L’école en bateau : l’enfance sabordée, film de Laurent Esnault et Rejane Varrod

Voici un film unique. Créé par le journaliste Laurent Esnault, victime comme plusieurs autres dans sa jeunesse, de Léonid Kameneff  créateur  du concept   » l’école en bateau « . Le concept consistait en une sorte d’expérience pédagogique se voulant alternative, censée faire « murir » des adolescents, en les faisant naviguer un an  bord de son navire le Karrek Ven.

Depuis les années 70 et jusqu’à  2000, quelques uns des 400 enfants  passés par  l’école en bateau ont porté plainte. La majorité des procédures ont été non recevables pour cause de prescription. Kameneff et l’un de ses adjoints ont étés condamnés respectivement à douze ans et 6 mois de prison en mars 2013 à Paris.

 Je vous conseille fortement, de regarder comment ce document dissèque la façon de procéder des agresseurs, la sélection des élèves, les critères de choix, la vie a bord, la manipulation mentale et physique.

Prix du jury au festival 2015 au Festival du film documentaire du Touquet.

L’école en bateau : l’enfance sabordée de Laurent Esnaut et de Rejane Varrod

https://vimeo.com/118892642

Ceci est une vidéo privée. Pour la lire introduire le mot « école »

Homayra Sellier, présidente de Innocence en danger

En 1999, j’ai été nommée par le directeur de L’UNESCO pour mener un plan d’action mondial de défense et de protection des enfants nommé « Innocence en Danger », mis en place après le démantèlement d’un réseau d’exploitation international des enfants sur internet.  Après un an de travail fructueux, j’ai quitté cette organisation car, au regard de l’importance du travail à accomplir, l’UNESCO trouvait ses limites et ne pouvait pas intervenir sur le terrain ni à aller la rencontre des victimes. Or, ce travail de terrain s’imposait, une fois que j’avais rencontré les victimes et leurs parents. Après quelques autres tentatives de collaboration AVEC DES GRANDES ORGANISATIONS DE PROTECTION…., j’ai décidé de continuer Innocence en Danger afin d’’être aux côtés des enfants victimes.

Je mène ce combat, qui ressemble à une croisade, depuis 16 ans. Aujourd’hui, Innocence en Danger compte une dizaine de bureaux à travers le monde. Nous travaillons avec une trentaine de bénévoles en France qui ont choisi de rassembler leurs efforts. Avec notre équipe, nous sortons des familles de l’isolement pour que le seul visage qu’ils voient ne soit pas celui de l’indifférence, pour que ce qui accompagne, (j’enlèverais ce qui devrait être) les plus belles années de la vie – l’enfance – ne soit pas seulement la souffrance et la détresse. Nous avons besoin d’informer l’opinion public sur le fait que les enfants doivent être écoutés. Nous sommes tous responsables du monde que nous laissons à nos enfants : je suis convaincue que le fléau des maltraitances tant physiques, psychologiques que sexuelles est parmi ceux contre lequel on peut agir.

Nos enfants nous jugerons sur ce que nous avons fait pour eux- et je voudrais qu’ils sachent que lorsque nous étions mis à l’épreuve nous ne leur avons pas tourné le dos et fait comme si de rien n’était. Comme le dit, le docteur Boris Cyrulnik « Si, au-delà des situations, on voit les hommes, si au-delà des incapacités, on voit les potentialités, alors on est sur le chemin de la résilience ».

Persuadés de ces possibilités, nous avons mis sur pieds des séjours de résilience dont les bienfaits font l’objet d’études scientifiques en Allemagne et en Colombie. Les enfants que nous invitons pendant les vacances scolaires bénéficient d’une rencontre avec la peinture, la sculpture, la photographie, les animaux, la nature, ce qui permet d’offrir à leur âme et leurs corps trahis et abîmés les éléments fondamentaux d’une reconstruction. Jean Paul Dubois, sociologue écrit dans « Une vie Française » : « Ces principes : le bonheur, le gout de la vie et amour, leur recherche ne sont guère héréditaires. Nous devons apprendre à les transmettre aux enfants par les voies de l’amour ».

Innocence en Danger n’est pas une œuvre de charité, ce n’est  pas de la charité que de remplacer les discriminations, les préjugés, les injustices par leurs contraires, c’est croire en la vie, c’est investir dans l’avenir, c’est nourrir les potentiels dans chaque petit de l’homme, dans chaque femme et homme en devenir. Je suis heureuse de tracer les vies de tous ces petits soldats sans médailles impliqués dans un combat silencieux loin des feux médiatiques.

 

Quelques exemples parlants :

-le procès d’Angers en 2005  : 66 accusés & 45 victimes âgées de 6 mois à 12 ans au moment des faits ont été recensés par l’accusation entre janvier 1999 et février 2002; il a fallu construire un tribunal qui a coûté quelques 6 millions d’euros à vous/nous tous – Une cour d’assises spéciale de 360 mètres carrés a été montée au sein du palais, pour juger ces femmes et hommes; parmi eux certains été récidivistes; pour Viols, proxénétisme aggravé, agressions sexuelles… il a fallu quatre mois pour juger l’inconcevable.

-une victime que la justice n’a jamais crû, n’a jamais entendu, n’a jamais aidé à se reconstruireC avoue à l’age de 35 ans avoir été psychiatrisé depuis plus de 20 ans dont les soins ont coûté quelques centaines de milliers d’euros à la sécurité sociale, multipliez ces chiffres par le nombre d’affaires ! ne vaut il pas mieux soigner, écouter, prévenir ?

-L’association AIVI et IPSOS ont souhaité donner la parole aux Français pour connaître leur opinion sur l’inscription de l’inceste dans le droit pénal .

Quelques chiffres en résumé de ce sondange :

Un français sur quatre connaît au moins une personne victime d’inceste dans son entourage – il s’agit de données purement déclaratives, l’on peut supposer que les chiffres soient bien plus élevés dans les faits .

Parmi les personnes connaissant au moins une victime d’inceste la moitié déclarent que la victime n’a ni été cru, ni aidée par sa famille.

 

« Sois la différence que tu souhaites voir dans le monde » Mahatama Ghandi

Le Portail Antipedophil soutient inconditionnellement Innocence en danger

Jacques Benoit

Témoignage fort que celui d’un môme bléssé, courageux il témoigne des années plus tard. Militant, actif, il écrit un livre que je vous conseille fortement.

