que le père reconnaisse les faits, or ce père sait que s’il avoue, il ira en prison.

En effet, son mandat l’oblige à porter à la connaissance de ses supérieurs hiérarchiques tous les faits de pédophilie qui lui sont révélés. La «collaboration» sera de ce fait quasiment impossible.

Ce qui reste un cas particulier chez nous (obligation d’informer la justice pour les délégués des SAJ et SPJ), est la règle dans la majorité des états d’Amériques, mais aussi en France, en Angleterre, au Canada…

En Belgique pour les autres intervenants (psychologues, médecins, assistants sociaux, enseignants), la loi permet de ne pas dénoncer les faits délictueux qui sont portés à leur connaissance, sous condition exclusive qu’ils prennent la situation en charge, d’une quelconque manière et s’assurent que les faits d’abus ne se reproduisent plus.

La Belgique peut donc se féliciter d’offrir encore une certaine marge de manoeuvre aux professionnels de la santé et de la santé mentale.

 

  • 3. ACTUELLEMENT DANS LE CADRE DES SERVICES D’AIDE ET DE PROTECTION DE LA JEUNESSE : DE CHARYBE EN SCYLLA

 

Si ceux qui prennent les décisions (Juges, directeurs ou conseillers) ont des suspicions d’inceste uniquement étayées sur l’avis d’experts, mais ne constituant pas des preuves suffisantes pour que les faits soient prouvés, ils se retrouvent dans ce cas face à des alternatives toutes deux insatisfaisantes et génératrices de culpabilité :

D’une part, on place l’enfant pour le protéger, en lui disant quelque chose comme «c’est pour ton bien».

Même s’il comprend les bonnes intentions des travailleurs sociaux, il se trouve néanmoins enfermé dans ce qui semble bien n’être pour lui, ni plus ni moins, qu’une prison. Il est, de plus, exclu de la maison familiale, comme un paria.

La petite phrase «c’est pour ton bien» et la recherche de son bien-être, sont une bien mince excuse, pour masquer ce qui représente à ses yeux une injustice de plus. Pour un enfant c’est «l’injustice de la justice», une blessure de plus… et une leçon.

De plus on passe à l’enfant le subtil message implicite que d’une manière ou d’une autre, l’abus s’est produit par sa faute. Quoi qu’on fasse ou qu’on veuille ce message passera lorsque c’est l’enfant qui est arraché à sa famille et placé [4].

Dans ce cas, que faire des frères et sœurs restant dans la famille…? Et si les doutes étaient fondés, comment être sûr qu’ils ne sont pas eux aussi victimes…? [Face à cette injustice de la justice souvent commise, certains cherchent d’autres solutions. Ainsi un magistrat propose au père incestueux, lorsque les faits sont clairement établis, pendant la période d’attente du jugement qu’il fasse soit de la prison préventive, ou qu’il quitte le domicile familial, laissant la victime dans sa maison].

L’autre alternative mais peut-être la plus angoissante pour les décideurs : laisser l’enfant dans la famille. Mais si les suspicions étaient vraies… ?

Ajoutons que selon notre évaluation des SAJ et des SPJ, + 70% des cas d’inceste ne sont AU SENS DE LA LOI que suspicions d’inceste, les intervenants sont donc dans un nombre incalculable de fois coincés entre ces alternatives.

Lorsque les preuves sont établies, l’abuseur ira en prison (bien souvent, longtemps après le dévoilement des faits) et l’intervenant social peut voir dans l’enfermement ces avantages :

  • l’enfant est reconnu socialement par rapport à ce qu’il a subi

 

  • L’enfant, pour un temps, est protégé du père.

 

Mais on commence déjà à en constater les retombées néfastes et celles-ci sont multiples :


  • L’éclatement de la famille

 

  • Le rejet fréquent de l’enfant abusé par sa mère et sa fratrie

 

  • La diminution des possibilités que le père reconnaisse de lui-même son crime et présente ses excuses à l’enfant

 

  • Et surtout, la culpabilité de l’enfant d’avoir mis son père en prison, alors que ce père est aimé aussi, pour d’autres aspects.

 

D’autre part, quand la peine de prison est terminée, quelles garanties a-t-on que le père est guéri pour autant?

Le problème de son retour en famille se pose. Personne ne peut être sûr qu’il ne récidivera pas, mais une exclusion à vie est-elle une meilleure solution?

Par conséquent, la responsabilité des Juges, directeurs et conseillers est énorme, contraints qu’ils sont de naviguer perpétuellement entre Charybde et Scylla.

Selon H. Van Gijseghem, il faudrait, idéalement qu’on ne mélange d’aucune manière le «mandat d’aide» et le «mandat d’enquête». Il est certain que cela serait la meilleure solution. On doit pourtant tenir compte des réalités et l’intervention proposée ici tente d’offrir une manière différente de travailler thérapeutiquement malgré et compte tenu de ces deux mandats contradictoires. Bien sûr nous ne pensons pas que cet outil sera le plus adéquat, ni qu’il sera applicable dans toutes les situations. Il permet toutefois d’agir même dans les situations les plus inextricables, ou le doute est présent quant à l’identité de l’abuseur et/ou quant à la réalité de l’abus sexuel.

Il permettrait également de débusquer plus de cas d’inceste et sans doute plus vite, par la facilité qu’il offre, d’entrer dans les familles où il y a «suspicions d’inceste» et enfin de viser son objectif premier (minimal sans doute), qui est l’arrêt des pratiques sexuelles.

 

II. L’INTERVENTION

 

Cette intervention sera particulièrement adéquate et utile, dans tous les cas où il n’y a qu’allégation d’inceste. Elle s’avère également applicable dans les situations de retour du père à la maison, après la prison.

 

  • 1. PREMISSES

 

Il semble évident, qu’un intervenant ayant une fonction psychologique, mais n’en ayant pas moins une mission policière (ou la simple intention de faire avouer au père), lorsqu’il arrive dans la famille, observe les réactions suivantes :

 

  • le père nie farouchement

 

  • l’enfant se rétracte ou devient mutique

 

  • la mère refuse de croire le fondement des accusations formulées…

 

  • L’intervenant se trouve le plus souvent dans un milieu hostile dont il ne peut attendre aucune collaboration.

 

Ce qui est étonnant, c’est qu’il ne comprenne pas que ce milieu hostile, c’est lui qui contribue à le créer, tout au moins en partie, sur base notamment de bonnes intentions telles que :

 

  • le père doit avouer (pour le bien de la victime)

 

  • le père doit payer et aller en prison (pour que la victime sache qu’elle n’est en rien coupable de ce qui s’est passé).

 

Il n’en reste pas moins que, lorsque l’intervenant se présente avec ces objectifs thérapeutico -légaux, il fabrique des résistances (réactions précitées), que lui-même interprétera par la suite comme les signes psychopathologiques typiques de l’interaction existant dans les familles incestueuses!

Ainsi on voit des mères accusées de complicité tacite dès lors même qu’elles ne prennent pas la décision de dénoncer et de jeter leur mari dehors. Il semble donc compréhensible que lorsque l’on demande à ces mères de prendre «position», si «position» signifie divorce, alors elles ne prendront pas cette décision forcée. Nous pensons même qu’elles peuvent retarder une telle décision.

À quoi réagissent-elles quand elles disent à l’intervenant «je ne vous crois pas» ?

Nous croyons qu’elles réagissent essentiellement à la «démarche policière» et à ses conséquences implicites et négatives pour la famille. Devant la menace de voir leur mari en prison, alors même que ce mari est souvent le seul gagne-pain de la famille par ses revenus professionnels, l’intervenant sans le vouloir, accentue la possibilité de créer le déni maternel (déni au sens

En effet on sait que l’inconscient, face à une réalité trop indigeste, a tendance à «protéger» le conscient en filtrant les informations qui viendraient confirmer cette réalité. Il est donc juste de penser que seul l’inconscient à déjà perçu l’inadmissible. C’est sans doute l’existence de ce mécanisme de défense qui peut laisser penser que la mère est complice.

La mère, face à l’inceste, doit tout à la fois accepter l’idée d’avoir été trompée par son mari, que ses rivaux sont ses enfants et la culpabilité de n’avoir pas su les protéger.

Combien de maris ou de femmes trompées ont fermé les yeux involontairement sur des preuves parfois criantes d’une vérité qu’ils ne voulaient pas voir, car trop difficile à admettre. Pourtant, ils ne sont confrontés qu’à une seule des trois «horreurs» que la mère devrait accepter d’intégrer d’un seul coup.

Quand l’intervenant vient en menaçant implicitement ou explicitement de la prison, la mère imagine surtout les conséquences sociales, familiales et personnelles qui en découleront si les faits étaient avérés. C’est aussi pour cela que la mère sacrifiera le devenir de l’enfant pour un moindre mal.

C’est pour contrecarrer ces réflexes de défense et de survie de la famille que dans ce modèle, nous offrons une occasion à la mère, en diminuant la pression (menace de prison, accusation implicite de complicité) de vérifier, pour elle-même, si de tels soupçons sont fondés.

Le modèle donne les informations nécessaires pour faciliter une prise de conscience et respecte aussi la mère en lui offrant le temps indispensable pour « digérer » et assimiler ces faits inacceptables.

On découvre également, de plus en plus, qu’un père incestueux agit souvent de manière cloisonnée. Ceci signifie que, s’il y a plusieurs enfants, il ne se limite que rarement à un seul, abusant de manière indifférenciée aussi bien des filles que des garçons et ceci sans qu’aucun des frères et sœurs ne puissent découvrir que le père abuse également des autres, le secret règne en maître.

Tant que le père peut maintenir le cloisonnement (non-communication dans la fratrie, isolement la nuit), il peut continuer à abuser des victimes sans grands risques.

On sait que souvent c’est lorsqu’un enfant découvre que son frère ou sa sœur plus jeune subit également les abus, qu’alors il décide de dévoiler le secret.

L’intervention a été conçue en tenant compte de chacune de ces prémisses.

 

  • 2. MODE DE L’INTERVENTION

 

  1. a) Se rendre au domicile de la famille, réunir tous les membres de la famille, pour procéder à l’intervention ;

 

  1. b) « Il a été dit dans cette famille, que papa, ou un autre monsieur, avait fait… (Dire les faits exacts tels qu’on les connaît avec les détails concrets et dits dans le langage de l’enfant…), peut-être que c’est vrai et peut-être que ce n’est pas vrai.»

 

« Si c’est vrai, c’est grave. Un adulte ne peut pas faire ce qui a été dit … c’est très grave et il peut aller en prison pour ça, aucun adulte d’ailleurs ne peut faire..» (Donner de manière informative l’ensemble des gestes sexuels qu’un adulte ne peut poser sur un enfant, toujours avec des termes compréhensibles pour l’enfant, parler aussi de sexualité saine).

« Si c’est faux, c’est grave aussi, car il s’agirait d’un mensonge ou d’une erreur qui risque d’accuser à tort papa ou un autre monsieur.»

« Je me dois de vous dire dés maintenant à tous, que si vous me disiez que les soupçons pour lesquels je viens sont vrais, je serais obligé de les déclarer aux autorités judiciaires » « Si c’est vrai, vous devez savoir, les enfants, que papa ou le monsieur souffre d’une maladie et qu’il a besoin de votre aide, pour arrêter cette maladie et aller mieux» (recadrage)

« Monsieur, Madame et les enfants, comme nous sommes tous dans le doute, je vais vous proposer quelque chose qui permettra de rassurer tout le monde: dès ce soir, je veux que tous les enfants dorment dans la même pièce (s’ils sont trop nombreux, les partager dans deux pièces avec un plus grand dans chaque pièce), et si une nuit, papa venait dans la chambre pour refaire ce qu’on a dit qu’il faisait, alors les enfants, il faudra crier bien fort « Non » tous ensemble, pour aider votre papa à arrêter.

  1. c) Il faut déjà à ce stade amener les notions d’excuses et de réparations. En effet, tout en insistant sur le fait que peut-être il ne s’est rien passé, on peut dire: «si ce qui a été dit est vrai, alors cela mérite réparation». Les enfants vivent dans un monde où quand on fait quelque chose d’interdit on est puni.

« Alors vous, les membres de cette famille, vous devez penser à la punition que mérite l’auteur de ce qui a été fait. Aussi bien vous Monsieur, que les enfants et que vous Madame qui avez été trompée en tant que femme et en tant que mère.»

« Ne me dites rien pour le moment mais pensez-y chacun pour vous-même et ensemble.» On peut donner des exemples de punition comme: des travaux réguliers pour la famille, des devoirs, une somme conséquente pour les études supérieures des enfants. Chaque punition doit être décidée avec la famille, elle doit toujours avoir un début et une fin, et c’est surtout à la mère que reviendra la tâche de les faire appliquer et respecter.

  1. d) Il faut s’assurer que tout le discours a été compris et que le nouvel aménagement pour les lits va être fait. Il faut revenir, ultérieurement, pour vérifier que c’est bien fait.
  1. e) Revenir dans un deuxième temps pour voir comment se déroulent les suites de l’intervention et ses conséquences: dépôt de plainte, dénonciations, demande d’aide psychologique, fin des soupçons…

 

  • 3. ANALYSE DE L’INTERVENTION :

 

La lecture des points essentiels de l’intervention donnera le schéma suivant :

 

  1. Intervention :

 

  1. Le doute : peut-être que oui, peut-être que non ;

 

  1. Cartes sur table : rappel du mandat pour les SAJ et les SPJ (si vous me parlez, je dois porter plainte) ;

 

  1. L’information : parler un langage concret et adapté pour les enfants sur la sexualité saine et malsaine ;

 

  1. La règle : information sur l’interdit de l’inceste et de la pédophilie de manière globale aux enfants ;

 

  1. Le recadrage : l’abuseur est recadré comme étant «malade» et il faut donc l’aider ;

 

  1. Une solution : mettre les enfants ensemble et leur demander de crier « non ».

 

  1. Excuses et réparation

 

  1. de l’abuseur incestueux (de lui-même) ;

 

  1. pour la femme en tant que femme, et en tant que mère ;

 

  1. pour l’enfant abusé, et même pour les frères et sœurs non abusés.

 

  1. Développement

 

  • 3.1. Intervention

 

Le doute

 

En arrivant dans la famille en disant «peut-être que oui, peut-être que non», on respecte d’abord une des lois constitutionnelles les plus importantes des démocraties qui est qu’une personne reste innocente tant qu’on n’a pas su prouver sa culpabilité. Cela s’appelle la «présomption d’innocence».

D’un point de vue thérapeutique, on verra également qu’entrer dans une famille sans être accusateur, permet d’éviter les résistances habituelles (déni massif du père et de la mère, mutisme de chacun…).

Ainsi le père, ne se sentant pas attaqué, ne peut que collaborer dans son propre intérêt, à la tâche proposée.

La mère ne devant pas dépenser toute son énergie et son attention pour défendre sa famille, peut alors prendre le temps d’ouvrir les yeux et les oreilles, pour se rendre compte par elle-même de la véracité des faits.

Les enfants n’étant plus paniqués par les conséquences de ce qu’ils ont révélé, ou révéleront, peuvent écouter la solution proposée, s’informer, et surtout enfin communiquer entre eux.

Cela facilitera également la communication entre la mère et les enfants.

 

Cartes sur table

 

Le rappel du mandat qui oblige l’intervenant travaillant dans le cadre d’un SAJ ou d’un SPJ, à dénoncer à la justice tous les faits de pédophilie dont il a connaissance, est essentiel. La menace dite ouvertement, sans être atténuée offre l’avantage d’être claire et explicite. Paradoxalement, dire haut et fort, ce que les gens redoutent de nous, les met en confiance. Cette attitude dit quelque chose de nos préoccupations principales qui sont avant tout, l’arrêt de l’inceste et une mise en route du processus de réparation.