Son livre:

 « JE N’AVAIS QUE ONZE ANS » la pédophilie, un crime contre la personne

Auteur: Jacques Benoit
Éditions: Libre Expression Genre: biographie québécoise, 132 pages Parution: 27 février 2006
Agressé sexuellement dès l’âge de onze ans par l’un des éducateurs du centre d’accueil chargé de le protéger, jacques Benoit casse le silence pour témoigner de l’horreur de son drame. Cet ouvrage s’ajoute aux témoignages démontrant que l’agression sexuelle est un acte de pouvoir et de violence. L’auteur dénonce également l’inaction des intervenants des centres de jeunesse sur le plan de la délation des agresseurs.

 

De l’abandon parental aux abus sexuels dans les institutions, Jacques Benoit s’est bien battu pour survivre. L’auteur décrit dans son livre l’horreur de l’abandon et la souffrance des enfants soumis aux abus et aux règles de l’impuissance par protectionnisme des institutions. Son premier agresseur travaillait auprès des enfants sous la tutelle de la Protection de la jeunesse. Après une dénonciation jamais judiciarisée, les supérieurs de cet employé ont déplacé le pédophile dans différents services de cette même institution. Il semblerait qu’il y travaille encore et qu’il n’était pas le seul à abuser des petits garçons. Il n’avait que 11 ans. Comment trouver une oreille quand le chef des éducateurs transgresse les règles et viole l’enfance des anges qu’il doit protéger. Tant de fois l’auteur a essayé de trouver de l’aide, en vain. Il décrit la presque impossibilité pour ces jeunes victimes de mettre en lumière la vérité dans un tel système. Victime, il nous décrit son parcours pour sortir de la survivance. On apprend qu’un garçon sur dix garde le silence et qu’un garçon sur six sera victime au Québec d’un pédophile avant l’âge de 18 ans. Qu’arrive-t-il à ces jeunes qui refoulent autant de souffrance au cours de leur existence? Si d’un côté ce livre fait partie de la démarche thérapeutique de l’auteur, il offre aux autres jeunes gens abusés une perspective de guérison tout en dénonçant bien fort les impostures des services de la Protection de la jeunesse et des diverses institutions légales de notre société. Jacques Benoit tient des propos courageux et honnêtes. En souhaitant que son livre soit une fenêtre ouverte sur la conscience, il nous rappelle que notre mission d’adulte est de protéger et d’écouter les enfants.

Je veux lever le voile pour me « dévioler »

 » J’espère que ce livre plein d’émotions et bien écrit aidera beaucoup de jeunes à se défendre efficacement contre les impostures au lieu de devenir une victime ou un complice.  » Alice Miller, psychothérapeute et auteure.

Écrit par Jacques Benoit Édition : Libre Expression ISBN : 2-7648-0226-9

Maison d’accueil Jean Bru

Maison d’accueil Jean Bru. Établissement spécialisé dans la prise en charge de jeunes filles
ayant vécu des actes incestueux ou subi des violences sexuelles.

Présentation

L’Association Docteurs Bru a pour mission la mise en œuvre d’un accompagnement éducatif et thérapeutique pour des jeunes filles ayant vécu des actes incestueux ou subi des violences sexuelles. Pour en savoir plus, télécharger le Projet associatif.

L’Association a vu le jour grâce à la volonté du Docteur Nicole Bru, propriétaire et dirigeante des laboratoires pharmaceutiques UPSA qui, à la mort de son mari, le Docteur Jean Bru, a décidé de créer en 1996 à Agen, un établissement pour prendre en charge ces jeunes filles : la Maison d’accueil Jean Bru.

La spécificité de la prise en charge de cet établissement s’appuie sur les diverses recherches concernant la problématique particulière de l’agression sexuelle et les effets de la maltraitance familiale.

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Alixe-Loane

Je vous conseille fortement d’aller voir ce site formidable d’une personne qui l’est tout autant.

Alixe-Loane: Être au desus de la souffrance

Nota: Achetez son livre!

Frédéric AIDOUNI

Créateur de logiciels, pilier du logiciel libre cet homme a fortement participé à l’arrestation de pédophiles en créant un système de recherche de contenus illicites.

 

Son site

Son site section LogP2p

Interview du créateur de Log p2p  Frédéric AIDOUNI

(pour Ratiatum.com)

par Loïc Roman

 

Ratiatum : Bonjour Frédéric, pouvez-vous vous présenter rapidement à nos lecteurs, et décrire en quelques mots l’intérêt de votre logiciel LogP2P ?

Frédéric :  (Frédéric AIDOUNI, créateur de @idounix). Je suis un autodidacte, 10 ans de 68000 sur Atari et Amiga, et 10 ans de logiciels libres sur Linux.

LogP2P est un système de monitoring et d’analyse de traffic qui permet d’identifier de manière sûre les diffuseurs de contenu sur les principaux réseaux P2P

(Kazaa, Gnutella,

eDonkey…). LogP2P consiste en un serveur qui s’insère dans le réseaux des enquêteurs, soit en tant que passerelle, soit en tant que sniffer (selon la topologie du réseau). LogP2P est un système non intrusif (c’est illégal). Ce sont les enquêteurs qui décident de ce qu’ils cherchent, LogP2P va leur indiquer « où ils ont été le chercher » avec preuves à l’appui.

Ratiatum : Qu’est-ce qui a motivé chez vous la création d’un tel logiciel de surveillance des réseaux P2P ?

Frédéric : Je collabore avec un enquêteur spécialisé dans la lutte contre la pédophilie sur Internet de la section de recherches de Bordeaux depuis deux ans, pour la réalisation de systèmes de traque de contenus pédophiles sur l’Internet. Ma première réalisation, LogIRC, est utilisé par des agences d’investigation gouvernementales et fédérales sur les cinq continents et a donné des résultats plus que probants. Je travaille avec les enquêteurs pour apporter un peu d’eau au moulin, et les faire bénéficier de mon savoir-faire pour leur lutte contre la pédophilie. LogIRC est un logiciel libre, réservé aux forces de police néanmoins. LogP2P a demandé beaucoup trop de temps pour être libre et est donc un système commercial. Je suis actuellement à la recherche de distributeurs et/ou de financements pour amortir les temps de développement. Pour le moment, il est réservé aux forces de polices impliquées dans la lutte contre la pédophilie sur les réseaux.

Il s’avère que la propriété de LogP2P d’intercepter d’autres contenus que les images ou les films est un effet de bord de la technique utilisée. La traque des diffuseurs de MP3, entre-autres, n’a jamais été un objectif. Pour tout dire, j’ai quasiment découvert le monde du P2P

en m’intéressant au problème. Et je crois commencer à le connaître (!),

techniquement en tout cas….

Ratiatum : Quels pays l’utilise ?

Frédéric : LogP2P est utilisé en Europe pour le moment, je ne peux pas préciser plus avant. Désolé.

Ratiatum : Des résultats concrets ont-ils pu être observés ?

Frédéric : Oui. LogP2P est en fonction depuis plusieurs mois et a donné lieu à des résultats concrets. Hélas, nous rentrons dans le cadre d’affaires judiciaires, et je ne peux en parler plus avant non plus…

Ratiatum : Pensez-vous que vous arriverez de cette manière à freiner la diffusion de contenu pédophile par Internet de façon significative ?

Frédéric : J’espère. Les premiers résultats sont très positifs. Il faut savoir que le but n’est pas d’arrêter la diffusion. C’est impossible. Le but est de la restreindre pour la renvoyer dans la clandestinité. L’idée est qu’il soit devenu tellement difficile de diffuser des fichiers pédophiles par Internet qu’il ne reste plus que quelques individus à identifier pour les services d’état. Actuellement la diffusion est devenue massive, d’où l’intérêt des services d’enquête pour le produit que je développe.

Ratiatum : N’avez-vous pas cependant peur que votre système soit repris par les maisons de disques et associations de droits d’auteurs pour protéger leurs œuvres ?

Frédéric : Peur ?! Pas du tout. Je pense qu’il n’existe pas de réelle volonté de la part des défenseurs des ayants-droits de faire appliquer les législations, pour diverses raisons (ndlrc : et pourtant, l’actualité nous prouve que si…)
Ratiatum : LogP2P peut cependant être utilisé en ce sens ?

Frédéric : LogP2P ne fait qu’identifier des systèmes qui diffusent du contenu. Si la RIAA décidait de le financer, et qu’en retour je pouvais le donner aux forces de polices pour la lutte contre la pédophilie, j’en serais ravi. Mon but n’est pas de traquer les diffuseurs de MP3 (qu’il serait trivial de protéger, d’ailleurs), mais de traquer les diffuseurs de contenu pédophile.

Site aidounix

Françoise Dolto

Bio 

Son savoir de psychanalyste, dont le génie a été de repousser les limites de l’intervention psychanalytique au premier jour de la vie de l’enfant, ses intuitions thérapeutiques, son travail pédagogique en direction des parents comme des professionnels, son combat en faveur de la « cause des enfants » font de Françoise Dolto (1908-1988) un repère incontournable dans l’approche de la petite enfance.

Un des principaux apports de Françoise Dolto fut de reconnaître l’enfant, dès son plus jeune âge, comme sujet de lui-même, dans le droit-fil de la psychanalyse qui considère le patient comme le sujet de ses désirs inconscients. « Notre rôle de psychanalyste, disait-elle, n’est pas de désirer quelque chose pour quelqu’un mais d’être celui grâce auquel il peut advenir à son désir. »

Médecin, ayant mené une cure analytique, elle écoutait donc des sujets à part entière, considérant que les enfants de un an disposent, à leur manière, d’une pleine intelligence des choses. Ce faisant, elle les sortait de leur statut social d’infans, étymologiquement celui qui n’a pas droit à la parole. « C’est un scandale pour l’adulte, disait-elle encore, que l’être humain à l’état d’enfance soit son égal. »

Pour Freud, le rêve, mais aussi tout symptôme pathologique, est un langage à déchiffrer. Pour Françoise Dolto, l’être humain est un être de langage, avant même qu’il ne sache parler. Dans le ventre de sa mère, chez le fœtus, la fonction symbolique est déjà à l’œuvre. Cette certitude lui permit d’écouter et d’entendre ce qui « fait sens » par le corps du bébé.

A son grand étonnement, elle découvrit qu’une parole adressée à un nourrisson qui ne parle pas encore peut avoir des effets thérapeutiques. C’est pourquoi elle a toujours proposé aux parents de parler à l’enfant de tout ce qui le concerne, de « parler vrai », dès sa naissance. Car le pire pour un être humain est ce qui reste privé de sens : ce qui n’est pas passé dans le langage.

Pour Françoise Dolto, la conception est une rencontre à trois et pas seulement à deux : « Seul chaque enfant se donne vie par son désir de vivre. » Le fait que l’embryon vive et que la mère ne « fausse couche » pas atteste le fait qu’il y a désir partagé de vie. Dès sa conception, le fœtus est donc un être humain en devenir. Il est en communication inconsciente avec la mère. Les états émotionnels de celle-ci, comme les événements qui surviennent, marquent sa vie psychique. Une mère qui « oublie » qu’elle est enceinte peut accoucher d’un enfant qui se révélera psychotique.

 

Aider l’enfant à grandir

Françoise Dolto décrit le développement de l’enfant comme une suite de « castrations » : ombilicale avec la naissance, orale avec le sevrage, anale avec la marche et l’apprentissage de la propreté. Chaque fois, l’enfant doit se séparer d’un monde pour s’ouvrir à un nouveau monde. Chacune de ces castrations est une sorte d’épreuve dont l’enfant sort grandi et humanisé. La responsabilité des parents est de l’aider à les franchir avec succès.

Avec la coupure du cordon ombilical, le bébé renonce à l’état fusionnel avec la mère et gagne le monde aérien. L’allaitement ou le biberon ne représentent pas que la satisfaction d’un besoin alimentaire, car le nourrisson est également un être de désirs, c’est un moment de corps à corps et de communication. C’est pourquoi « il faut castrer la langue du téton pour que l’enfant puisse parler », déclare Françoise Dolto. En renonçant au sein et au lait, le bébé renonce à nouveau à un état fusionnel avec sa mère. Avec la distance et la libération de la bouche, il acquiert la possibilité de parler. A cette époque, plus encore qu’à aucune autre, la mère doit apporter à l’enfant un bain de langage.