En ne disant pas à haute voix cet état de fait, soit les gens le connaissent et seront tout à fait non collaborants, soit ils feront confiance au discours d’aide de l’intervenant, mais celui-ci dès qu’il aura des aveux, laissera tomber son côté «aidant» pour prendre un rôle de «policier» et dénoncera ce qu’on lui a avoué dans la confiance.

Nous pensons que ceci est extrêmement pervers en soi.

 

L’information

 

L’intervention recèle une difficulté majeure, qui consiste à parler de sexualité saine et malsaine à des enfants devant leurs parents. Il peut paraître étrange de parler aussi de sexualité saine, mais c’est une nécessité si on ne veut pas effrayer les enfants par rapport à la sexualité en général.

Force est de constater le malaise réel, bien compréhensible, que ressentent les intervenants ayant à s’acquitter de cette tâche.

Toutefois lorsque l’on est en présence d’enfants devant subir des abus sexuels parfois quotidiens, le jeu en vaut la chandelle.

On entend bien trop souvent des professionnels de la communication utiliser avec des enfants des termes incompréhensibles comme: abus sexuel, attouchement, inceste, pénétration, sodomisation…

D’autres, de peur de nommer la chose, utiliseront un vocabulaire vague et non défini. Mais comment un enfant peut-il faire confiance à un adulte qui lui parle un langage qu’il ne comprend pas et qui semble avoir du mal à dire avec des mots simples, ce que lui doit subir régulièrement ? Même si dans le meilleur des cas l’enfant comprend la signification des termes utilisés par l’intervenant, n’est-il pas alors lui-même prisonnier de l’interdit implicite, de parler ouvertement de ce qui lui est arrivé ?

Le sentiment d’hypocrisie que l’enfant peut alors ressentir, doit être énorme.

Dans un système où ce qui fait le plus mal est le secret, le tabou se doit d’être impérativement levé.

 

La règle

 

Cela peut paraître normal de donner une information claire et concrète sur l’interdit de l’inceste et de la pédophilie en général, mais on constate que cette information est rarement faite, et ceci découle sans doute de la difficulté citée dans le point précédent consistant à parler de sexualité à un enfant. Pourtant si tellement d’hommes peuvent abuser d’enfants, c’est aussi grâce à nous tous, qui laissons l’enfant dans l’ignorance. Le tabou culturel sur la sexualité nous rend, malgré nous, complices.

On constate que la majorité des enfants acceptent l’inceste essentiellement car ils ne savent pas que c’est interdit. C’est quand ils commencent à parler de sexualité à l’école avec des enfants de leur âge, qu’ils se rendent compte que ce qu’ils vivent n’est pas « normal ». Ils sont très étonnés de découvrir que ce qu’ils vivent ne se passe pas dans toutes les familles.

C’est comme si le monde des adultes n’avait pas confiance dans les capacités de l’enfant à se protéger, comme s’il doutait qu’un enfant soit capable de dire « non », ou encore qu’il profiterait de l’information pour fabuler !

Un enfant non informé sur l’interdit de l’inceste, ne peut pas faire la différence entre un ordre comme «mange ta soupe» et «baisse ta culotte». Ainsi il ne sait pas qu’il peut dire «non».

Dans un grand nombre de famille, le simple fait de donner cette information suffira à mettre un terme à l’inceste en provoquant, parfois à retardement, des réactions en chaîne chez les enfants, la mère, entraînant jusqu’à l’amendement du père.

 

Le recadrage

 

En recadrant le père comme «malade», on permet de maximaliser les chances que l’enfant puisse dire «stop», en lui permettant d’appliquer l’intervention même pour son père. En effet face a une personne ayant autorité sur lui, l’enfant doit avoir non seulement l’information mais aussi du courage pour arriver à s’opposer à cette autorité. Par contre, s’il comprend que c’est pour le bien de son père qu’il doit lui dire «non», il ne vit plus ça comme une rébellion mais plutôt comme une aide à lui apporter.

On sait que l’agresseur incestueux n’est que rarement un violeur, et qu’il a besoin de croire à la complicité et au désir de l’enfant. Le pédophile, incesteur ou non, dépense parfois une énergie et un temps considérable en séduction et manipulation pour amener l’enfant à être «coopérant».

Face à un «non» bien clair, il est incapable d’aller plus loin, car ses distorsions cognitives habituelles ne peuvent plus fonctionner (ils aiment à penser pour la plupart, que l’enfant aime ça, le désire, que c’est pour son bien…)

 

Une solution

 

Mettre les enfants dans la même chambre et leur demander de crier ensemble « non! » va amener un décloisonnement à deux niveaux :

  • On l’a vu, le père a besoin de garder le secret entre chaque victime, si tous les enfants dorment ensemble, il ne pourra plus abuser d’eux au moins la nuit ;

 

  • Mais surtout, cela permet aux enfants de parler entre eux. N’étant plus rendus muets par la peur des conséquences du dévoilement et encouragé par «l’aide à apporter à l’abuseur», ils peuvent enfin entre eux, dire ce qu’ils n’ont jamais osé se dire. On sait que souvent un enfant portera plainte quand il découvrira que son frère ou sa sœur plus jeune est abusé aussi, le pouvoir du décloisonnement est donc très puissant.

En en parlant ensemble, les enfants renforcent ainsi la cohésion et la solidarité «bienveillante» (il est malade et ça ne se fait pas), face à l’abus du père.

Comme on le voit, ce que le modèle introduit le plus dans la famille, c’est la parole. En effet, dans ces familles incestueuses où le secret est l’élément le plus caractéristique, la parole est pour nous le meilleur et principal antidote.

 

  • 3.2 Excuses et réparations vers une cicatrisation (ou de la prééminence du positionnement sur la reconnaissance)

Il est important de comprendre que cette deuxième partie visant à la cicatrisation, par le biais des excuses et des réparations, est un thème restructurant lancé à long terme dans la famille.

Dans l’immédiat, elle permet à la mère de se resituer dans ce drame, en réalisant qu’elle aussi est victime en tant que femme trompée et en tant que mère dont l’enfant a été abusé.

Les excuses ne valent rien sans réparations et les réparations ne valent rien sans excuses [5].

C’est en partant de ce principe que la partie «excuses et réparation» a été mise au point.

Nous pensons que la reconnaissance seule, sans prise de position concrète, peut être plus terrible que la non reconnaissance. En effet une mère qui dit à sa fille «je te crois» mais ne prend aucune position par rapport à ce qu’elle a dit, est sans doute plus déstabilisante pour l’enfant, qu’une mère qui dit «je ne te crois pas», et garde une attitude cohérente en fonction de ce qu’elle a dit.

De la même manière, on voit que d’un point de vue thérapeutique, quand un père a fait de la prison, sans s’être jamais excusé auprès de sa famille pour le mal qu’il lui a fait, cela n’a aucune valeur réparatrice cicatrisante pour sa famille et ses enfants.

Si l’emprisonnement est une reconnaissance sociale pour l’enfant, elle est sans commune mesure avec une reconnaissance familiale, faite d’excuses et de regrets.

De plus, en insistant pour que la maman et les enfants choisissent des peines réparatrices, on leur rend, de manière explicite, toute leur dimension de victimes.

Beaucoup de mères et d’enfants se sentent coupables de ce qui s’est passé d’une manière ou d’une autre, souvent même parce que le thérapeute a passé ce message sans le vouloir (la femme est vue, ou se verra elle-même, comme complice, la fille comme provocante, la fratrie comme n’ayant pas voulu aider la victime…).

En leur disant qu’ils ont droit à une réparation, on leur renvoie le message qu’ils ne sont en rien responsables de ce qui s’est passé, le seul fautif étant bien, pour nous, l’abuseur.

 

Excuses et réparations de l’abuseur

 

On découvre de plus en plus que l’abuseur, contrairement à ce qu’on pourrait penser, éprouve un sentiment de culpabilité par rapport à son passage à l’acte. Les distorsions cognitives précédemment citées viennent essentiellement pour lui permettre de mieux gérer ce sentiment. Mais lorsqu’il est confronté à la réalité (l’enfant était contraint et forcé et ne tirait aucun plaisir de l’abus), certains tentent de se suicider. Le suicide parfois est inconscient comme le développement d’une maladie psychosomatique [6].

C’est pour cette raison que l’on demande au père de s’imposer à lui-même des punitions réparatrices en fonction de l’acte posé. Ceci lui permet d’éviter le risque de création de punitions inconscientes, qui souvent culpabilisent encore un peu plus la victime de l’inceste.

Après avoir fait de la prison il est utile de lui demander d’enfin réparer non plus pour la société mais pour ses victimes.

Excuses et réparations pour la mère en tant que mère, et en tant que femme

Il est important de ne pas oublier que la maman, outre la colère qu’elle peut ressentir face au mal qu’on a fait à ses enfants, ressent aussi de la colère pour avoir été trompée par son mari; cette double réparation est donc nécessaire.

On voit à ce stade parfois, des mères se décider à porter plainte, ce justement contre quoi elles se seraient battues, si on le leur avait imposé.

Dés le moment où la sentence vient de l’intérieur du système familial, elle prend un tout autre sens et est alors vraiment thérapeutique.

 

Excuses et réparations pour l’enfant abusé

 

Il est capital pour l’enfant qu’il voit effectivement, non seulement, que le père regrette, arrête les abus, mais aussi est prêt à réparer.

L’enfant apprend très jeune que lorsque l’on fait des choses interdites on est puni. Même si on lui dit que l’inceste est interdit, si l’acte n’est suivi d’aucune conséquence, il vivra cela comme une injustice.

L’enfant peut choisir avec sa mère une punition petite, qui sera à son niveau et qui signifiera vraiment quelque chose.

En exécutant ces punitions, le père donne une vraie valeur à ses excuses. La mère en les faisant respecter prendra vraiment position pour l’enfant.

De plus, on évite ainsi des situations que l’on rencontre parfois, où l’on voit un père culpabilisé de ce qu’il a fait et un enfant devenu tout puissant, faisant faire à son père tout ce qu’il veut par chantage.

Les punitions réparatrices proposées sont circonscrites dans le temps et limitées au contrat. En dehors des punitions le père peut retrouver sa place de père, avec l’autorité qui lui est nécessaire. L’ordre hiérarchique qui a été bafoué par l’inceste se doit d’être remis en place si l’on veut que la famille se répare.

Excuses et réparations pour la fratrie

Les frères et sœurs même non abusés du point de vue sexuel, ont été abusés moralement, car ce drame détruit la famille et ils en sont eux aussi des victimes.

 

  • 4. Exceptions

 

Nous voyons deux conditions limitantes à l’intervention :

– Les cas ou la mère est clairement complice du père, consciente de ce qui se passait et non protectrice.

 

Ces cas existent.

– Les cas ou la victime est enfant unique. En effet il faut nécessairement qu’il y ait une fratrie, ou tout au moins la présence d’autres personnes que la victime et les parents dans la maison (grands-parents, tante, cousines, etc.).

On rencontrera des situations ne permettant pas d’appliquer la grille du modèle en son entier, pourtant on constate qu’il est possible de n’utiliser que certains points de l’intervention globale. Celle-ci se présente en fait, comme un ensemble d’interventions qui, en s’articulant les unes aux autres font un modèle, mais qui chacune prises séparément peuvent déjà être utiles.

Ainsi, dans le cas particulier d’une situation d’inceste avec un enfant unique, le point de l’intervention portant sur «mettre les enfants ensemble», ne pourra se faire, mais tous les autres points restent applicables.

Dans un grand nombre de situations, seule la deuxième partie (excuses et réparation) sera utile et applicable.

 

III. Cas cliniques

  • Cas 1: Suspicions fondées

Une assistante sociale d’un Service de Protection de la Jeunesse, reçoit une plainte d’une école concernant un abus sexuel perpétré sur un jeune garçon immigré de 7 ans, ayant trois frères. Elle est chargée d’effectuer une mission de surveillance dans sa famille.

Des examens médicaux montrent qu’il y a eu pénétration anale et l’enfant reconnaît qu’il a été abusé, mais il refuse de dire par qui.

Les soupçons se portent bien sûr sur le père mais également sur l’oncle de l’enfant, car celui-ci habite sur le chemin entre l’école et la maison et les parents travaillant tard, les enfants restent souvent les fins d’après-midi chez leur oncle.

L’assistante sociale s’est rendue dans la famille et a appliqué l’intervention telle qu’elle a été décrite plus avant.

À sa première visite, l’ambiance dans la famille lui semble sinistre, la mère se tait et semble complètement dépressive, les enfants sont renfermés, taciturnes, gris. Le père, lui, se montre tout puissant, disant haut et fort qu’il est innocent, que sa religion lui interdit l’inceste, qu’il va toute les semaines à l’office religieux…

Après s’être assurée que tous les enfants dormaient bien dans la même chambre suite à ses instructions, l’assistante sociale ne revient dans la famille qu’un mois plus tard, conformément aux exigences du Juge.

Elle décrit alors qu’à son grand étonnement, elle trouve les enfants riants, heureux. La mère est détendue et semble sortie de sa dépression. L’assistante sociale s’enquiert du père et elle apprend qu’il a quitté le domicile conjugal spontanément.

Elle apprendra aussi que les trois autres enfants avaient eux aussi subi des attouchements. À aucun moment la mère ne dira, «mon mari a abusé de mes enfants», le secret est devenu un secret de Polichinelle, face à l’assistante sociale qui, n’ayant eu aucun aveux clairs, ne peut porter plainte.

En attendant, le père est parti et l’inceste a été arrêté, ce qui est l’objectif premier de notre intervention.

Si l’intervenante avait essayé d’obtenir des informations de manière directe, chacun aurait fait bloc pour garder le secret et éviter au père la prison.

Les enfants n’auraient pas osé en parler entre eux ou à la mère, chacun faisant la sourde oreille à ce qui se passe, pour éviter d’avoir à prendre position. Ici on leur a offert une vraie possibilité de prendre position puisqu’ils n’ont pas été contraints de le dénoncer et de le faire mettre en prison.

On le voit, ici, l’intervention a agit un peu comme un virus qui une fois qu’il est introduit, va se développer dans la famille, seul, sans qu’on ait plus besoin de faire quelque chose.

 

  • Cas 2 : Suspicions non fondées

 

Une assistante sociale d’un Service de Protection de la Jeunesse reçoit la plainte d’une maman demandant que le droit de visite du père soit retiré. Il y a trois filles de 12, 11 et 6 ans et un garçon de 1 an.

La fille de 11 ans dit que son père l’a abusée, la fille de 12 ans dit qu’elle n’a rien vécu, mais qu’elle ne dira rien, la fille de 6 ans dit que rien ne s’est passé pour elle. Le père nie farouchement toutes ces accusations.

Pour essayer d’y voir plus clair, l’assistante sociale envoie les filles chez une gynécologue qui après examen dit, au téléphone, qu’elles ont toutes les trois été abusées (elle précise pénétration anale et vaginale).

L’assistante sociale prend alors la décision de mettre les filles en observation dans un hôpital, pour 75 jours (procédure de mise en observation classique).

À hôpital, on ne veut pas confirmer ce qu’a déclaré la gynécologue qui elle, de son côté, ne veut pas consigner par écrit, les résultats de ses investigations !

Parallèlement, l’assistante sociale rencontre la tante des filles qui a recueilli les aveux de la fille de 11 ans. Cette dame présente un comportement psychotique et dit détester le père, elle explique que pour la faire parler, elle a fait jouer la scène à la petite.

Après supervision, l’assistante sociale décide de faire l’intervention dans cette famille (excepté le point : «mettre les enfants ensemble» puisque le père vit ailleurs).

Elle insiste notamment sur le fait que ce dont on accuse le père est très grave, et qu’il peut aller en prison pour ça.

Peu après la réunion, la fille ayant parlé d’abus, téléphona à sa mère de hôpital, pour lui dire qu’elle avait menti, pour que papa ne vienne plus à la maison (peur de violence vis-à-vis de la mère dans le cadre du divorce).