Avec la marche, l’enfant s’éloigne de sa mère pour découvrir l’espace. Encore faut-il qu’il ne soit pas bridé dans cette première autonomie. L’apprentissage de la propreté doit se faire lorsque l’enfant a acquis le contrôle musculaire suffisant, et non à un âge préétabli et sous la contrainte. A cette période, les parents commencent à poser des interdits pour sauvegarder l’enfant et lui enseigner la première loi : celle de ne pas nuire à autrui et de ne pas tuer. S’ils le font de façon sadique, c’est-à-dire seulement oppressive, ils n’apprennent pas à l’enfant à transformer ses impulsions agressives en désirs socialisés. Tout au long de la vie, ces impulsions seulement refoulées se déchargeront à la moindre occasion, avec une cruauté qui sera restée infantile.

 

La différence des sexes

La découverte de la différence des sexes représente une perte pour tout enfant : le garçon comprend qu’il ne portera pas d’enfant comme sa maman, et la fille qu’elle ne dispose pas de cet appendice qu’elle convoite dans un premier temps. C’est l’âge (environ trois ans) où l’enfant cherche à savoir « comment on fait les bébés ». Là encore la parole des parents est essentielle pour intégrer ce qu’est la sexualité, plaisir compris. L’enfant apprend que ses parents ont été eux-mêmes engendrés selon l’ordre des générations auquel tous les humains sont soumis, et qu’il appartient à une lignée.

C’est à cette époque que le père prend toute son importance avec la découverte de son rôle procréateur. Est-ce à dire que l’enfant vit jusque-là dans le matriarcat ? Pour Françoise Dolto, le père existe dès la procréation. Il existe d’abord par la mère : il est celui qui la mobilise et la détourne de l’enfant, lequel fait alors l’expérience douloureuse et nécessaire qu’il n’est pas tout pour elle. A trois ans, tout est en place pour que l’enfant aborde, bien ou mal, le fameux complexe d’Œdipe, qui permettra au garçon et à la fille de sortir du cercle familial et d’entrer dans la société.

Quel est l’héritage de Françoise Dolto ? Ce qu’elle avançait il y a cinquante ans, et qui paraissait alors scandaleux ou absurde, est passé dans les mœurs. Si elle n’a pas souhaité faire école, son enseignement s’est pourtant diffusé auprès de tous les soignants et éducateurs de la petite enfance, notamment grâce au travail de pédagogie auquel elle se consacra personnellement à la fin de sa vie. Elle n’a eu de cesse également de toucher le grand public, à travers une production éditoriale abondante ou des interventions en direct à la radio dans les années 70. Elle a su, enfin, rendre la psychanalyse vivante et accessible, cherchant à offrir aux parents la possibilité d’élaborer leur propre pratique dans le respect, l’écoute et la confiance accordés à l’enfant.

Jean-Claude Liaudet

Psychanalyste et psychosociologue

Repères bibliographiques

• Françoise Dolto, aujourd’hui présente. Actes du colloque de l’Unesco, 14-17 janvier 1999, éd. Gallimard, Paris, 2000.
• Dolto expliquée aux parents, de Jean-Claude Liaudet, éd. L’Archipel, Paris, 1998. Traductions : A criança explicada aos pais [Segundo Dolto], éd. Pergaminho, Cascais (Portugal), 2000 ; Dolto para padres, Plaza & Janès editores, Barcelona (Espagne), 2000.
• Le bébé est une personne, de Bernard Martino, éd. Balland, Paris, 1985.

De Françoise Dolto :

• La Difficulté de vivre, éd. Gallimard, Paris, 1995.
• Tout est langage, éd. Gallimard, Paris, 1995.
• Lorsque l’enfant paraît, éd. du Seuil, Paris, 1990.
• Autoportrait d’une psychanalyste, éd. du Seuil, Paris, 1989.
• La Cause des enfants, éd. Robert Laffont, Paris, 1985.

Somaly Mam

Née au Cambodge, Somaly Mam tombe dès l’enfance dans un réseau d’esclavage sexuel. Enfant battue, violée et torturée, elle se fait porte-voix à trente ans des femmes et enfants livrés à la torture dans les bordels cambodgiens. Elle a créé avec son mari Pierre Legros l’association Afesip (Agir pour les femmes en situation précaire) en 1997 au Cambodge, une ONG à vocation internationale qui s’est développée depuis lors en Thaïlande, au Vietnam et au Laos, et qui a pour objectifs le sauvetage et la réinsertion sociale des personnes victimes de ces sévices. Malgré les menaces et les représailles dont elle est la cible, Somaly Mam a pu venir en aide à des milliers de fillettes et adolescentes contraintes à la prostitution.

 

Ses livres:

       

L’apev

Parent de victime moi même, je tenais à mettre a l’honneur cette association.

 

L’association « Aide aux Parents d’Enfants Victimes » est une association nationale de victimes et d’aide aux victimes. Elle est animée uniquement par des parents dont un enfant a été assassiné ou a disparu, tous ont vécu le même drame. Elle regroupe aujourd’hui plus de 160 familles.

L’APEV est née en juin 1991 du besoin éprouvé par les parents d’enfants assassinés ou disparus de se rencontrer, et ensemble de faire entendre la voix des victimes.
L’association essaie de faire prendre conscience aux pouvoirs publics, aux enquêteurs et aux magistrats des difficultés auxquelles les familles se trouvent confrontées. Nous voulons ainsi améliorer les relations des parents avec le monde judiciaire.
Trois mots pour résumer ce qu’attendent les victimes de la Justice : écoute, compréhension et respect.

Les actions de l’APEV :

Accompagnement des familles

Le contact direct entre familles ayant vécu le même drame est primordial, l’APEV donne la possibilité aux parents de se rencontrer, de se parler et de s’entraider mutuellement. L’objectif de l’association est de conseiller et de soutenir les familles dans leurs actions et non de se substituer à elles.
L’accompagnement des familles peut prendre diverses formes :

  •       accompagnement moral et psychologique,

 

  •       conseils d’ordre juridique et administratif,

 

  •       organisation de groupes de paroles,

 

  •       rencontres avec des professionnels de la justice : magistrats, avocats, policiers et gendarmes, psychologues, journalistes …

 

  •       organisation de journées d’information sur le procès d’assises, dans un tribunal, en présence de magistrats, d’avocats et de psychologues,

 

  •       accompagnement des familles lors des procès d’assises,

 

  •       suivi personnalisé de chaque cas.

 

L’évolution de la législation : l’APEV force de propositions

 

Association de victimes, l’APEV n’a pas la prétention de se substituer à des organismes plus structurés, composés de professionnels. Nous voulons être force de propositions, à partir de notre vécu face à la Justice.