Les deux sœurs confirmèrent qu’il ne s’était rien passé. L’idée leur était venue de leur tante qui sans cesse leur posait des questions sur ce que papa avait peut-être pu faire avec elles.

On le voit dans ce cas, le modèle a servi non pas a confirmer mais a infirmer des allégations d’inceste.

Pourtant l’assistante sociale était bien prête à mettre en marche la machine judiciaire.

La seule chose qui la retenait était l’attitude d’hôpital qui ne voulait pas confirmer les dires de la gynécologue, sans vouloir pour autant les contredire à 100 %.

Mais pour pouvoir supprimer le droit de visite au-delà des 75 jours, elle n’aurait pas eu d’autre choix que de dénoncer les suspicions.

 

IV. Conclusions

 

Si comme on l’affirme généralement, seulement deux cas d’inceste sur cinquante arrivent devant la Justice, cela signifie qu’un nombre incalculable de situations d’inceste restent intouchées.

Quand il semble difficile pour l’intervenant de parler de possibilité d’inceste parce qu’il n’y a que de vagues doutes, le modèle est facilement utilisable du fait de sa douceur et de sa non- intrusion. En effet, le modèle respecte à la fois les personnes, mais aussi la loi [un des fondements constitutionnels de la Démocratie étant qu’une personne est présumée innocente tant qu’on n’a pas pu prouver sa culpabilité].

Lorsque l’on ne respecte pas ce principe fondamental, on dresse involontairement les barrières du déni et de la peur des conséquences sociales d’une intervention, diminuant ainsi les chances que la maman ouvre les yeux et les oreilles, que le père avoue familialement, répare et que l’enfant cicatrise la blessure faite par l’inceste.

L’intervention n’est pas hors la loi non plus, elle ne couvre pas le crime, mais se donne les moyens de le débusquer, de l’arrêter, de prévenir sa récidive, de le traiter, ce qui est l’essentiel pour les auteurs qui sont psychothérapeutes et non policiers.

En rien il ne faudrait comprendre que nous tentons d’éviter l’emprisonnement. Ce n’est simplement pas notre travail, même si cette possibilité est ouverte dans les «excuses-réparations», mais alors c’est à la famille toute entière, qu’il incombe de choisir les moyens de réparer.

L’intervention permet une restructuration écologique de la famille, qui permet à celle-ci de se défendre de l’intérieur et d’utiliser ses propres ressources [7].

 

A priori, nous n’avons pas comme objectif thérapeutique :

 

  • la mise en prison du père ;

 

  • Le divorce ou la séparation des parents.

 

C’est à eux d’en décider.

 

Il est important de rappeler que l’objectif minimal de cette intervention est l’arrêt des abus sexuels et d’ouvrir une occasion de cicatrisation en profondeur à long terme.

Si un couple, dont le mari bat sa femme, vient nous voir, le projet thérapeutique que nous devons avoir est d’aider chacun des membres du couple à aller vers un mieux être, et le divorce sera peut-être une des solutions. Mais si d’emblée nous décidons que ce mari est un monstre et que la femme doit divorcer, non seulement c’est de l’ingérence thérapeutique (le thérapeute sort de sa position de neutralité), il y a beaucoup de chance pour que le couple se sauve et ne revienne jamais.

Dans le domaine de l’inceste, bien trop souvent les intervenants ont perdu leur neutralité, pour des raisons de contre-transfert violent bien compréhensible.

Mais quel droit avons nous de coller systématiquement sur le front de ces mères cette nouvelle étiquette de «femme d’abuseur» ? De quel droit décide-t-on d’emblée que cet homme ne changera jamais ?

Nous pensons que c’est la meilleure façon d’empêcher définitivement cette famille de se reconstruire en rigidifiant le système.

Tous et toutes, nous devons rester attentifs aux risques de dérive qui pourrait survenir, si comme le désirent certains thérapeutes, seul leur diagnostic pourrait suffire pour faire mettre les pères en prison.

On commence déjà à voir les dégâts causés par des thérapeutes persuadés que l’enfant se faisait abuser par son père et qui ont dirigé l’entretien dans ce sens.

Nous pensons que dès qu’un thérapeute perd son objectivité dans ces situations, il ne peut plus être efficace, à la fois, car comme l’a démontré H. V an Gijsseghem, il risque d’obtenir des aveux qui n’ont aucun fondement, mais aussi il paralyse tout le système familial, qui connaissant son rôle d’enquêteur policier, ne peut entamer le moindre travail thérapeutique.

Dans ce contexte plus que jamais mi-flic, mi-raisin, comment ne pas se sentir perdu, quand notre mission première qui est d’aider et de soigner passe en second plan ?

L’intervention offre à chaque intervenant la possibilité de «redevenir thérapeute» dans ce contexte délicat qu’est l’inceste, elle nous oblige à redevenir respectueux des individus et stratèges dans nos interventions.

 

P.S. L’auteur souhaite que les personnes qui utiliseront le modèle exposé ici lui fassent part de leurs expériences à des fins de publication. S’adresser à : G. BRASSINE, 7 rue de la Grotte, B- 1310 LA HULPE, Tél. et fax : 32 2 652 O9 O9

Avec l’aimable autorisation de l’auteur Mr. Gérald Brassine

BIBLIOGRAPHIE

 

  • JEAN-JACQUES WITTEZAELE-TERESA GARCIA, À la recherche de l’école de Palo Alto, Paris, Edition Seuil, 1992.
  • ROLAND C. SUMMIT M.D.,The child sexual abuse accomodation syndrome,in « Child abuse andneglect », 1983, pages. 177 à 193.
  • HUBERT VAN GIJSEGHEM, L’enfant mis à nu , Montréal, édition du Méridien.
  • TERRYS TREPPER-MARY JO BARRETT, Systemic treatment of incest, New-York, edition Brunner-Mazel, 1994.

 

  • Jeffrey K. Zeig, Ph. D., Ericksonian Methods: The essence of the story, New-York, Brunner-Mazel, 1989.
  • CLOÉ MADANES, The violence of men, San Francisco, edition Jossey-Bass, 1995.
  • MILTON H. ERICKSON, The Collected Papers, New-York, edition Irvington Publishers, 1980.

 

NOTES

 

[1]

Jean-Jacques Wittezaele-Teresa Garcia, À la recherche de l’école de Palo Alto, Paris, Edition Seuil, 1992.

[2]

Roland C. Summit M.D., The child sexual abuse accomodation syndrome , in »Child abuse and neg- lect », 1983, pages. 177 à 193.

[3]

Hubert V an Gijsseghem, L’enfant mis à nu, Montréal, édition du Méridien.

[4]

Terrys Trepper -Mary Jo Barrett, Systemic treatment of incest, New-York, edition Brunner-Mazel , 1994.

[5]

Jeffrey K. Zeig, Ph. D., Ericksonian Methods: The essence of the story, New Mazel, 1989.

[6]

Cloe Madams, The violence of men, San Francisco, édition Jossey-Bass, 1995.

[7]

M.H. Erikson, The Collected Papers, Edition Irvington Publisb -hers, New-York, 1980.

 

Faux souvenirs et thérapies de la mémoire retrouvée

par Brigitte Axelrad

Source de l’aticle: A.f.i.s.

Brigitte Axelrad est professeur de philosophie et de psychosociologie.

Dans les années 1980 se développa aux États-Unis un phénomène baptisé le « syndrome des faux souvenirs ». Des parents furent accusés d’inceste par leurs enfants devenus adultes, qui suivaient une « thérapie de la mémoire retrouvée » (TMR). Avec dix ans de retard, ce phénomène s’est développé en France.

Le point de départ du « syndrome des faux souvenirs » se situe dans la théorie freudienne de la séduction et dans son abandon pour celle du complexe d’Œdipe. Par la suite, ces deux théories ont en partie alimenté le mouvement féministe aux États-Unis. Ainsi la genèse des thérapies de la mémoire retrouvée se loge à la rencontre de ces différents facteurs.

Pour nous, il ne s’agit pas de nier la véracité des récits spontanés d’abus sexuels avérés, ni leurs effets, mais de comprendre comment de faux souvenirs peuvent émerger lors d’une TMR.

La théorie de la séduction

Freud partit de l’idée de Charcot que l’hystérie avait son origine dans un traumatisme, et prétendit que la séduction était la seule cause de cette affection, ainsi que des névroses obsessionnelles et de la paranoïa. Par « séduction », Freud entendait un acte sexuel réel imposé à un jeune enfant. Tout problème psychique fut réduit à un seul type de traumatisme possible, une seule cause : les abus sexuels subis dans l’enfance.

Au départ, la thérapeutique de Freud ne consistait pas, comme il l’a ensuite prétendu, à écouter des souvenirs spontanés d’abus, mais à encourager ses patients à construire des scènes dont ils n’avaient aucun souvenir. Selon lui, les patients ne retrouvaient pas de tels souvenirs tant qu’ils n’étaient pas soumis à « la pression la plus énergique du procédé analyseur.» Il insistait sur le fait que seul le souvenir refoulé et donc inconscient constituait, une fois retrouvé, la preuve de l’évènement traumatique. C’est ainsi que les patients qui ne retrouvaient pas de souvenirs d’abus subis pendant leur enfance étaient considérés comme en proie au souvenir inconscient et donnaient justement la « preuve » de la réalité de ces abus et de leur rôle pathogène. Selon Freud, ne pouvait être pathogène qu’un souvenir refoulé, et libérateur qu’un souvenir refoulé retrouvé. La théorie de la séduction l’obnubila pendant au moins deux ans. Il en avait fait mention dès 1893.

La théorie du complexe d’Œdipe

Freud abandonna la théorie de la séduction parce qu’elle ne fonctionnait pas. Elle était incapable de mener « une seule analyse à une vraie conclusion » (Lettre à Fliess, 21 septembre 1897). D’une part, les méthodes de Freud étaient inefficaces, d’autre part elles risquaient, en raison des accusations répétées contre les pères, de mener au désastre professionnel. Plus tard, Freud se laissera aller à dire : « Quand je dus reconnaître que ces scènes de séduction n’avaient jamais eu lieu, qu’elles n’étaient que des fantasmes imaginés par mes patients, imposés à eux peut-être par moi-même, je fus pendant quelque temps désemparé. »

Dans la théorie du complexe d’Œdipe, les agressions sexuelles devinrent des fantasmes d’enfants ou de femmes hystériques : « L’enfant prend ses deux parents et surtout l’un d’eux comme objet de désirs. D’habitude, il obéit à une impulsion des parents eux-mêmes dont la tendresse porte un caractère nettement sexuel, inhibé il est vrai dans ses fins.»

Le fantasme œdipien prit ainsi la place de la séduction. Finalement, selon Freud, il importait peu que la séduction ait réellement eu lieu ou qu’il s’agisse seulement d’un fantasme.

Avec un regard de sociologue, Richard Webster déclare : « Avec sa théorie du complexe d’Œdipe, Freud avait inventé un outil parfait pour balayer les allégations d’abus sexuels d’enfants et miner leur crédibilité. » En suivant cette voie, les psychanalystes américains eurent massivement tendance pendant tout le XXe siècle à considérer les récits d’incestes avérés comme des fantasmes œdipiens et non comme des souvenirs. Ceci contribua à amplifier les réactions et les protestations des courants féministes déjà très forts aux États-Unis.

La rébellion féministe aux États-Unis et le « syndrome des faux souvenirs »

Le mouvement féministe puisa une partie de son énergie dans le rejet des confidences des enfants et des femmes réellement abusés. Ces victimes réelles, rejetées par les psychothérapeutes freudiens, se réfugièrent auprès de thérapeutes autoproclamés qui acceptaient de les écouter. Puis se joignirent à elles des femmes n’ayant pas de souvenirs d’inceste, mais que leur psychiatre ou psychothérapeute avaient diagnostiquées comme souffrant de souvenirs d’inceste refoulés. Des livres phares apparurent, tels que The Courage to Heal d’Ellen Bass et Laura Davis. Des groupes de thérapie pour « survivantes de l’inceste » se multiplièrent, puisant dans ces livres leurs arguments et leurs techniques de recouvrement de souvenirs : « Au milieu des années 1980, l’idée (désormais médiatiquement acclamée) que des millions de gens aux États-Unis souffraient de souvenirs refoulés d’inceste, alimentait une gigantesque machine thérapeutique à produire des faux souvenirs. ».

Les auteurs utilisèrent la naïveté de ces femmes  : « Si vous pensez avoir été abusée et que votre vie en porte les symptômes, alors c’est que vous l’avez été.  ». La liste des symptômes comprenait entre autres : la peur d’être seul dans l’obscurité, des cauchemars, une mauvaise image de son corps, des maux de tête, la nervosité, une faible estime de soi, etc.

Exprimant ses doutes, Webster écrit que, jamais jusqu’à aujourd’hui, on n’a pu apporter « des preuves solides qu’un seul souvenir d’abus sexuel retrouvé en thérapie corresponde à de réels épisodes. On a en revanche abondamment prouvé que la mémoire surtout la mémoire enfantine est extraordinairement malléable et imprécise. » (1998, p. 484)

Les « souvenirs refoulés » aux États-Unis dans les années 80

Le phénomène des faux souvenirs retrouvés en psychothérapie se propagea aux États-Unis : « Cette fièvre gagna en premier des thérapeutes de la nouvelle vague, ceux qui utilisaient l’hypnose, des techniques de relaxation, le travail sur le corps ou des conditionnements émotionnels divers. Mais elle s’empara bientôt de psychiatres et psychothérapeutes formés à la psychanalyse de la vieille école, ainsi que de nombreux jeunes psychanalystes. […] Au milieu des années 1980, l’idée (désormais médiatiquement acclamée) que des millions de gens aux États-Unis souffraient de souvenirs refoulés d’inceste, alimentait une gigantesque machine thérapeutique à produire des faux souvenirs. »

Comment est-il possible que des individus, n’ayant eu jusque-là aucun souvenir d’abus sexuel subi dans leur enfance, puissent en « retrouver » vingt ou trente ans plus tard, après quelques semaines ou quelques mois de thérapie ?

La soumission librement consentie, terreau de la manipulation mentale

Comment l’être humain peut-il céder à la pression, à la suggestion, à la manipulation d’un psychothérapeute, qu’il soit médecin psychiatre, diplômé, reconnu par ses pairs, installé dans l’institution ou qu’il soit psychanalyste, psychologue ou simple thérapeute autoproclamé ? Pour le comprendre, il faut se placer dans la perspective du besoin de soin et de guérison auquel aspire un patient fragilisé. Son aspiration à aller mieux le rend perméable aux injonctions du psychothérapeute. C’est pour cela qu’il va le voir au départ. Le thérapeute le lui rappelle chaque fois que son courage faiblit, afin qu’il ne s’arrête pas en si bon chemin.

Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois ont montré que la pierre angulaire de la manipulation mentale et de son succès, c’est le sentiment de liberté de l’individu dans sa soumission à l’autorité.

Le patient en psychothérapie éprouve ce sentiment de liberté face à son thérapeute, tout en se soumettant à son autorité. Tout d’abord, c’est de son plein gré qu’il est là, personne ne pouvant contraindre personne à entrer en psychothérapie. Ensuite, le thérapeute s’efforce de lui donner l’impression qu’il découvre par lui-même le sens et la cause de son mal-être dans des rêves ou des symptômes. Dans le cas des TMR, il se borne à suggérer qu’il faut retrouver les souvenirs refoulés d’abus sexuels pour aller mieux.