Ensemble, nous élaborons des propositions :

Nous demandons l’équilibre du droit des victimes et de celui des délinquants, du droit de la partie civile et celui de la défense, dans toutes les phases de la procédure. Nous demandons la mise en place de moyens de lutte contre la récidive et la prise en charge des agresseurs sexuels et des pédophiles.
Nous demandons la mise en place de moyens pour la recherche des enfants disparus, et la lutte contre la criminalité.
Nous sommes maintenant régulièrement consultés par la commission des lois de l’Assemblée Nationale et du Sénat, et participons à des réunions de travail à la Chancellerie et au CNAV.

La recherche des enfants disparus

En plus du soutien des familles, l’APEV participe activement à la recherche des enfants disparus :
Diffusion de la photo des enfants disparus sur Internet et par voie d’affichage (accord avec la SNCF, la RATP, ADP, …)

Liaison avec l’OCDIP, l’Office Central pour les Disparitions Inquiétantes de Personnes

Création d’un réseau de policiers à la retraite bénévoles assurant le lien entre les enquêteurs et les familles.

L’APEV est partenaire du Centre National « SOS Enfants Disparus » qui met à disposition des familles un numéro de téléphone « Azur », le 0 810 012 014.

La prévention

L’APEV veut mettre l’accent sur la détection, par les enfants eux-mêmes, des situations à risques. Sans négliger le rôle important des adultes pour leur sécurité, il est indispensable d’apprendre aux enfants à détecter et à éviter les situations potentiellement dangereuses. Il s’agit d’aborder avec eux les risques d’agression comme on aborde les risques d’accidents.


Dans cette perspective, l’APEV :

  •       initie et participe à des programmes d’information dans les écoles, en collaboration avec les associations de parents d’élèves et des intervenants extérieurs,

 

  •       édite des documents de prévention : signet  » mes règles de sécurité » ayant reçu l’agrément du ministère de l’Education Nationale.

 

 

La sensibilisation des enquêteurs et des magistrats

Afin de faire comprendre l’attente des victimes, l’APEV intervient depuis de nombreuses années à l’Ecole Nationale de la Magistrature à Paris et à Bordeaux, aux centres de formation de la Gendarmerie Nationale et de la Police, et en milieu universitaire dans le cadre de nouveaux diplômes de victimologie. Elle participe à de nombreux colloques.

Nos interventions s’appuient sur un concept de base simple : la parole des victimes peut faire évoluer le regard des professionnels de la justice et modifier leur comportement dans l’exercice de leur fonction.

L’APEV est déclarée association de bienfaisance par arrêté préfectoral des Hauts-de-Seine. Elle a été l’une des 16 associations partenaires de la Grande Cause Nationale 1997 pour la protection de l’enfance maltraitée. Elle est membre du COFRADE qui veille à l’application et au respect par la France de la Convention Internationale de Droits de l’Enfant, et membre de la Fédération Européenne pour les Enfants Disparus et Exploités Sexuellement.

L’APEV travaille en étroite collaboration avec les associations d’aide aux victimes réunies au sein de l’INAVEM et de nombreuses associations en France et à l’étranger.

L’APEV est soutenue par le Ministère de la Justice et le Ministère de l’Intérieur, par le Conseil Régional Ile de France, par des municipalités et des sociétés, et plusieurs personnalités.

 Président de l’APEV : Alain BOULAY

L’APEV sur Internet : http://www.apev.org

Barbara, ses blessures d’enfance

Les mémoires posthumes de Barbara, Il était un piano noir, révélèrent une déchirure d’enfance, un lourd secret à porter. Même si cela transpire tout au long de son œuvre, l’artiste ne pourra jamais l’aborder franchement. « Des allusions très voilées », dira Marie Chaix, permettront à ses proches de sentir cette fêlure ineffaçable.

 

 
Marie Chaix : J’ai connu Barbara assez tôt, j’avais 22 ans. C’était en 1964-65, j’ai travaillé avec elle à partir de 66. Jamais elle n’a évoqué son passé de façon précise. Elle disait même à cette époque quand quelqu’un de l’extérieur lui en parlait : « je ne me souviens de rien, je n’ai pas eu de passé. Tout ce qui m’intéresse, c’est mon présent. Mon enfance ne m’intéresse pas ». Il y avait un refus de parler de l’enfance et des périodes très dures qu’elle avait traversées. Sur le plan privé, quand on était avec elle, bien sûr qu’elle racontait des choses mais il n’y a jamais eu de confidences directes. J’ai pu soupçonner des choses parce qu’elle était parfois dans des états d’angoisse et de dépression qui ne pouvaient pas venir de nulle part. Finalement, on savait qu’il y avait des choses…elle n’en n’a jamais parlé directement. A partir du moment où elle s’est mise à écrire ses chansons, malgré elle, les choses sont sorties. Du fait qu’elle s’exprime, ça l’a aidé à sortir de ses angoisses.
Je ne me serais jamais permise de parler de quoique ce soit.
Si on fait allusion à l’inceste, si elle ne l’avait pas raconté elle-même dans ses mémoires, malheureusement posthumes, … Ce que j’ai regretté, c’est qu’elle ne soit plus là quand le livre est sorti, parce que ça aurait été intéressant de voir comment elle aurait réagi. Qu’aurait-elle pu en dire ?

Valérie Lehoux : Je n’arrive pas à m’imaginer Barbara en parler. Je n’arrive pas à concevoir Barbara vivante après la sortie de ses mémoires, assumer cette chose-là,…

Marie Chaix : Si .. c’est une question que je pose. Je pense que si elle avait choisi de l’écrire, elle savait bien que ça allait devenir public. Et je ne l’imagine pas publiant ce livre et disparaissant,  refusant de répondre aux questions. Je pense qu’elle aurait mis autant de franchise à en parler qu’elle avait eu de sincérité à l’écrire. On ne peut l’imaginer puisque çà n’a pas eu lieu mais je pense qu’elle aurait été formidable. Je pense aussi que c’était le moment pour elle de parler ouvertement des choses. Elle se serait peut être lancée dans la défense des enfants humiliés, comme elle s’était jeté dans la lutte contre le sida. Je pense qu’elle aurait pris çà comme une nouvelle cause. Elle était témoin de quelque chose de grave qui lui était arrivé, qu’elle avait mis près de 60 ans à pouvoir exprimer elle-même.