Le patient malgré ses doutes, ses appréhensions, ses réticences, se sent engagé dans un processus de soumission à l’autorité d’un médecin des âmes, spécialiste de la psyché, entité abstraite en laquelle se jouent sa guérison et même son bonheur. Il met sa vie entre ses mains, renonce à son esprit critique, délègue sa responsabilité. L’influence du thérapeute est toujours présente. Jacques Van Rillaer  constate : « Dans une psychanalyse, même si l’analyste ne dit pas grand chose, il influence puissamment l’analysant. […] Il n’est donc pas étonnant que les personnes en analyse chez un freudien parlent surtout de sexualité, que ceux qui sont chez un lacanien finissent par faire tout le temps des jeux de mots, et que ceux qui sont chez un jungien voient des archétypes partout. »

Pour Joule et Beauvois, la cure analytique se referme progressivement comme un piège sur les patients : « […] qu’on le veuille ou non, une psychanalyse a toutes les propriétés d’un piège abscons. Le patient a décidé de s’engager dans un long processus de dépense (en argent, en temps, en énergie).

1) Que le patient en soit conscient ou pas, l’atteinte du but n’est pas certaine, et ceci d’autant plus que son psychanalyste lui-même peut considérer ce but comme un fantasme ou un “surcroît”.

2) La situation est telle que le patient peut avoir l’impression que chaque dépense le rapproche davantage du but.

3) Le processus se poursuit sauf si le patient décide activement de l’arrêter.

4) Le patient n’a pas fixé au départ de limite à ses investissements. »

Cette analyse s’applique aussi aux TMR, qui en réunissent les principaux aspects : engagement ressenti comme libre, durée indéterminée, prix, désir de guérison, difficulté à dire « stop, j’arrête »…

Le patient se voit assigner une tâche supplémentaire : retrouver des souvenirs, accuser les coupables présumés, leur faire payer leurs crimes. L’impossibilité de trouver la guérison malgré les promesses du psychothérapeute le met dans une dépendance qui peut se révéler parfois définitive.

Les victimes des thérapies de la mémoire retrouvée

Les victimes des TMR sont d’abord les patients qui recouvrent des souvenirs « refoulés », puis les parents qui, accusés, n’ont aucun moyen de prouver leur innocence. Certains patients cependant reprennent contact avec leur famille, mais refusent de parler de ce qui s’est passé. Plus rien n’est comme avant. Une mère américaine prend, pour le dire, l’image d’un vase de Chine, qui recollé ne sera plus jamais le même. Le plus grand tort des TMR est de ne pas différencier les vrais témoignages des faux, les vrais souvenirs des faux souvenirs, et ce faisant, de nuire à tous.

Que faire ?

En 1992, s’est créée aux États-Unis la False Memory Syndrome Foundation (FMSF). De nombreux chercheurs et professeurs d’université américains, dont Elizabeth Loftus, ont travaillé sur ce sujet. En Grande-Bretagne, la British False Memory Society (BFMS)  a été fondée en 1993. En France, l’association Alerte Faux Souvenirs Induits (AFSI) a été créée en 2005. Un site internet, Francefms, a été créé en 2000. Il a pris le nom de Psyfmfrance en 2008.

Si aujourd’hui le phénomène a fortement régressé aux États-Unis (voir figure), il continue à se développer en Europe et en France.

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Le graphique indique pour chaque année le nombre de cas d’accusations survenus aux États-Unis pendant la période de 1970 à 2000, sur un échantillon de 1734 questionnaires envoyés aux abonnés à la Newsletter de la FMFS (False Memory Syndrome Foundation).

Freud n’est sans doute pas directement responsable des thérapies de la fausse mémoire. En revanche, le freudisme l’est, car ces thérapies ont emprunté à la psychanalyse ses idées et ses méthodes. Et c’est dans les errements du freudisme qu’elles ont tiré leur origine et leur force.

L’histoire de ce phénomène des faux souvenirs au XXe siècle risque de s’étendre largement au XXIe si l’on ne parvient pas à stopper sa propagation en fragilisant ses supports théoriques devenus caduques.

Cependant quelques lueurs d’espoir se font jour. Eric Kandel expose ses recherches actuelles et celles des neurobiologistes. Il met en relief le caractère modelable et falsifiable de la mémoire. Les associations professionnelles de psychologues en Grande-Bretagne et aux USA ont mis en garde et même interdit à leurs membres dès 1997 d’employer des thérapies de recouvrement des souvenirs. On ne peut que souhaiter que les psychothérapeutes qui utilisent les TMR prennent conscience du non-sens de leur pratique et de l’ampleur des dégâts humains qu’ils provoquent. En France, le rapport de la Miviludes (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires), publié en avril 2008, dénonce ces thérapies déviantes et contribue à mettre en pleine lumière ce phénomène.


[1] Voir l’article de Nicolas Gauvrit dans Science et pseudo-sciences, « La guerre des souvenirs », SPS n° 281, avril 2008.

[2] « L’hérédité et l’étiologie des névroses » (1896). Réédité dans Gesammelte Werke, Frankfurt am Main, S. Fischer, vol. 1, p. 418.

[3] Pour plus de détails, voir Han Israëls : « La théorie de la séduction : une idée qui n’a pas marché », dans C. Meyer et al., Le Livre noir de la psychanalyse. Paris, Les Arènes, 2005, p. 39-42.

[4] Selbstdarstellung (1925). Trad., Ma vie et la psychanalyse. Gallimard, coll. Idées, 1970, p. 44.

[5] « Bruchstück einer Hysterie-Analyse » (1905). Trad., « Fragment d’une analyse d’hystérie (Dora) », dans Cinq psychanalyse. Paris, PUF, 1954, p. 55.

[6] R. Webster, Why Freud was wrong. Sin, science, and psychoanalysis. N.Y., Harper Collins & Basic Books, 1995. Trad. abrégée, Le Freud inconnu. L’invention de la psychanalyse. Ed. Exergue, 1998, p. 471.

[7] Ibidem, p. 482

[8] Ellen Bass & Laura Davis, The Courage to Heal : A Guide for Women Survivors of Child Sexual Abuse, Read Consumer Books, 1990, p. 22.

[9] Ibidem, p. 484.

[10] Ibidem, p. 482.

[11] R.-V. Joule & J.-L. Beauvois, Petit traité de manipulation à l’usage des gens honnêtes. Presses de l’Université de Grenoble, 1987.

[12] Psychologue, ancien psychanalyste, professeur à l’université de Louvain-la-Neuve (Belgique), auteur de nombreux ouvrages dont Psychologie de la vie quotidienne (Paris, Odile Jacob, 2003) et co-auteur du Livre noir de la psychanalyse (Paris, Les Arènes, 2005).

[13] Observatoire Zététique, Bénéfices et préjudices de la Psychanalyse. Conférence du 22 mars 2007.

[14] Op. cit., p. 42.

[15] http://www.fmsfonline.org/.

[16] Professeur de psychologie à l’université de Washington puis à Irvine. Elle a centré ses recherches sur la mémoire humaine et plus particulièrement sur le phénomène des faux souvenirs. Auteur, avec K. Ketcham, de Le syndrome des faux souvenirs, trad., éd. Exergue, 1997.

[17] http://www.bfms.org.uk/.

[18] http://www.psyfmfrance.fr.

[19] Paul R. MacHugh, MD, Harold I. Lief, MD, Pamela P. Freyd, PhD and Janet M. Fetkewicz, MA. From Refusal to Reconciliation. The Journal of Nervous and Mental Disease, Vol 192 Number 8, August 2004.

[20] E. Kandel, À la recherche de la mémoire. Trad., Paris, Odile Jacob, 200

Synthèse du quatrième rapport 2008 de Oned remis au Parlement et au Gouvernement

Synthèse du rapport 2008

Le quatrième rapport de l’Oned remis au Parlement et au Gouvernement, comporte deux chapitres l’un consacré
à l’état d’avancement de la mise en place des cellules de recueil, de traitement et d’évaluation des informations
préoccupantes, l’autre, aux estimations chiffrées de l’enfance en danger. Les autres grands chantiers de
l’Observatoire, en raison de leur développement requérant une diffusion particulière, font et feront l’objet de
publications particulières, grâce, notamment, au site internet, rénové et enrichi, de l’Observatoire.
Le premier chapitre rend compte de l’évolution des organisations et des pratiques à travers la mise en place des
cellules départementales de recueil, de traitement et d’évaluation des informations préoccupantes. L’Oned y a
consacré une grande partie de son activité de soutien et d’observation en 2008, au vu de son importance, et au
regard du bilan de mise en œuvre de la loi prévu par l’article 13 de la loi du 5 mars 2007.
Le chapitre 2 est consacré à la mesure et à la croissance nationale du taux de prise en charge, ainsi qu’aux
estimations régionales et départementales de ce même taux, à partir des données existantes de la Drees et de la
DPJJ, sur le nombre de mineurs et de jeunes majeurs bénéficiant d’une mesure de prise en charge. La
transmission des données départementales à l’Oned, telle que précisée par le décret du 19 décembre 2008,
permettra à l’Oned de produire par la suite directement des analyses départementales et un rapport national.

 

CHAPITRE I : Les cellules de recueil, d’évaluation et de traitement des informations

préoccupantes : une mise en place progressive
La cellule de recueil, de traitement et d’évaluation des informations préoccupantes, prévue à l’article L 226-3 du
code d’action sociale et des familles, est, avec les protocoles établis avec les partenaires de la protection de
l’enfance, l’un des nouveaux dispositifs introduits par la loi n°2007-293 du 5 mars 2007 mis en place par les
départements.
Elle a pour objectifs :
– de clarifier l’entrée dans le dispositif de protection, d’éviter l’engorgement des parquets et la
judiciarisation d’une situation si la réponse de protection sociale parait suffisante et efficace,
– de favoriser la réflexion partagée et une culture commune, d’améliorer l’approche plurielle des
situations, de limiter les informations préoccupantes tardives ou celles de précaution,
– de regrouper et de suivre le traitement des informations préoccupantes.
La cellule est donc garante d’une admission bien organisée allant, éventuellement, jusqu’à la transmission au
parquet. Elle est informée et vérifie la mise en œuvre du traitement de l’information préoccupante ; la construction
ultérieure d’un parcours de prise en charge cohérent pour l’enfant ne relève pas systématiquement de sa
responsabilité.

 

I Descriptions – monographies d’organisations contrastées

Le rapport rend compte de l’analyse de cinq types d’organisation de cellules, en examinant pour chacun le circuit
des informations préoccupantes, selon leur origine interne ou externe, puis les aspects organisationnels et en
particulier le type de relations entretenues par le conseil général avec les différents partenaires en protection de
l’enfance. Les cinq types d’organisations vont de la plus centralisée à la plus déconcentrée avec :
– une organisation centralisée autour d’une cellule centrale
– une organisation centralisée autour des cadres de l’aide sociale à l’enfance
– une organisation déconcentrée pour les décisions avec organisation d’une information centralisée et
d’une transmission au parquet également centralisée
– une organisation déconcentrée à plusieurs portes d’entrée
– une organisation largement déconcentré avec cellule a minima
La pertinence de cette approche monographique.est confirmée par l’enquête menée par l’Oned auprès des 100
départements et l’indicateur de centralisation du recueil, traitement, évaluation des informations préoccupantes
construit à partir des éléments qu’elle contient.

II État des lieux- Analyse de l’enquête sur les cellules

L’enquête réalisée par l’Oned au printemps 2008 auprès de tous les départements offre un panorama national de
l’organisation et du fonctionnement des cellules.

 

1 Existence et composition d’un dispositif de centralisation des informations préoccupantes

 

54 départements avaient créé un dispositif de centralisation des informations préoccupantes, avant même la
parution de la loi du 5 mars 2007, 14 ont modifié leur dispositif pour s’adapter à la réforme entre mars 2007 et
l’été 2008. Si, au moment de l’enquête, 32 départements n’avaient pas encore de dispositif, 14 savaient déjà
quelle organisation serait adoptée pour le dispositif à venir. D’une manière générale, les dispositifs de
centralisation des informations préoccupantes sont plus nombreux à l’ouest qu’à l’est de la France et au nord
qu’au sud.
La mise en place des protocoles avec la Justice ainsi qu’avec d’autres partenaires institutionnels est bien
avancée : lors de la réalisation de l’enquête, un protocole sur le traitement des informations préoccupantes
conforme à la loi du 5 mars 2007 était signé dans 22 départements, finalisé et en attente de signature dans 19
départements, en cours de rédaction avec les partenaires dans 31 départements. Seuls 28 départements en
étaient au stade du projet.
Composition de la cellule
Dans la plupart des cellules, le responsable est un cadre dans 84 départements, sur les 93 ayant pris une
décision sur la direction de la cellule. La cellule compte, dans la majeure partie des cas (78 départements sur les
90 fixés sur la composition de la cellule) au moins un agent administratif chargé du travail de secrétariat, de
l’accueil téléphonique, de la saisie….. Si la présence de travailleurs sociaux et/ou de médecins de PMI est moins
évoquée, le cas reste fréquent (44 et 23). Il s’agit, dans la plupart des cas (en moyenne 3,6 personnes à temps
plein dans les 86 départements ayant répondu), d’une structure assez légère.

 

2 Fonctionnement et organisation des services en protection de l’enfance

 

D’après l’indicateur créé par l’Oned à partir des résultats de son enquête, 53 départements ont un
fonctionnement plutôt centralisé, tendance qui s’affirme nettement dans 27 départements. A l’inverse, 34
départements ont un fonctionnement plutôt décentralisé, tendance très marquée pour 15 d’entre eux. Les
départements de l’ouest, semblent avoir tendance à adopter un fonctionnement centralisé, à l’exception de la
Bretagne ; et les départements de l’est, un fonctionnement décentralisé, à l’exception des régions Ile-de-France,
Alsace et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

3 Un niveau de prise de décision plus ou moins différencié selon les situations et les départements

 

La prise de décision dans les départements dépend de leur organisation mais également de l’urgence et de la
gravité des informations. Ainsi, dans 52 départements, les décisions sont toutes prises au même niveau, quel
que soit le type de décision :
– dans 29 départements, les décisions sont prises au niveau central.
– Dans 20 départements, les unités territoriales décident de toutes les orientations
– Dans 3 départements, les territoires comme le niveau central peuvent prendre tout type de décision.
Dans les 44 autres départements ayant répondu à la question, les décisions sont plus ou moins déconcentrées
selon la gravité de la situation.

 

III Commentaires et propositions

 

Les commentaires et propositions formulés par le rapport de l’Oned s’organisent autour des trois missions de la
cellule.
L’organisation du recueil des informations préoccupantes conduit à réexaminer trois aspects :

-la ligne de partage entre information interne et information externe,

-le recueil à tout moment

-l’urgence dans le cadre du traitement non judiciaire
Au regard des deux derniers aspects, l’organisation dans les départements d’un dispositif d’astreintes d’une part
et d’un accueil provisoire en dehors des heures d’ouverture des services apparaît nécessaire..
Le rapport met également en avant l’importance de la réflexion partagée, à travers le rôle des protocoles
élaborés avec la justice et les autres partenaires.En termes de dialogue entre les institutions, il est recommandé
que les protocoles déterminent des éléments tels que :
– le contenu pratique du rapport de signalement
– les modalités concrètes d’informations réciproques, notamment entre le conseil général et le parquet.
Le point le plus délicat concerne les modalités de collaboration sur les situations susceptibles de constituer une
infraction pénale.
Parmi les autres partenaires, une attention particulière doit être portée aux médecins libéraux et hospitaliers qui
majoritairement ne semblent pas informés de l’existence de la cellule et du cadre des procédures découlant de la
loi du 5 mars 2007. Aussi l’Oned préconise une action d’information en direction de ces derniers, à travers une
diffusion large du protocole pour leur rendre plus lisible et accessible le dispositif de la cellule. Une concertation
devrait menée avec le conseil national de l’ordre et les conseils départementaux sur l’information à transmettre
aux médecins et sur la participation aux protocoles.
Le regroupement et le suivi du traitement des informations préoccupantes a pour enjeu de garantir la qualité des
procédures d’accueil. Dans cette perspective, il est important que les éléments suivants soient pris en compte:
– formaliser la ou les démarches d’évaluation et de traitement de l’information préoccupante ;
– élaborer une procédure pour répondre à l’exigence du « à tout moment » ;
– opérer un contrôle du délai de traitement et du traitement des informations préoccupantes, en fixant des
normes sur les délais de réalisation des évaluations ;
– effectuer chaque année une analyse de l’efficacité du traitement des informations préoccupantes en
analysant notamment les situations les plus caractéristiques d’aller-retour ou de dysfonctionnement.

CHAPITRE II : Amélioration de la connaissance chiffrée de l’enfance en danger

Le deuxième chapitre de l’Oned est consacré à l’amélioration de la connaissance chiffrée de l’enfance en danger.
Dans l’attente de la mise en place d’un système de transmission des données individuelles, anonymisées et
longitudinales, qui permettra d’acquérir une connaissance plus fine de la population d’enfants pris en charge, ce
chapitre propose une estimation actualisée du nombre d’enfants et de jeunes majeurs pris en charge au 31
décembre 2006 à partir des chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques
(Drees) et de la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse.
Au 31 décembre 2006, le nombre d’enfants de moins de 18 ans bénéficiant d’au moins une mesure serait de
265 913 sur la France entière, ce qui représente 1,88 % des moins de 18 ans.
La proportion des mineurs pris en charge a ainsi augmenté de près de 4% entre le 31 décembre 2005 et le 31
décembre 2006, pourcentage quasiment identique à ce qui avait été observé entre le 31 décembre 2003 et le 31
décembre 2004, alors que cette augmentation n’avait été que de 1% sur la période 2004-2005. Cependant, la
fragilité de ces chiffres, issus de différentes sources, ne nous permet pas de conclure à une tendance
pluriannuelle de l’augmentation ; celle-ci ne pourra être affirmée que si elle perdure dans les années à venir.
Le nombre de jeunes majeurs bénéficiant d’au moins une mesure serait, fin 2006, de 21 387 sur la France
entière, ce qui représente 0,87 % des 18-21 ans.
Depuis 2003, différentes tendances peuvent être observées chez les mineurs pris en charge :
– Une augmentation de la proportion d’enfants bénéficiant d’au moins une mesure de prise en charge (la
croissance annuelle moyenne étant d’environs 2,7%),
– Une augmentation plus importante de la proportion d’enfants bénéficiant d’au moins une mesure de
milieu ouvert (+ 2,1%) que la proportion d’enfants bénéficiant d’au moins une mesure d’accueil (+0,6%),
– Une baisse du nombre de doubles mesures (la double prise en charge concernait plus de 7% des
enfants au 31/12/2003, contre à peine 4% au 31/12/2006)
Le taux global de prise en charge et l’évolution sur quelques années sont des indicateurs importants mais qui
n’en restent pas moins insuffisants pour présenter la situation nationale. Ils soulignent cependant les contrastes
existant entre les régions. Ainsi, le taux de prise en charge des mineurs, qui s’élève à 1,9% au niveau national,
varie de 1,5 à 2,8% selon la région. Parmi la population des jeunes majeurs, ce taux varie de 0,5 à 1,2%, pour un
niveau national de 0,9%.
Les taux de prise en charge des mineurs et des jeunes majeurs varient ainsi largement d’une région à l’autre,
mais également au sein d’une même région, selon le statut de mineur ou de jeune majeur. Un département peut
être caractérisé par un taux de prise en charge des mineurs se situant parmi les plus bas, et avoir, par ailleurs,
un taux de prise en charge des jeunes majeurs parmi les plus élevés.
Au 31 décembre 2005, le taux de prise en charge des mineurs (nombre d’enfants et de jeunes de moins de 18
ans bénéficiant d’au moins une mesure de prise en charge dans le département, rapporté au nombre total de
mineurs dans le département) variait de 0,9% à 3,0% selon le département. Au 31 décembre 2006, cette
variation est encore plus contrastée puisque le taux de prise en charge des mineurs varie de 0,8% à 3,4%.
Chez les jeunes majeurs, le taux de prise en charge, qui était de 0,3 à 1,9% au 31 décembre 2005, est là aussi
plus différencié, au 31 décembre 2006, puisqu’il varie, selon le département, de 0,4 à 2,2%.
La prise en considération de données de contexte permettant d’affiner les analyses et d’expliquer les variations
intra départementales dans la prise en charge en protection de l’enfance est essentielle. Le rapport 2008
approfondit la recherche d’indicateurs de contexte en utilisant différentes sources de données permettant
d’éclairer les variations intra-départementales.

Au terme d’une recherche portant sur les indicateurs préexistants, deux problèmes majeurs apparaissent : le
manque d’indicateur au niveau départemental et l’ancienneté des données (certaines données départementales
de l’Insee, par exemple, ne sont disponibles que pour 1999).
La mise en lien d’indicateurs de contexte avec le taux de prise en charge d’un département est essentielle pour
appréhender pleinement une situation et pouvoir y apporter des éléments d’explication, mais reste biaisée en
raison des limites liées aux indicateurs eux-mêmes. Par ailleurs, le taux de prise en charge en protection de
l’enfance par département est lié à des facteurs quantitatifs mais également qualitatifs, tels que les décisions
prises en matière de politiques départementales. Enfin, le découpage autre qu’administratif pourrait également
éclairer les variations intra départementales (par exemple en regroupant des départements ayant des
caractéristiques socioculturelles ou historiques similaires).

 

Résumé

 

Le rapport 2008 de l’Oned comporte deux chapitres, le premier présentant un état des lieux de la mise en place
des cellules de recueil, de traitement et d’évaluation des informations préoccupantes prévues par la réforme de la
protection de l’enfance du 5 mars 2007, le second étant consacré à la mesure et à la croissance nationale du
taux de prise en charge en protection de l’enfance.

Chapitre I : La cellule de recueil, d’évaluation et de traitement des informations préoccupantes

La mise en place de la cellule répond à plusieurs objectifs : elle est garante d’une admission bien organisée
allant, éventuellement, jusqu’à la transmission au parquet. Elle est informée et vérifie la mise en oeuvre du
traitement de l’information préoccupante ; la construction ultérieure d’un parcours de prise en charge cohérent
pour l’enfant ne relève pas systématiquement de sa responsabilité.
A travers une enquête menée au cours du premier semestre 2008 auprès des 100 départements, et grâce aux
éléments recueillis au cours de cinq journées interdépartementales, le rapport de l’Oned dresse une typologie à
travers cinq organisations, de la plus centralisée à la plus déconcentrée. Les résultats les plus significatifs sont
exposés en insistant sur certains aspects, fondamentaux pour la bonne application de la réforme et le bon
fonctionnement de la protection de l’enfance : l’organisation du recueil des informations préoccupantes en
relevant les différences de circuit entre informations d’origine interne ou externe, le recueil à tout moment et le
traitement de l’urgence dans un cadre non judiciaire ; l’importance de la réflexion partagée à travers les
protocoles, mobilisant l’ensemble des acteurs en protection de l’enfance, certains d’entre eux étant encore peu
informés de l’existence de la cellule ; le regroupement et le suivi du traitement des informations préoccupantes
afin de garantir la qualité des procédures.

Chapitre II : Amélioration de la connaissance chiffrée de l’enfance en danger

Au 31 décembre 2006, le nombre d’enfants de moins de 18 ans bénéficiant d’au moins une mesure serait de
265 913 sur la France entière, soit 1,88% des moins de 18 ans. La proportion des mineurs pris en charge a ainsi
augmenté de 4% par comparaison avec la période 2005-2006, alors qu’elle n’avait connu qu’une hausse de 1%
au cours de la période 2004-2005. L’Oned souligne que la fragilité de ces estimations ne peut permettre de
conclure à une tendance pluriannuelle de l’augmentation. Cette dernière ne pourra être affirmée que si elle
perdure au cours des années à venir. Le rapport souligne par ailleurs les très fortes variations de taux d’enfants
bénéficiant d’une mesure selon les départements. La mise en place d’une observation individualisée, anonyme et
longitudinale permettra de mieux comprendre ces différences.

Sexe et voyage

par Jean-Pierre Rosenczveig

Magistrat : vice-président du TGI de Bobigny
Président du Tribunal pour enfants de Bobigny
Président de Défense des Enfants International – France : www.dei-france.org
Président du Bureau International sur les droits de l’enfant (siège à Québec)
Président de l’association Espoir (Paris)
Président de l’APCEJ
Président d’Objectif Familles (78)


Le tribunal correctionnel de Colmar vient de le rappeler : tout ne peut pas être matière à tourisme. Se rendre à l’étranger pour un safari sexuel mettant en cause des enfants, soit par des pratiques (attouchements, viols, etc.) , soit par des photos, soit l’un et l’autre, avec ou sans violence, peut valoir très cher au retour en France et, en tout cas, est condamnable par les juridictions françaises. En l’espèce, l’impunité des frontières ne fonctionne pas. On doit s’en réjouir.

Le droit commun veut que ne soient pénalement punissables en France que les faits commis en France que l’on soit français ou étranger.

Exceptionnellement cependant des faits commis à l’étranger peuvent être poursuivis et condamnés dans l’Hexagone si plusieurs conditions sont réunies.

Il faut déjà que les faits soient punissables tant à l’étranger qu’en France.

Il faut encore que l’auteur pour être poursuivi en France soit français

Il faut enfin que les autorités étrangères aient demandé des poursuites en France à l’encontre l’intéressé qui leur aura échappé et que le ministère public français les aient relayé ou que la victime – ou ses représentants légaux -aient porté plainte.

On comprend que respecter à la lettre ces conditions équivaut à offrir une impunité totale aux français qui se rendent dans un autre pays pour y assouvir, en l’espèce , leurs envies contestables sexuelles. Ainsi comment imaginer qu’une petite jeune fille thaïlandaise ou un petit philippin puisse venir porter plainte en France ou même que leurs parents qui les ont souvent « vendus » pour qu’ils se prostituent viennent se plaindre, indépendamment des problèmes « techniques «  posés pour poser cette plainte.

Pourtant de longues années durant cette situation a prévalu. La prise de conscience de l’universel de l’exploitation sexuelle des enfants appelait à réagir.

Il a fallu attendre la mobilisation du mouvement associatif pour que les autorités publiques prennent dès les années 90 des dispositions dérogatoires au droit commun pour contribuer à lutter contre ce « tourisme sexuel ». Ce ne fut pas sans difficultés ou sans réserves. « Mon fils pilote d’avion serait condamnable en revenant à Roissy s’il allait dans un bordel thaï lors d’une de ses escale ? » s’écriait un sénateur qui en 1994 s’opposait en commission mixte paritaire à l’évolution de la loi. Il a fallu qu’un député lui demande s’il acceptait que son propos soit inscrit au compte-rendu des débats pour que ce sénateur cesse son opposition et que la loi soit au final adoptée, puis en 1995 et 1998 aggravée dans ses sanctions et dans son champ d’application.

Aujourd’hui ce ne sont pas seulement les français qui seraient punissables pour avoir participé à des actes sexuels condamnables en France, mais également les ressortissants étrangers résidant habituellement en France.

Sont visées la corruption de mineurs (art. 227-2 CP) , l’exploitation de l’image pornographique d’un mineur (art. 227-23 CP), l’atteinte sexuelle sans violence sur un mineur de 15 ans (art. 227-25 CP), l’atteinte sexuelle sans violence aggravée sur un mineur de moins de 15 ans (art. 227-26 CP) et les atteintes sexuelles sur mineur entre 15 et 18 ans avec des circonstances aggravantes particulières et bien évidemment le viol.

Les mêmes règles ont été adoptées pour combattre l’excision.

On n’exigera plus que le parquet prenne l’initiative des poursuites : les associations concernées et donc généralement bien informées pourront se constituer partie civile et, ce faisant, enclencher les poursuites. On se passera de la plainte de la victime ou de ses parents.

Les peines peuvent aller jusqu’à 20 ans d’emprisonnement s’il y a eu relations sexuelles avec situation de récidive avec des enfants de moins de 15 ans. Peu importe qu’il se soit agi de relations onéreuses ou gratuites.

En l’espèce à Colmar les deux hommes poursuivis avaient eu des rapports avec des prostituées de moins de 15 ans et avaient importé en France et détenu des images pornographiques, en l’espèce le fruit de leurs ébats. Ils ont été condamnés à 7 ans de prison. Le tribunal qui a suivi les réquisitions du parquet a également condamné, Robert Chung, 72 ans, un ancien docteur franco-chinois radié de l’ordre des médecins, à 70.000 euros d’amende et Jean-Marc Malgarini, 51 ans à 50.000 euros. Deux associations constituées partie civiles ont obtenu des dommages et intérêts.

Argument en défense de M. Malgarioni : « Vous ne vous rendez pas compte, quand vous allez là-bas, vous avez tout de suite 5 à 6 petites filles qui vous sautent dessus ».

Observons que ce pauvre homme agressé par l’enfant comme tout bon pédophile qui se présente comme une victime de l’enfant séducteur n’en était tous comptes faits au vu de son passeport qu’à son 30° voyage au Cambodge. Forcé et contraint bien sûr de se rendre dans ce pays trop hospitalier ?

Fermez le ban.

Les condamnations restent malheureusement rares au regard au nombre de personnages qui ont ce type de pratiques. C’est regrettable. On pourrait attendre plus d’initiatives de la part de la police française en s’appuyant sur les autorités locales qui de plus en plus souhaitent réellement combattre ce fléau et la réputation sulfureuse qui leur est ainsi faite. Je pense à la Thaïlande avec son million d’enfants qui se prostitueraient. Avec l’appui des réseaux associatifs implantés dans ces pays on pourrait aisément faire « tomber » nombre de ces touristes si on le voulait vraiment. Il faudrait simplement y mettre les moyens comme on le fait pour la drogue ou d’autres fléaux internationaux.

La protection des enfants vaudrait une telle démarche. Au contraire, on compte sur les doigts des deux mains les condamnations intervenues en France sur 10 ans. On a vu il y a une dizaine d’années un homme condamné à 12 ans à Grenoble alors qu’il était en récidive pour avoir déjà été condamné pour des faits analogues. Mais cette exception confirme la règle.

Il faudrait surtout donner plus de publicité à ces condamnations quand elles interviennent. On a à juste titre beaucoup parlé de Bondy et de son agression dans un établissement scolaire, on a très peu parlé des papys-mougeot de Colmar dans les médias. Une nouvelle fois deux poids, deux mesures.

Pratique originale : des mouvements à dimension internationale comme ECPACT ont réussi à mobiliser les agences de voyage et les transporteurs pour faire, , depuis des années des actions d’infiltration et de sensibilisation, soit par brochures, soit par des spots diffusés dans les avions et autres lieux que fréquentent les touristes potentiels. Il s’agit de donner mauvaise conscience à ceux  qui seraient tentés. L’arme pour réelle reste d’une faible portée.

Chacun pourra avoir le sentiment d’un travail inutile tellement il est vrai que vague après vague, le relais est pris par de nouveaux « touristes » et qu’il est difficile de combattre des attitudes maladives.

Le combat contre ce fléau qu’est l’exploitation sexuelle des enfants passe bien évidemment par le développement économique et par des actions répressives en interne, mais aussi par une coopération internationale indéfectible. On reste loin du compte. Il était intéressant de déroger à certains principes protecteurs de notre droit, une mobilisation active pour mettre en œuvre cette protection s’impose maintenant.

PS : Pour ceux qui auraient des enfants à la recherche de leur vocation je signale une nouvelle collection chez Bayard : «Comment je suis devenu » .

 

Les trois premiers livres sont consacrés à Ronny Brauman, militant humanitaire, Étienne Klein, chercheur et … Jean-Pierre Rosenczveig : « Comment je suis devenu juges des enfants ». La maquette est chouette, c’est bien fait et cela va intéresser les …. adultes.

La jurisprudence de Benoit, selon Saint Pierre.

 Que dire des affirmations du Pape de la religion catholique, lors de son voyage en Afrique ? Est-ce un cataclysme ? Est-ce un énième fléau imposé par Dieu ? Ou des propos d’un vieillard gâteux ?