Valérie Lehoux : Ceci dit les enfants maltraités, elle s’était aussi engagée depuis longtemps, dans l’ombre, pour cette cause-là, pas forcément les enfants victimes d’inceste. Même si le thème de l’enfance n’est pas un thème extrêmement fort dans l’œuvre, il revient régulièrement et on sent que c’est quelque chose qui la touchait beaucoup.

Marie Chaix : Je pense que si ça la touchait tellement c’est qu’il y avait une blessure d’enfance. C’était un domaine très sensible. Il y eut quelques chansons à travers lesquelles on pouvait quand même comprendre que cela avait été très dur.

Valérie Lehoux : Je me suis toujours posé une question : dans tes deux livres, tu racontes cette scène, quand elle revient à Saint Marcellin, une ville ou elle a vécu les dernières années de la guerre et où l’inceste avait encore lieu, elle y revient à la faveur d’une tournée, elle s’y arrête. C’est elle qui demande à faire le détour par Saint-Marcellin (en Isère : ndlr) …

Marie Chaix

Valérie Lehoux : Que ressent-on quand on est l’assistante de Barbara, qu’on est dans la voiture à côté d’elle, qu’on a 23-24 ans et qu’on la voit, qu’on voit sa patronne qui n’était pas n’importe qui, sortir, aller voir la maison, se mettre à pleurer et ne pas dire un mot. Qu’as tu compris ce jour-là ?

Marie Chaix : Quand j’y pense maintenant je devais avoir l’impression d’être dans un film…c’était assez irréel. Au quotidien, on avait tellement l’habitude qu’elle nous fasse des trucs bizarres, je crois que j’étais très émue d’être dans un lieu où elle avait passé une partie de son enfance, où elle avait souffert aussi. Mais c’est vrai que je ne me rendais pas compte à ce moment-là de la violence de ses sentiments et de ses souvenirs. J’étais jeune. Aujourd’hui, je me dis que c’est dommage que je n’ai pas tenu un journal. Cette scène-là, le souvenir est quand même assez précis. Je regrette beaucoup de ne pas me souvenir de tout ce que Barbara a pu me raconter, parce qu’elle m’en a raconté beaucoup. Je n’avais pas l’intention à cet époque là, d’être écrivain.

Valérie Lehoux : Il y avait quelque chose aussi de difficile, dès que les journalistes essayaient de l’interroger sur son passé, elle fermait la porte d’une façon phénoménale. Est-ce que c’était instinctif, était-ce quelque chose qu’elle ressentait complètement ? Il y avait de la violence quelque part. En général, elle refermait la porte de façon polie, mais pas toujours.

Marie Chaix : Il y a une archive précise qu’on a vu plusieurs fois à la télévision, où elle est en Belgique. Une des premières fois où elle est revenue en tant que chanteuse connue. Parce qu’elle avait eu dans ce pays, une période de vache enragée et d’insuccès. Elle revient et il y a un charmant journaliste qui demande à Barbara quelle impression cela lui fait d’être à Bruxelles, elle répond : « aucune impression du tout ». Il insiste et lui rappelle qu’elle a eu une vie difficile ici. « Je ne me souviens de rien et de toute façon, je ne vous dirai rien. Tout ce que j’ai à dire est dans mes chansons et je vous prie de ne pas me poser ce genre de question ». C’est un exemple et c’est arrivé très souvent. Elle avait un côté agressif, brutal. C’était quelque chose comme

 

« Il était un piano noir… » 1998 editions  Fayard

Extrait:

« J’ai de plus en plus peur de mon père. Il le sent. Il le sait. J’ai tellement besoin de ma mère, mais comment faire pour lui parler ? Et que lui dire ? Que je trouve le comportement de mon père bizarre ? Je me tais. Un soir, à Tarbes, mon univers bascule dans l’horreur. J’ai dix ans et demi. Les enfants se taisent parce qu’on refuse de les croire. Parce qu’on les soupçonne d’affabuler. Parce qu’ils ont honte et qu’ils se sentent coupables. Parce qu’ils ont peur. Parce qu’ils croient qu’ils sont les seuls au monde avec leur terrible secret. De ces humiliations infligées à l’enfance, de ces hautes turbulences, de ces descentes au fond du fond, j’ai toujours resurgi. Sûr, il m’a fallu un sacré goût de vivre, une sacrée envie d’être heureuse, une sacrée volonté d’atteindre le plaisir dans les bras d’un homme, pour me sentir un jour purifiée de tout, longtemps après. »

Barbara

Barbara – L’aigle noir

Carole Roussopoulos, la dame à la caméra

La dame à la caméra

par Véronique Ribordy pour

La Médiathèque Valais-Martigny présente trois films de Carole Roussopoulos à l’occasion du don de ses archives filmées à l’état. Caméra au poing, Carole défend les droits humains depuis trente ans.

La Médiathèque Valais rend hommage à la cinéaste Carole Roussopoulos lundi soir, à l’occasion du dépôt de l’entier de son oeuvre. La Cinémathèque française a consacré un cycle l’été dernier à cette cinéaste et vidéaste d’origine valaisanne. Carole Roussopoulos, née de Kalbermatten, se bat caméra au poing pour la défense des plus faibles. Elle s’est attaquée à tous les tabous, avec toujours le souci d’être au plus près de la vérité en mettant en lumière la parole des témoins, des «sans-voix».

Femme de gauche, femme engagée, elle a mis en lumière les tabous de la société occidentale, en particulier les violences faites aux femmes, mais aussi les violences envers les détenus, les mourants, les exclus, etc.

 

La parole des sans-voix

Dans ses films n’interviennent que des témoins directs. Avec son dernier documentaire, consacré aux mutilations génitales féminines, elle finit même par s’effacer totalement et laisse la caméra à ses témoins, Fatiya et Sarah, qui deviennent réalisatrices de leur propre témoignage. Chaque victoire est sa victoire. Elle se réjouit que plusieurs pays aient déjà interdit l’excision clitoridienne (l’Égypte vient de légiférer après la mort d’une fillette de 12 ans), mais elle connaît aussi les croyances et les réalités sociales complexes auxquelles se heurtent ces pratiques. Les Africaines ne sont plus les seules concernées: «Ces femmes sont désormais Suisses. Nous avons des Suissesses excisées. Comment dès lors parler d’intégration quand ces filles ne peuvent suivre un cours de gym ou doivent manquer l’école dix jours par mois pour des problèmes liés à leurs règles?» La sortie d’un documentaire de Carole fait souvent événement. En 2007, «Femmes mutilées, plus jamais» n’a pas fait exception, médias et politiques se sont emparés d’un sujet longtemps tabou. Les témoignages ont afflué, comme s’il suffisait d’ouvrir une porte.Bien avant de dénoncer les mutilations génitales des petites filles, Carole avait fait partie de ceux qui se sont battus pour lever le tabou de l’inceste, avec «L’inceste, la conspiration des oreilles bouchées» en 1988. Le film et les débats qui avaient suivi avaient provoqué une réflexion au sein du Gouvernement français. La société prendrait aujourd’hui conscience de la gravité des mutilations génitales féminines, comme elle a pris conscience des enjeux de l’avortement, de la prostitution ou du viol: «Dans cinquante ans, ce problème de mutilations génitales féminines sera éliminé. Un film ne fait pas changer les choses, mais il fait partie d’un courant qui finit par faire changer les choses.»

Arwenn Simon

Gros coup de cœur pour cette femme née en 1982. Auteur d’un livre témoignage bouleversant sur l’inceste, le viol et la torture, une descente aux enfers, du vécu, hélas…

 

Voici sa présentation :

« Je suis née en 1982, en 1989 il me tuait. Il ne m’a pas tué physiquement mais psychologiquement. Violée. Torturée. N’être plus qu’une chose. Déshumanisée. La vie telle qu’on la conçoit n’avait plus de sens pour moi, je n’y avais plus ma place. Quand enfin tout c’est arrêté, j’ai pensé renaître mais je n’ai fais que survivre. Le silence. Personne n’a jamais su, je n’ai jamais rien dit.
Il avait commencé à me détruire, j’ai achevé son travail. La boulimie, l’anorexie, la drogue, la prostitution, les tentatives de suicides… Mon autodestruction était en marche. Je pensais que rien ne l’arrêterait.

Puis, il y a eu cette rencontre vitale: L… Mon meilleur ami, mon amant, le premier homme en qui j’avais confiance. Le premier homme à qui j’ouvrais mon cœur.
A l’âge ou d’autres fêtent leur majorité, je commençais à renaître.
Les cycles de destructions sont revenus. Insensible à mes larmes internes, insensibles à cette envie d’enfin vivre.
Et puis il y eu A…… Il me fallut cette deuxième rencontre aussi dévastatrice que belle pour que tout reparte à zéro.
J’ai fais taire mes démons internes et je me suis battu. Je me suis battu pour un homme, pour vivre et ne plus survivre.
Pas de procès, pas de psychologue. Ma thérapie est ce livre-témoignage que j’ai porté comme l’on porte un enfant.
Il me fallut mûrir cette décision telle une grossesse. Merveilleuse et effrayante à la fois.
L’écrire m’ébranla, remis en cause tout ce pour quoi je m’étais battu. L’accouchement fût long, pénible et douloureux mais tellement libérateur.
Une seule pensée m’obsédait pendant tout ce temps. Je me disais que si une seule jeune fille pouvait oser parler après m’avoir lu, alors j’aurais gagné.
Je fais ce livre comme une main tendus vers cette gamine imaginaire, il n’y a que peu, j’ai compris que cette fille, c’était moi.
Aujourd’hui m’a vie peut se conjuguer au présent, le passé et son imparfait n’ont plus de prise sur moi. Je peu enfin me consacrer à aider les autres.
J’envoie un message d’espoir à chaque victime. La route est longue, pleine d’embuche, de douleur mais au final, elle est belle la vie. »

Son livre :

 P’tite fée, une descente aux enfers

« Je suis chiante à vous rentrer dedans dès le début ? Si c’est ce que vous pensez, n’allez pas plus loin… Je ne fais que commencer ! »

P’tite fée, c’est le parcours d’une enfant qui a grandi trop vite, et d’une femme qui a été détruite par la peur et la souffrance. Avec une plume sans concession, ce témoignage bouleversant montre la déshumanisation progressive d’un être à qui on a tout pris. Si la réalité ne vous fait pas peur, plongez-vous immédiatement dans le récit de ce combat pour la survie.

P’tite fée, une descente aux enfers-Editions Thélès isbn: 978-2-303-00062

Son blog : Arwenn Simon

Louise Lou Larouche, une mini-femme de papier

Par Alain Bouchard journaliste

Le Soleil-Québec

686-3394
1-866-686-3394

«Il y a plein de corneilles à cette hauteur. Et mois je suis une colombe…» C’est ainsi que Louise Lou Larouche me présente son «gratte-ciel» de huit étages, coin Chouinard-chemin Sainte-Foy, en surplomb du parc des Braves, en haute-ville de Québec.

 

Louise Lou Larouche

« Il y a plein de corneilles à cette hauteur. Et mois je suis une colombe… »

Pour cette mini-femme de cinq pieds un pouce, 107 livres, presque un personnage de papier comme celui qui constitue son univers de poésie, huit étages constituent un gratte-ciel de la même manière qu’une pièce unique constitue un appartement et qu’une invitation à réciter un poème constitue un événement inscrit dans son curriculum vitae.

Louise Larouche, 62 ans, a choisi de voir les petites choses en grand, peut-être à cause des six dépressions qui lui ont fait passer sa vie en psychothérapie, et peut-être surtout à cause de l’inceste dont elle a été victime, à bas âge. dans son village de Charlevoix, et dont elle parle à mots couverts dans sa poésie. C’est la première fois qu’elle le révèle à un journaliste… en espérant, sans le dire, qu’il ne s’étende peu là-dessus. Le drame est trop saillant.

Les yeux de Louise Larouche ont l’air de se chercher une couleur de la même manière que la dame a l’air de se chercher une vie qui soit la plus vivable possible. Bruns? Vert foncé? Noisette pâle? Heureuse? Survivante? Miraculée?

La douce colombe échappe soudainement un calice! particulièrement surprenant. «Je sacre, vous savez! Et ça veut dire que je suis alors très enragée.» Le calice! accompagne le chapitre de son mariage après un concubinage d’un an, dans la rue Saint-Jean. «Rien n’est plus pareil après le mariage!» dira-t-elle.

 

Vieille à 15 ans

Le destin de la petite fille paraît pourtant prometteur. Elle a un grand-père commerçant qui va même à Paris en bateau. Elle a un père courtier d’assurances plutôt prospère. Elle est septième d’une famille de 11, pour qui croit au lucky seven.