 

Sûrement pas, venant d’un des plus fameux et intelligents théologiens de cette même église.

Qu’un idiot parle de la sorte du préservatif serait compréhensible et pardonnable venant d’un esprit inférieur !

Benoit  XVI est bien plus malin, en voyage officiel en Afrique un des continents comptant le plus de fidèles, il en profite pour marteler sa façon d’interpréter les  paroles saintes. Pas étonnant de la part de celui qui dans l’ombre de Jean-Paul II à étouffé les premières affaires de pédophilie éclaboussant l’église il y a quelques années et qui maintenant au pouvoir martèle ses vérités. Plutôt que voyage, parlons de croisade.

Parlons-en de ses vérités, l’avortement d’une fillette violée vaut l’excommunication ! Bien sur, se faire violer c’est sale pour la blanche religion! ( c’est un acte sexuel sans but de reproduction et hors mariage! ).

Porter le préservatif, ce n’est pas normal et condamnable car la sexualité n’a pour but que la reproduction ! Bien sur, les prêtres pédophiles eux n’ont pas besoin d’en porter mais ils ont droit de violer des enfants ! Tuer des gens c’est pas bien ! Sauf bien sur en ne portant pas de préservatifs.

Ceci n’est qu’un avant gout de la régression que vient de faire cette église, se disant proche des faibles, si compassionnelle, si ouverte à son prochain.

Allons demander aux fillettes Africaines, violées par des malades du sida pour se soigner, se quelles en pensent !   Peut-être que la double peine est pour elles,  violées, séropositives, dans la misère, et en plus en triple peine rejetées par leur communautés (souvent catholique), car elles ne sont plus vierges. Ce n’est pas grave, faute de psychologues et faute de soins, elles seront  sans doute recueillies par un de ses orphelinats, de la blanche religion, qui mettra avec un peu de chance à leur disposition, un prêtre, muté dans un village Africain reculé, par les services de sa si triste Sainteté pour pédophilie.

Catholiques attention, car votre religion engendre de plus en plus de fanatismes, détruisant des cliniques, des centres d’aides aux femmes violées, des distributeurs de préservatifs, des maternités, des « ratonnades » d’homosexuels, et dans certains pays condamnent à mort sur votre sainte Bible !

Avec un ancien des jeunesses hitlériennes, geôlier des travailleurs forcés du camp de Dachau, Inquisition à craindre et à suivre !

Réprimandé pour l’exemple

par Jean-Pierre Rosenczveig

Magistrat : vice-président du TGI de Bobigny
Président du Tribunal pour enfants de Bobigny
Président de Défense des Enfants International – France : www.dei-france.org
Président du Bureau International sur les droits de l’enfant (siège à Québec)
Président de l’association Espoir (Paris)
Président de l’APCEJ
Président d’Objectif Familles (78)

 

Le passage au CSM de Fabrice Burgaud ne manque pas de dérouter. Laissons de côté cette histoire invraisemblable qui voudrait que l’un des membres du CSM ait eu à connaitre de l’affaire pénale en siégeant dans une juridiction qui avait refusé la mise en liberté de l’abbé Vielle. Il est incroyable que l’on découvre ce fait une fois la décision à peine prononcée alors que ce point risque d’ouvrir une possibilité d’annulation de la procédure disciplinaire.

En tout cas cette bévue ne manquera pas d’être mise au débit d’une justice déjà sacrément interpellée sur son fonctionnement sur l’affaire d’Outreau et devant une proposition de sanction qui laisse pantois et ne satisfait personne. La Chancellerie est désavouée qui demandait une suspension d’un an ; la défense attendait purement et simplement la relaxe. Et puis il y a tous ceux qui tenaient pour la responsabilité de Fabrice Burgaud surtout après sa prestation devant la Mission parlementaire. Ceux-là trouvent ridicule « la réprimande avec inscription au dossier » finalement retenue. Des personnes raisonnables comme le député Valini, président de la ladite Mission parlementaire sur l’affaire d’Outreau ne cachait pas ce samedi matin sur Europe 1 qu’il fallait sanctionner bien plus sévèrement et que le CSM avait fait preuve de corporatisme.

Bref, la justice ne sort pas gagnante de cette dernière séquence.

Il est hors de question pour moi de me faire juge des juges disciplinaires. Je ne connais pas le dossier mieux qu’un français et observateur moyen. Tout au plus comme professionnel de la justice et de l’enfance je peux essayer de réfléchir à voix haute pour tenter de clarifier ce qui est somme toute brumeux et peut être ainsi partiellement contribuer à faciliter la réflexion.

Indéniablement l’affaire dite d’Outreau est l’histoire d’un gros gâchis avec des hommes et des femmes au final durement et injustement frappés dans leur chair et leur vie.

Certes au risque de choquer, mais je demande à chacun de se maitriser en s’attachant aux mots utilisés, la justice a finalement bien fonctionné. Elle a sanctionné sévèrement ceux qui étaient coupables et acquitté ceux contre qui des charges n’ont pas pu être retenues. Je rappelle qu’il faut des preuves de culpabilité pour condamner. Les condamnés de la première instance ont été acquittés en appel sous la présidence d’Odile Mondineu dans un procès tenu pour exemplaire même s’il s’est déroulé sous la pression de l’opinion relayée par une certaine hiérarchie judiciaire. Dire cela n’est pas gommer un seul instant la violence de ce qui a été vécu par ceux qui ont été incarcérés et par leurs proches. Je n’oublie pas que l’un, plus fragile que les autres, a craqué et n’en est pas revenu.

Indéniablement la personnalité du juge en charge de l’instruction aura été particulièrement marquante pour les uns et les autres. Il en aurait été ainsi de n’importe quel juge dans ce type d’affaire appelé d’entrée de jeu à prononcer des mises en examen et à saisir le JLD pour incarcération. Je rappellerai ici que même les avocats de la défense de l’époque ne contestaient pas que les incarcérations provisoires s’imposaient en l’état du dossier. Ne parlons pas de la presse qui a mis du temps à se retourner en faveur des mis en examen.

Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que le doute s’est installé chez certains. Je suis personnellement convaincu que ce qui a sauvé ces gens c’est d’avoir été aussi nombreux à être innocents.

Reste qu’il est évident que Fabrice Burgaud par sa manière de gérer ce dossier difficile, par sa personnalité et par son attitude générale a considérablement choqué. Il a été dit le concernant qu’il n’avait guère la culture du doute alors même que la procédure y appelait. Je ne reprendrai que cet épisode majeur qui a vu l’un des mis en examen incarcérés adopter cette stratégie lumineuse de dénoncer le meurtre d’un enfant pour pousser à l’absurde la procédure.

Dans cette affaire en tous points exceptionnelle avec un impact médiatique majeur, national et international, il est compréhensible que l’on ait cherché des responsables.

On a cru parfois trouver une échappatoire en mettant en cause la loi, notamment les règles sur la détention provisoire. On n’avait pas totalement tort ; pour autant dans des affaires tout aussi graves qui n‘ont pas dérapé la preuve a été rapportée que la loi ne pouvait pas être rendue responsable du scandale. Reste qu’il est difficile de ne pas relever que les acteurs de la loi ont pu dysfonctionner. Le parquet a failli, mais la cour d’appel également qui a mal traité le contrôle du recours à la détention provisoire et d’une manière générale le contrôle de l’instruction. Difficile donc de ne pas rechercher la responsabilité des acteurs judiciaires.

De même quand on a contesté la parole des enfants en constatant qu’ils avaient accusé à tort certains mis en cause en oubliant parfois que ces enfants avaient été réellement victimes dans cette affaire, notamment du fait de leurs parents et des proches de ceux–ci. Mais ce n’était pas la loi qui était en cause dans ces mauvais témoignages, en l’espèce la loi du 17 juin 1998 sur les enfants victimes d‘agressions sexuelles, mais la manière dont cette loi avaient été mise en œuvre. Pourquoi cette loi a-t-elle bien fonctionné dans le procès parallèle d’Angers et dysfonctionné à Outreau ?  C’est bien que là encore les hommes qui l’ont appliquée doivent supporter une part de responsabilité. Ainsi les protocoles d’audition n’ont pas été respectés par les policiers dans la procédure d’Outreau quand ils l’ont été à Angers.. Et je ne reviens pas sur la maladresse de tel expert judiciaire. (Sur toutes ces erreurs je renvoie aux posts passés rédigés sur ce blog)

En d’autres termes, incontestablement, des fautes ont été commises parles professionnels. Soit en plein soit en creux. Donc il n’apparait pas choquant de leur demander des comptes.

Arrivé à ce point, une procédure disciplinaire s’imposait-elle , non pas en opportunité mais juridiquement parlant ?

De ce qui est connu du commun des mortels il apparaît que le CSM dans sa décision estime qu’il n’y a pas eu de violation de procédure, volontaire ou non, commise par le juge d’instruction. Pour le sanctionner il lui reproche « des négligences, maladresses ou défaut de maitrise » dont « l’accumulation constitue un manque de rigueur caractérisé de nature à nuire au bon déroulement de l’information, et en conséquence, un manquement par M. Burgaud aux devoirs de son état de juge d’instruction» .

J’avoue ne pas trouver dans cette motivation les éléments d’un faute de nature disciplinaire. Tout ce qui est avancé relève globalement d’un reproche d’incompétence. M. Burgaud est tenu par le CSM pour un mauvais juge d’instruction. Je ne vois pas en quoi ces limites professionnelles sont constitutives d’un manque de respect relevant des règles disciplinaires applicables aux magistrats. Au risque de choquer, je dirai que comme le fou ne peut pas être condamné pénalement, celui qui n’est pas bon sur le plan professionnel ne doit pas être puni, mais déchargé de ses responsabilités ;

Un magistrat dont il est avéré après le jeu des recours qu’il se trompe dans sa décision ne peut pas relever de sanction. Laisser faire ou dire le contraire serait se tirer une balle dans le pied : les magistrats n’oseraient plus prendre la moindre décision. Et que fera-t-on pour ceux dont les décisions seront cassées pour n’être pas conformes à la conception que la Cour de cassation se fait en l’espèce du droit applicable ?

En criant au loup il m’apparaît que certains ne mesurent pas le risque qu’ils font prendre à la justice. J’entends que les magistrats doivent être responsables et donc rendre des comptes : devant leur conscience certes, mais aussi devant l’opinion. Leurs décisions doivent pouvoir être publiquement débattues et le sont de plus en plus quoiqu’on maintienne la fiction de l’interdiction de critiquer un jugement. Dans l‘affaire d‘Outreau on a vu ce qu’il en était, fort heureusement de cette révérence, à la décision de justice. S’ils commettent des fautes personnelles, ils doivent être pénalement et disciplinairement punis ; s’ils causent un préjudice, l’Etat devra indemniser et pourra se retourner contre eux par une action récursoire.

Dans l’affaire d‘Outreau je cherche toujours la faute disciplinaire. Je comprends que les accusés ait mal vécu l’acharnement du juge, son côté hautain ou cassant, et tout cas vécu comme inhumain. Mais la question posée reste sans réponse dans ce que je lis.

Cela est tellement vrai que je trouve dans la décision le motif suivant :

“Attendu que les négligences, maladresses ou défauts de maîtrise retenus à l’encontre de M. Burgaud ne révèlent ni une activité insuffisante, ni un non respect de la loi ou de la jurisprudence en matière de procédure pénale, ni une absence d’impartialité ou de loyauté de nature à porter une atteinte aux droits de la défense qui n’ont, d’ailleurs, été relevés par aucune des parties ou par la chambre de l’instruction ; Attendu que, toutefois, si chacun de ces défauts de maîtrise, ces négligences ou ces maladresses, ne constitue pas, pris séparément, un manquement susceptible de recevoir une qualification disciplinaire, leur accumulation constitue, en l’espèce, un manque de rigueur caractérisé, de nature à nuire au bon déroulement de l’information et, en conséquence, un manquement, par M. Burgaud, aux devoirs de son état de juge d’instruction ; (…)”

 

En d’autres termes puni pour le tout ! Incroyable mais vrai.

Ainsi au titre d’incertain exorcisme on vient demander des comptes au personnage emblématique et subsidiairement au procureur  alors que nul n’ignore que bien d‘autres magistrats à leur échelle ont commis à ce compte là des erreurs d’appréciation tout aussi importante que celles de Burgaux en n’exerçant pas leurs pouvoirs de contrôle ou en ne demandant pas des comptes. Une bonne partie de la hiérarchie judiciaire du ressort tant du siège que du parquet aurait dû à ce compte être sur les bancs du CSM.

Poursuivi pour l’exemple et pour avoir un responsable.

Poursuivi aussi pour dégager le politique de ses responsabilités face au dysfonctionnement d’un système et à l’incapacité de réformer les systèmes comme il avait été proposé par la mission parlementaire. On devait avoir un rôle d’instruction, maintenant on supprime carrément le juge d’instruction.

Comme ce serait simple d’avoir un bon coupable.

Le CSM fait ici preuve de sagesse en refusant la tête demandée pour un an par la Chancellerie comme si au bout d’un an de purgatoire Fabrice Burgaud estimé incompétent  serait à nouveau apte à juger. Ce faisant  le CSM prend le risque de n’être pas compris. Le prochain CSM verra les magistrats perdre leur majorité, on ne pourra plus l’accuser de corporatisme, mais de jugement politique. Là encore on a raté l’indispensable équilibre. L’affaire d’Outreau a fait souffler un vent de folie. La décision de vendredi et la boulette procédurale le démontrent encore.

Le blog de Jean-Pierre Rosenczveig

Psychopathe, narcissique, désordre de la personnalité et troubles de identité sexuelle

Auteur : Illel Kieser ’l Baz 

La problématique de la transgression du tabou de l’inceste touche si profond nos sociétés modernes qu’elle suscite de nombreux débats. Mais la sérénité habituelle des échanges entre experts est altérée par les demandes pressantes des victimes à être reconnues mais qui lassent parfois un public largement sous-informé quand ce n’est pas désinformé. L’accès libre à l’information perturbe mais la vérité n’est pas toujours au rendez-vous. Il ne peut qu’en résulter de profonds malentendus qu’il est difficile de réduire sans devoir revenir aux sources, celles du droit, celles de l’anthropologie et celles de la psychiatrie pour comprendre combien il serait important de lancer un vaste débat public et ouvrir un « cahier de doléances ».

Il est important de s’entendre sur les contenus des termes que nous utilisons quand nous échangeons à propos des désordres de l’identité sexuelle, notamment des prédateurs sexuels agissant dans leur famille ou dans le voisinage de familles tierces.

Les professionnels de la psychopathologie s’en tiennent à des classifications universelles qui leur permettent d’établir des règles communes ainsi que des protocoles standards d’expertise. Que l’édification de ces standards mondiaux soit soumis à critique ne fait pas de doute, il est même nécessaire de le faire car les classifications sont toujours plus ou moins influencées par divers facteurs culturels, sociaux, politiques, voire financiers. (Voir mon article sur le sujet)

Mais quelque soit le degré de critique auquel on soumet ces classifications, nous sommes contraints de nous y référer car il s’agit de repères par rapport auxquels nous pouvons développer nos argumentations.

(Je me réfère ici aux classifications du DSM IV et du CIM 10 , aux définitions du Dictionnaire des sciences criminelles. Les mots en italique que j’ai utilisés sans les définir trouveront leur définition dans une encyclopédie. Certains termes sont directement référencés sur notre propre encyclopédie, indiqué par une icône à flèche.)

A priori deux points de vue doivent être pris en compte immédiatement, celui de la justice et celui de la psychiatrie.

 

Pour la justice

À propos de la justice, il est communément admis que la distinction est faite dans le crime quand celui-ci est commis en toute conscience ou quand le criminel agit sous emprise, soit qu’il soit inconscient de ce qu’il commet soit qu’il soit sous l’emprise d’une passion qui le déborde ou sous l’emprise d’une drogue.

Quand un crime est commis en toute inconscience, le criminel ne relève pas de la justice mais de la psychiatrie. Dans le droit français, il n’y a même pas jugement. C’est au psychiatre commis par le juge comme expert de déterminer si le sujet était ou non conscient au moment du crime. De quoi est-il question et qu’est-ce que le psychiatre est chargé d’évaluer ? Est-ce qu’au moment du crime, le sujet était-il conscient de son acte, avait-il conscience de la portée de ses actes ?

Parfois la question posée est celle-ci : Le sujet peut-il apprécier les notions de bien et de mal ?

Commettre un crime sous l’égide d’une pulsion passionnelle constitue une circonstance atténuante et amoindrira la peine encourue. C’est ce que l’on retrouve dans les jugements pour crime passionnel. L’affaire Bertand Cantat/Nadine Trintignant a été jugée en Lituanie en 2003. Bertrand Cantat bénéficiera de circonstances atténuantes. La qualification de crime passionnel ayant été retenue, le meurtrier ayant agi sous l’emprise d’une violente crise de jalousie. On peut être ou non d’accord avec ces appréciations, ainsi Nadine Trintignant, la mère de Marie, ne put accepter ce verdict mais c’est un fait de justice et il ne peut être soumis à critique.

Quand un déficient mental commet un crime, il est interné d’office et soumis à un traitement, en principe surveillé. Mais seuls les psychiatres décident du traitement et de sa fin.

Il en va de même pour tout individu « psychotique ». Le terme « psychotique » recouvrant un ensemble assez vaste de troubles du comportement et de la personnalité. Tous se définissent par rapport à une abolition passagère, chronique ou définitive de la conscience. Ces troubles relèvent, en toutes circonstances, de la psychiatrie.

 

Retenons donc ces deux notions très importantes que sont l’ altération passagère ou définitive de la conscience et la capacité à distinguer le Bien du Mal.

 

Les troubles graves de la personnalité

Concernant les psychopathes et autres individus narcissiques ou pervers, les choses sont beaucoup moins claires pour les psychiatres. Les classifications sont souvent flottantes, voire individualisées, chaque psychiatre pouvant avoir sa propre échelle d’appréciation. Ceci ne manque pas de semer le trouble dans le public. Quand un psychiatre soumet à l’édition ses propres appréciations, même s’il se réfère à une nomenclature internationale, le lecteur ne retiendra souvent que la classification que ce spécialiste en donne, surtout si ce même lecteur y reconnaît le portrait d’un prédateur ou d’un criminel dont il aurait subi les sévices.

Si l’on s’efforce de faire des croisements parmi les définitions qui sont données des narcissiques, des psychopathes et des pervers on est à la peine tant on pénètre dans un ensemble confus.

 

Les psychopathes

C’est le criminologue qui nous en dit le plus sur le psychopathe, la psychiatrie semble s’en être désintéressé et ce sont souvent les équipes qui interviennent en milieu pénitentiaire qui posent le plus souvent ce diagnostic.

Les psychiatres retiennent surtout une relation entre la psychopathie et les personnalités borderline, voire avec les troubles bipolaires.

On retiendra chez le psychopathe l’absence de remords et de sentiment de culpabilité, une très forte capacité à séduire voire une facilité à user d’emprise sur autrui, le chaos du parcours de vie, absence de projet, opportunisme… On retrouvera cette manière de saisir les opportunités du moment chez les violeurs en série mais, c’est à noter, pas chez les pédocriminels incestueux. ( Dictionnaire des sciences criminelles)

Ce qui est consternant et effrayant chez le psychopathe, c’est sa facilité à passer d’une humeur à une autre, d’un état de calme relatif à la plus extrême violence. C’est ce qui a conduit de nombreux psychiatres à associer la psychopathie à des troubles de l’humeur. Le comportement du psychopathe est toujours décrit comme antisocial.

Enfin, contrairement à ce que laisse croire une abondante documentation, les criminologues ne s’entendent pas sur la prévalence de la psychopathie chez les criminels. Les estimations vont de 62 à 1. C’est dire que nous sommes en terre encore inconnue.

 

 

Les narcissiques

Ce sont les plus souvent décrits dans l’abondante littérature scientifique et populaire consacrée aux prédateurs et aux dominateurs. Il suffit de faire une recherche sur Internet et l’on aura le standard que de nombreux sites répercutent avec plus ou moins de variabilité. Je n’y reviendrai donc pas mais je retiendrai les caractères suivants :

– la puissance de leur égocentrisme

– la froideur émotionnelle qui donne parfois le sentiment de personnes sans affect

– le manque d’empathie, et l’indifférence aux sentiments d’autrui

– l’aptitude à dévaloriser autrui

– la préoccupation qui peut tourner à l’obsession de l’image de soi, ce qui révèle une extrême fragilité de ce côté. On peut dire du narcissique qu’il est, en fait, un narcisse blessé

– un sens grandiose – fantasmé – de sa puissance et de ses capacités

– la capacité au mimétisme qui peut apparaître comme une grande facilité d’adaptation alors qu’il s’agit d’une défense derrière laquelle il masque ses incertitudes.

 

Ce sont ces caractéristiques qui leur permettent de s’épanouir particulièrement dans des fonctions de commandement ou de leader. Des fonctions de leader leur permettent ainsi d’exercer leurs fantasmes sans laisser paraître leur fragilité. S’ils ne le peuvent pas, la fragilité exceptionnelle de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes leur confère alors une forme d’humilité qui n’est qu’apparente. Elle est un bouclier derrière lequel ils se protègent. Cela ne les empêche nullement de réagir avec rage, voire avec violence quand ils se sentent blessés. On comprend que, même dans une existence modeste, ils trouveront un souffre douleur à leur portée.

 

On devra donc distinguer les narcissiques exerçant des fonctions de dominant de ceux qui se trouvent dans des fonctions ou des positions sociales effacées. Le narcissique n’est pas spécialement disposé à occuper des postes de leader, ce sont les circonstances qui vont lui permettre d’exercer avec plus ou moins d’insolence les comportements que nous venons de décrire.

On doit aussi savoir que, nulle part les classifications internationales n’associent ces troubles de la personnalité à une certaine prévalence sexuelle.

 

Quant aux perversions, leurs définitions ont quasiment disparu des classifications internationales. C’est dans la littérature psychiatrique française que l’on trouvera le plus de références, notamment, au « pervers narcissique ». Mais, à y regarder de près, on constate qu’il s’agit d’une combinaison de psychopathe et de narcissique. La notion de perversion fait référence, sur le territoire hexagonal et quasi exclusivement, aux travaux de Freud. Et si on ne la retrouve plus dans les classifications internationales c’est précisément parce que la psychiatrie a voulu s’affranchir du joug dogmatique de la psychanalyse et de son vocabulaire souvent moraliste. (Ce qui n’empêche nullement ces classifications internationales de souscrire à des morales du moment)

Le Français montre des réticences à suivre cette ligne d’affranchissement…

Le terme perversion faisant référence à la psychanalyse, par souci de clarté, je lui préfère celui de déviance. Si cela renvoie à une norme sociale on y retrouve aussi la notion de dévoiement par rapport à des valeurs qui servent de fondement à l’édification d’une société. Et il faut savoir que déviance et perversion n’ont rien d’universel. Elles sont soumises aux mouvements qui traversent toute société au cours de son histoire.

 

Aux limites de la criminologie et de la psychiatrie

Au total, on peine à trouver une définition qui caractériserait ces personnalités que l’on trouve décrites dans les forums ouverts aux rescapés de l’inceste ou de « pédocriminalité de voisinage » (le terme est de moi), père, beau-père, frère, oncle, « ami de la famille », précepteur, etc. (À 98 % du genre masculin d’après ce que l’on sait)

L’expérience clinique nous montre effectivement qu’il s’agit de personnalités qui combinent les comportements du narcissique et du pédophile.

Quant aux pédocriminels qui défraient l’actualité par leurs actes odieux – Dutroux, Fourniret…, ils combinent, eux, les caractéristiques du psychopathe et du pédophile.

Cette classification combinatoire n’existe pas pour l’instant, d’où les tentatives de combler ce vide par différents écrits, sans cohérence apparente. Il s’agit d’un domaine à défricher et il importe pour tout clinicien d’y apporter son savoir et le fruit de son expérience, sans négliger les nombreux témoignages de victimes qui ne sont toujours pas recensés. Tant qu’il n’existera pas de classification appropriée pour ces comportements, l’arbitraire et l’aléatoire se retrouveront dans les rapports d’expertise, accentuant le trouble et l’incertitude au sein du public et des victimes.

 

Ou classer les adultes incestueux ?

Le DSM IV les classe parmi les déviations sexuelles, au repère « pédophiles ». Le CIM 10 ne fait pas mieux. À peine une page leur est consacrée. On se contentera d’y lire une courte description de leurs tendances. À noter que quand la pédophilie est constatée entre deux mineurs, le DSM IV retient que ce peut être le cas si le pédophile   a, au moins, 16 ans et 5 ans de plus que sa victime. Détail d’importance car il révèle l’embarras du psychiatre. Pourquoi cette limite et qu’en serait-il d’un jeune prédateur de 16 ans abusant d’une adolescente de 14 ans, voire plus, en usant de la force ou de la persuasion ? Devrait-on alors parler de viol caractérisé ? Que peut-on conclure si cet individu récidive au cours de sa vie en choisissant toujours ses victimes dans la même tranche d’âge ? Pas de réponse, sinon en criminologie.

On trouvera peu de choses sur leur mode opératoire, pas plus sur la genèse de leurs comportements et de leurs déviances sexuelles (étiologie). Ces vides laissent en suspens les questions autour de la prévention de ces crimes, de l’accompagnement de leurs auteurs. Et si la récidive est si fréquente, n’est-ce pas parce que nous ne savons pas comment aborder le problème ?

La question reste donc posée d’une classification de cette catégorie de déviance.

L’expérience nous apprend à distinguer nettement le pédocriminel psychopathe, le pédocriminel rapteur et le pédocriminel de voisinage. Ils différent nettement dans leur mode opératoire, les moyens dont ils usent pour exercer leur pouvoir et la genèse de leur déviances.

Quant au prédateur sexuel qui sévira au sein du cercle familial, le sien ou celui d’un proche, sa personnalité est-elle repérable, ses comportements sont ils accessibles au clinicien ?

Bien sûr, nous avons suffisamment de données qui nous permettent d’avancer plus que des hypothèses : les innombrables témoignages de victimes, des confessions, plus rares, de ces criminels, et de l’expérience des cliniciens qui opèrent auprès des victimes. Nous pouvons dire que la personnalité du pédocriminel incestueux et celle du pédocriminel de voisinage sont tout à fait spécifiques, distinctes de celle du narcissique – elles en épousent cependant parfois les traits – et encore plus de celles du psychopathe.

J’ai donné des éléments d’approche de ce type de personnalité. (I. Kieser, Inceste, pédocriminalité : crimes contre l’humanité, p. 51 et ss., Lierre et Coudrier, Toulouse, 2006, également sur )

Mais, ce crime est-il vraiment nommé ?

 

L’importance du nom

Les anthropologues et les psychologues savent que tant qu’une chose n’est pas nommée, elle n’existe pas pour la société (anthropologie) ou pour la personne (psychologie).

On sait aussi que, en l’absence du nom, l’existence d’une chose n’en persiste pas moins à influer sur les comportements collectifs ou individuels. Cette influence est alors soumise aux préjugés et aux paradigmes du moment. La société étant incapable d’imposer son ordre, ce sont alors des sentiments chaotiques et arbitraires, des rumeurs, des préjugés, des passions violentes qui prennent la place de la raison et de la mesure. Cela est vrai au plan individuel et collectif. Dans nos sociétés les principaux sentiments qui surgissent chez les victimes sont la culpabilité et le remords, accompagnés d’un profond sentiment de chaos intérieur – le sentiment de fragilité extrême et d’insécurité découlant de ce chaos. Cependant que le prédateur, lui, se trouvant conforté par l’invisibilité de son crime ne peut que tirer gloire et orgueil de ses « exploits ». C’est ce que l’on retrouve dans les personnalités narcissiques.

Cela veut dire que le prédateur  bénéficie du déni collectif, pendant que sa victime souffre d’une absence de reconnaissance collective de sa blessure. Or, sur ce point, le dommage est gravissime car il s’agit pour elle d’une d’exclusion de cette société qui refuse de reconnaître son identité propre. Non reconnue pour ce qu’elle est, dans sa blessure et sa souffrance, elle est ainsi mise au ban de la société. On pourra toujours gloser, banaliser, chercher des justifications de toutes sortes, l’histoire et l’anthropologie nous apportent une interprétation que nul clinicien, politique ou juriste ne saurait ignorer. Il s’agit d’un bannissement (au sens antique du terme) ou d’une damnatio, condamnation réservée aux pires parias dans de nombreuses sociétés et qui s’est perpétuée sous la forme de l’excommunication dans l’Église Catholique et Romaine. (En mars 2009, Mgr José Cardoso Sobrinho, Recife, a excommunié la mère d’une fillette de 9 ans enceinte de jumeaux après avoir été violée par son beau-père, ainsi que l’équipe médicale qui avait officiellement procédé à l’avortement.)

Ne nous leurrons pas, il existe une similitude entre le déni du nom (du pédocriminel et de sa victime) et cette excommunication qui paraît, de prime abord, comme résultant d’un relent du Moyen Âge. Il n’en est rien, la similitude est bien présente, actuelle, pressante. Refuser l’analogie, c’est confirmer le déni en perpétuer l’instauration dans le registre de nos mœurs.

 

Rappelons que la peine de bannissement existe également dans nos sociétés modernes. Il s’agit de soustraire sa nationalité à un individu. Cela ne veut rien dire de plus que lui ôter toute identité collectivement reconnue. Le sentiment de profonde insécurité, avec toute la gamme de comportements qui pourraient en découler, résulte de cette absence de soutien qui pourrait légitimement découler d’une attitude empathique de la société. Sans l’abri réconfortant de la loi du groupe qui pourrait se sentir en sécurité.

À l’absence d’empathie du psychopathe ou du narcissique correspond l’absence d’empathie de la société. C’est ce qui me fait souvent dire que prédateur et société sont, en ce point, complices. À charge pour le juriste ou le législateur d’en tirer les conclusions qu’ils veulent.

Que je sache, c’est au Canada et aux États-Unis que l’on trouve le plus d’avancées dans ce domaine, les pays européens demeurant encore très en retrait dans la reconnaissance de ces crimes.

 

Conscience du crime et discernement du Bien et du Mal

La question se pose maintenant de savoir si ces personnalités relèvent de la psychiatrie ou s’ils doivent être soumis au bras de la justice.

J’ai évoqué plus haut la notion de norme sociale en rapport avec celle de déviance.

Il existe aussi des normes universelles, considérées comme inhérentes à l’espèce humaine. C’est de ces règles naturelles que découlent les Droits humains, considérés, à tort ou à raison comme universels.

Il y a donc des normes locales ou momentanées dont l’influence fluctuera au cours du temps ou selon les lieux et des normes intemporelles nécessaires à la pérennité de l’espèce humaine. On découvrit la nécessité de fixer ces règles après le procès de Nuremberg qui marquait la prise de conscience d’une nécessité de faire barrage au Mal. (Hannah Arendt) Et quand G. W. Bush fit référence au nécessaire combat contre l’axe du Mal après le désastre du 11 septembre, l’évocation n’était pas innocente.

J’ai toujours considéré que le tabou de l’inceste relevait de la catégorie des lois universelles. Son universalité historique et géographique n’est pas discutée.

Ces valeurs, qu’elles soient universelles ou locales définissent les limites au-delà desquelles le Mal survient et il revient au système éducatif et aux transmissions personnelles de perpétuer la conscience que nous avons de ces limites. En deçà d’elles, nous sommes vivants parmi les vivants, au-delà, nos comportements appellent la sanction.

Qu’en est-il de la conscience que tous ces criminels ont de leurs actes, de leur portée et de leur impact sur les malheureuses victimes ? Pour toutes ces personnalités qui ont été évoquées ici, les psychiatres et experts en criminologie s’entendent pour dire que cette conscience existe.

C’est encore plus vrai pour le prédateur pédosexuel qui sévit au sein de la famille. On ne peut nier chez ce dernier l’existence d’une conscience claire de la portée de ses actes et de leur négativité. Il existe, certes, une dualité entre la conscience du caractère répréhensible de son acte et le déni des souffrances de sa victime. On retrouve cette même dualité chez tout criminel, du voleur au braqueur… Dans chaque crime, l’existence même de la victime est niée, la conscience du Mal est présente.

 

En guise de conclusion …

Il s’agira plutôt de découvrir des terres en friche. En France une députée, Marie Louise Fort, a proposé l’inscription du crime d’inceste dans le code pénal. Mais sa proposition initiale, au départ généreuse, fut vidée de ses contenus, notamment tout l’aspect de soutien et de reconnaissance des victimes a été éliminé de fait, avant même sa discussion en commission. Il n’en reste que la nomination de l’inceste dans le code pénal ce qui constitue un pas mais largement insuffisant. On sait bien que, sans moyens financiers et humains, la judiciarisation ne sortira pas de l’ornière présente, celle de l’ambivalence et de l’embarras des juges.

Les victimes françaises doivent donc s’attendre encore à parcourir un long chemin de solitude. Et ce dernier ne débouchera sur une véritable reconnaissance qu’à partir du moment où un véritable inventaire sera entrepris pour recenser l’ampleur et l’étendue des dégâts occasionnés aux victimes. Seul cet inventaire serait susceptible de conduire à une prise de conscience collective.

Quels sont les autres chemins de cette prise de conscience ? Telle est bien la question à ouvrir, l’espace moral, psychologique collectif qui reste à défricher… Ce crime touche si profond, au cœur de nos sociétés, que pas un politique actuel ne se sentira le courage d’affronter le problème.

Les marabouts : Des « rétrécisseurs » de conscience et de sexe !

par Mamadou Moustapha WONE, sociologue

 

Un droit de regard, de critique, s’impose à tout un chacun quand quelqu’un (un être humain, fut-il un guide religieux) développe oralement ou par écrit des faits qui concernent tout le monde. Cela s’impose d’autant plus que le seul « directeur de conscience » valable serait Dieu (si l’on croit en lui et que l’on décide de se soumettre à lui) ou la Raison (si elle est raisonnable).

Toujours est-il, avec  un minimum de bon sens et de souci d’objectivité tout un chacun peut faire le départ entre ce qui est vrai (ce qui est en conformité avec la réalité) et ce qui est faux (ce que la réalité ne montre pas).

C’est dans ce cadre que s’inscrit notre démarche du moment dans l’analyse du livre intitulé « l’islam face à l’agression culturelle et médiatique : quelques pistes de réflexions » ; livre ou livret écrit par Sérigne Abdoul Aziz Sy Al-Ibn (porte-parole de la famille d’El Hadji Malick Sy).

Comme son titre l’indique, ce livre met en garde contre l’agression culturelle et médiatique dont serait victime le monde islamique face à l’Occident.

Ainsi, il s’inscrit en droite ligne dans ces considérations qui deviennent de plus en plus un « lieu commun » ; considérations visant dans une situation de crise, à se déculpabiliser pour culpabiliser son vis-à-vis ou autrui qui serait responsable de tous ses maux ou à défaut qui serait, comparé à lui, un monde en dégénérescence qu’il ne faut pas imiter.

Dans les analyses développées dans ce livre par Serigne Abdoul Aziz Sy Al-Ibn, on retrouve ces deux cas de figure :

L’Occident serait responsable des maux du monde musulman

L’Occident serait un monde en dégénérescence contre qui il faudrait lutter ou à défaut dont il faudrait se départir.

Selon l’auteur de ce livre, l’islam fait face à une agression culturelle et médiatique et ainsi « l’avènement de la mondialisation et le développement de la technologie, l’ouverture des foyers aux apports du consumérisme ont rendu beaucoup plus subtil le combat que mènent les négateurs de la religion et les ennemis de l’islam contre ses enseignements, ses orientations, ses finalités et ses principes ».

Dans cette guerre contre l’islam, l’Occident passerait par la Culture. Ainsi, pour l’auteur « les nouveaux maîtres du monde contrôlent tous les secteurs de l’information et produisent tous les gadgets sensés être culturels alors qu’ils tuent la culture ».

Vu sous cet angle, avant d’aller plus loin, il faudrait souligner que ce discours est repris avec autant de virulence, sinon plus, sous d’autres cieux paradoxalement occidentaux, notamment en France qui avec beaucoup de bruits et avec comme cheval de bataille l’expression « exception culturelle », pense être détentrice de la « vraie » culture face aux USA qui serait une puissance destructrice de la culture. (cf. FREDET J-G « Astérix contre Hollywood. France/ États-Unis : La guerre culturelle a 50 ans.)

Ainsi, toujours vu sous cet angle, la France serait aussi victime que l’islam devant cette « agression culturelle et médiatique ». Pourrait-on alors parler spécifiquement de guerre contre la religion islamique ?

Fermons cette petite parenthèse puisque vraisemblablement le problème serait beaucoup plus large, profond et complexe que cela.

Revenons aux analyses de Sérigne Abdoul Aziz Sy Al-Ibn. Selon ce dernier « pour tout changement de l’état social d’un pays, d’une communauté, pour tout projet de construction et de déconstruction sociale, il est nécessaire de s’appuyer sur les couches les plus vulnérables. C’est ainsi que les jeunes et les femmes sont les cibles prisées par l’Occident dans sa guerre contre la culture islamique. Les jeunes et les femmes sont pour ainsi dire les portes d’entrée de la culture occidentale dans les sociétés musulmanes. Comme le VIH, la culture occidentale a besoin de porte d’entrée pour insidieusement détruire les défenses de l’organisme, annihiler l’immunité du corps et l’entraîner irrémédiablement dans la déchéance puis la mort ».

Dans le temps et dans l’espace, il a été vérifié comme il le dit, que pour tout projet de construction et de déconstruction sociale il est nécessaire de s’appuyer sur les couches les plus vulnérables ; l’islam et le christianisme ont recruté d’abord dans ces couches (esclaves, pauvres, etc.). Cette logique donc ne serait pas inhérente à l’impérialisme occidental. Cependant, dans le monde actuel où les hommes et les femmes sont proclamés égaux devant Dieu, devant la Raison et en Droit, qu’est-ce qui fait qu’encore on continue à tenir les femmes comme étant plus vulnérables ? Vulnérables à quoi et par rapport à qui ? Il y aurait une attitude de condescendance, de complexe de supériorité pour ne pas dire de phallocratie.

Pour ce qui est des jeunes, il n’est pas besoin de montrer qu’ils évoluent dans un monde aux logiques carrément différentes de celui de leurs aînés mâles supposés les protéger.

En quoi les parents de cette jeunesse peuvent-ils lui apprendre dans le domaine de la vie sociale d’une manière générale où ces parents ont démissionné ou ont été démissionnés par de nouvelles logiques qui sapent toutes les structures et certitudes traditionnelles ?

Pour ce qui est du monde occidental comparé au virus du sida, s’il est impérial, est-ce sa faute ou la faute du monde musulman qui se sent dominé ?

« A l’adoration, l’Occident substitue la liberté. A la spiritualité elle substitue le loisir. A l’acquisition de bien par le travail honnête, éloigné des pratiques usuraires, spéculatives et autres que l’islam bannit, l’Occident substitue le gain facile ».

La liberté n’exclut pas l’adoration. On peut être libre d’adorer ou de ne pas adorer.

Caricatures une fois de plus ! Qu’est-ce qu’il fait de tous ces combats que ce monde occidental en son sein mène contre le blanchiment de l’argent sale, la corruption, jusqu’à même encourager et soutenir les pays sous-développés dont le Sénégal (un pays majoritairement musulman) à lutter contre la corruption qui est devenue un grand fléau.

Ou à défaut si tel était le cas pourquoi tout le monde (monde musulman compris) cherche à rejoindre et souvent au prix de leur vie ce monde occidental s’il était aussi lugubre. A moins de penser que les sociétés islamiques entre autres aspirent plus qu’à toute autre chose à cette dépravation qui caractériserait l’Occident selon cet auteur ?

« Pour l’occident, être maître de son corps c’est se donner à toutes les expériences déviantes et obscènes y compris les pratiques les plus ignobles comme la pédophilie, la zoophilie, etc. ».

C’est certainement ignorer que dans les pays occidentaux, la pédophilie et la zoophilie sont combattues avec la dernière énergie. En France, à l’occasion du 14 juillet, le gouvernement a entrepris d’exclure de la traditionnelle grâce présidentielle les auteurs de délits racistes et … les pédophiles (cf. Wal fadjiri du 13 juillet 2004). Si en Occident, la pédophilie constituerait un fléau, dans le monde islamique (au Sénégal en particulier) l’infanticide serait son pendant. Pédophilie en Occident, infanticide dans le monde musulman !
Loin de nous l’esprit de faire l’éloge de l’Occident ou de ne pas le faire ; ou de jeter l’anathème sur le monde musulman ou de ne pas le faire ; notre objectif était animé par un souci d’objectivité et non de caricaturer ou de développer des images à la limite du fait divers, pour en faire des images représentatives d’un monde, d’une société quelle qu’elle soit.

Personne ne peut nier qu’il y a un rapport de force ou un conflit latent et parfois manifeste entre le monde musulman et le monde occidental, mais c’est un rapport de force qui s’inscrit dans un cadre plus large que celui-là religieux. Cependant, vouloir de part et d’autre développer des clichés et les généraliser est une entreprise (même si elle vise à défendre en attaquant le supposé adversaire) qui ne mène nulle part que vers une phobie injustifiée, sinon vers des appréhensions ; alors qu’on devrait cultiver l’objectivité et éviter cet exercice très réductionniste.

Toujours dans cette logique dans laquelle s’inscrit notre démarche actuelle, il est assez surprenant, dans des sociétés qui se veulent démocratiques que des imams, dans les sermons hebdomadaires du vendredi (très souvent dans les pays arabes, et parfois dans le nôtre), aient cette latitude de développer des idées non représentatives sans que l’on puisse avoir cette égale latitude de leur contredire à chaud ou à défaut de débattre. En effet, il arrive parfois que des imams développent leurs propres sensibilités durant cette séance sur des questions d’actualité politique, sociale, économique, sanitaire, etc., alors que ces propos ne sont ni religieusement ni scientifiquement fondés. Par exemple, quand un imam (Mosquée du Point E-Dakar) développe dans son sermon que le sidéen est  victime de ses péchés charnels, c’est non seulement participer indûment à la stigmatisation de cet individu mais aussi, c’est développer des contre-vérités.

Vendredi dernier aussi, à la mosquée de Sacré Cœur 3, l’adjoint de l’imam appelait à la lapidation des fornicateurs. Cent coups fermes de fouet dit-il ! Au secours !

A ce rythme, nos marabouts risquent de devenir des rétrécisseurs de conscience et … de sexe !
Mamadou Moustapha WONE

Sociologue

BP 15812 Dakar Fann

moustaphawone@voila.fr

Sénégal

Hadopi va-t-elle encourager le piratage ?

Source France-Info

Hadopi responsable de l’augmentation de la pédophilie sur le Net ? Fantasme ou réalité ? Selon Frédéric Aidouni, informaticien et auteur d’un logiciel …

La loi Hadopi ne va pas empêcher le piratage sur Internet, au contraire, elle va le faciliter. C’est la thèse que défendent certains spécialistes des réseaux informatiques.

En s’attaquant bruyamment aux échanges en pair-à-pair sur Internet, la future autorité de contrôle Hadopi risque en réalité de déplacer le problème. En effet, les logiciels actuels de piratage bien connus des internautes tels que eDonkey, Emule ou LimeWire sont finalement assez basiques et permettent aisément d’identifier les utilisateurs grâce à leurs adresses IP. Mais des outils beaucoup plus sophistiqués et nettement plus difficiles à surveiller sont en train de se mettre en place : logiciels de téléchargement cryptés, réseaux privés virtuels, systèmes de protection de l’adresse IP par serveurs proxy, etc.

Ces outils existent déjà. Mais pour l’instant, ils sont difficiles à utiliser et peu répandus. Demain, avec la crainte de l’Hadopi, les internautes risquent de se jeter dessus. Il suffirait quelques développeurs bien motivés pour rendre rapidement ces outils ultra sophistiqués très faciles à utiliser par monsieur et madame tout le monde.

Le problème c’est que ces logiciels, aussi sécurisés que des programmes militaires, ne serviront pas seulement à échanger le dernier single de Julien Doré ou Bienvenue chez les Chtis. Ils seront également utilisés pour diffuser des contenus pédophiles ou néo-nazis sans oublier les traditionnelles recettes d’explosifs qui circulent déjà sur Internet.

Hadopi responsable de l’augmentation de la pédophilie sur le Net ? Fantasme ou réalité ? Selon Frédéric Aidouni , informaticien et auteur d’un logiciel utilisé par les polices et les gendarmeries de plusieurs pays pour traquer les images pédophiles, les forces de l’ordre auront bientôt beaucoup plus de mal qu’aujourd’hui à pister les contenus illicites sur le Net.

C’est l’éternelle course technologique entre le cyber-bandit et le cyber- policier. L’un est toujours en avance sur l’autre même si l’autre finit souvent par le rattraper. Le problème c’est lorsque l’on change d’échelle et que l’on se retrouve soudain face à des millions de méchants.

Irlande: des milliers d’enfants frappés et violés dans des institutions catholiques, selon un rapport

DUBLIN — Coups, viols, humiliations en tous genres: la liste est longue des mauvais traitements et agressions sexuelles commis en Irlande dans les institutions sous administration catholique qui ont accueilli les enfants les plus vulnérables de la société jusqu’aux années 1990, selon un rapport accablant rendu public mercredi à l’issue de neuf ans d’investigations.

Le rapport de 2.600 pages de la commission d’enquête sur les mauvais traitements infligés à des enfants a été dévoilé par le juge de la Haute Cour Sean Ryan. Ce dernier a présidé les travaux à partir de 2003 en remplacement de la juge Mary Laffoy, qui avait démissionné en reprochant au ministère de l’éducation de bloquer l’enquête.

Le document s’appuie sur les témoignages de plusieurs milliers d’anciens élèves, des femmes et des hommes aujourd’hui âgés de 50 à 80 ans, ainsi que sur les récits de responsables -à la retraite-de plus de 250 institutions placées sous administration catholique.

« Un climat de peur, créé par des châtiments insidieux, excessifs et arbitraires a grandi dans la plupart des institutions et dans toutes celles accueillant des garçons. Les enfants vivaient avec la terreur quotidienne de ne pas savoir d’où viendrait le prochain coup », souligne le rapport.

D’après la commission, le système tout entier traitait les enfants davantage comme des esclaves et des détenus que comme des êtres disposant de droits légaux.

Plus de 30.000 enfants considérés comme des délinquants ou issus de familles à problèmes -une catégorie qui englobait souvent les mères célibataires-ont été envoyés dans les écoles techniques, maisons de redressement, orphelinats et foyers administrés par des catholiques, entre les années 1930 et les années 1990, période marquée par la fermeture des dernières institutions.

Selon les conclusions du rapport, attentats à la pudeur et viols étaient « endémiques » dans les établissements réservés aux garçons, principalement dirigés par la congrégation des Frères chrétiens. Les filles, dont s’occupaient des religieuses, essentiellement les Soeurs de la miséricorde, ont moins souffert d’abus sexuels. Cependant, elles étaient victimes d’agressions et d’humiliations fréquentes, destinées à provoquer chez elles un sentiment de dépréciation.