Mais tout bascule lorsque sa mère meurt d’un cancer lors-qu’elle a 15 ans seulement. «Maman est tout à coup apparue puis disparue en même temps, raconte-t-elle. Elle est revenue de l’hôpital dans un cercueil. Puis elle est disparue sous la terre.» C’est à ce moment que Lou commence à écrire, question de trouver de l’air à respirer.

La petite fille lunatique qui contemplait l’univers sur le bord de la fenêtre de l’école ou de la maison devient brusquement une femme responsable de la maisonnée. Elle arrête l’école durant sept ans pour «faire son devoir». Elle va même aux réunions de parents, imaginez!

Pas étonnant qu’elle devienne plus tard assistante cheftaine chez les Louveteaux, et qu’elle soit la déléguée des élèves pour planifier la pastorale avec les
notables de la place. «J’étais tellement Jeanne d’Arc que je voulais en plus devenir travailleuse sociale.»

Elle prend pension à Giffard pour compléter sa 12e année à l’âge de 22 ans. Après quoi elle devient secrétaire juridique et passe 25 ans au service du contentieux du gouvernement provincial… où son patron est son amant dans le même secret qu’un homme adulte avait antérieurement été son violeur.

Elle se marie à 26 ans mais ne veut pas d’enfant. «J’en avais suffisamment eus!» lance-t-elle.

Elle se sépare huit ans plus tard, déménage dans son gratte-ciel pour guérir sa peine, se fait ligaturer en 1978 et plonge dans l’amour libre de l’époque Flower Power. Un de ses frères meurt alors du sida, comme quoi cet amour libre peut avoir un prix fatal.

 

Ultime séparation

Elle en est maintenant à son troisième séjour dans le fameux gratte-ciel. «C’est chaque fois pour me guérir de quelque chose, dit-elle.

Et elle y fait des «stages» de sept ans. Le deuxième a commencé en 1994; et le troisième, l’actuel, en 2006, alors qu’elle s’est séparée de sa famille une fois pour toutes. «Certains membres ont tenté de renouer. Mais il me fallait sortir de l’horrible chaîne pression-oppression-dépression-suppression. Le moindre contact avec ma famille et ma région me donne des migraines.»

Un grand lit rose gît au milieu de son petit studio. Une petite table ronde surmontée d’un archange en plâtre et d’une petite lampe constitue son lieu de création. Des disques de Diane Dufresne et de Cloé Sainte-Marie reposent sur une étagère. Sur le mur principal, toutes sortes de petits objets ou de petites gravures hétéroclites : des bouts d’écorce de boulot; des débarbouillettes disposées en triangles supposément décoratifs, une photo de Gabrielle Roy, des petits anges en carton, même quelques photos de famille malgré tout.

Louise Lou Larouche est retraitée depuis l’âge de 50 ans. Quand elle n’écrit pas, elle recycle des vêtements, fait ses marches et ses courses. Elle ne peut avoir de chien, ni de chat, ni de ventilateur à cause de son asthme.

C’est à travers cet univers corseté que se faufilent les poèmes L’Élan, Île Rosée Turquoise, Vibration Lumineuse, Goût de vivre, Célébration de l’Espoir, Lumière dansante, Rêvance, Marie L’Eau, L’Aube du Levant, Infinitude, Le Temps qu’il faut, Les Vagues du cœur, Renaissance, et les autres…

Tous nos remerciements à l’auteur.

Plus d’info: Notice biographique

 

 

Lydia Cacho

Lydia Cacho, héroïne pour les Mexicaines

 

 

 Légende : En décembre 2005, Lydia Cacho est poursuivie pour diffamation         Légende : La Mexicaine est l’une des figures d’une manifestation organisée contre les violences faites aux femmes, en juin 2006, dans la capitale.

 

Légende gauche : En décembre 2005, Lydia Cacho est poursuivie pour diffamation après avoir accusé un industriel de pédophilie.

Légende droite: La Mexicaine est l’une des figures d’une manifestation organisée contre les violences faites aux femmes, en juin 2006, dans la capitale.

La mort aux trousses

Au Mexique, elle lutte contre les pédophiles, contre les maris violents, mais, dans ce pays gangrené par la corruption, la journaliste Lydia Cacho a payé dans sa chair son goût de la justice. Rencontre avec une héroïne menacée.

Patricia Gandi

Source:  Elle.fr

 

Elle a été emprisonnée, torturée, elle est menacée de mort, mais elle est aussi reconnue, embrassée, félicitée, dans les rues de la capitale mexicaine comme du plus perdu des villages. Dans un pays gangrené par la violence et la corruption, Lydia Cacho, 45 ans, a eu le cran de dénoncer des pédophiles protégés par des responsables politiques, des policiers, des hauts fonctionnaires, et elle s’apprête à publier, au terme d’une longue enquête menée en Europe, en Asie centrale, au Japon et en Thaïlande, un livre sur les réseaux internationaux de la prostitution. Elle a aussi créé à Cancún, où elle vit, un refuge pour les femmes maltraitées, qu’elle va souvent chercher elle-même, sans crainte d’affronter des maris armés.

 

Rattrapée par le militantisme

Pourtant, il y a vingt ans, Lydia avait quitté Mexico, trop agité à son goût, pour la côte caraïbe du Yucatán, espérant se consacrer à la poésie et à la plongée sous-marine. « J’ai été rattrapée par le militantisme familial », sourit-elle. Son grand-père portugais avait lutté contre la dictature de Salazar, avant de se réfugier au Mexique avec sa femme, une Française, et ses enfants, dont la mère de Lydia, qui devint psychologue auprès des enfants des rues et tentait d’aider les femmes broyées par une société hyper-machiste. Très tôt, elle a demandé à sa fille de l’accompagner. « C’était une folie, concède cette dernière. Je côtoyais des ados faméliques, qui sniffaient de la colle, se droguaient. Ma mère me signifiait : “Adulte, il faudra te préoccuper de justice !” Mais, à 18 ans, j’étais tellement fatiguée de ce pays que je l’ai quitté pour la France. »

 

 

Défendre les femmes

Étudiante à la Sorbonne, la jeune fille est rapatriée un an plus tard, gravement malade. « Une tumeur, précise-t-elle. Je devais mourir. Quand je m’en suis sortie, j’aspirais à une existence paisible, près de la mer. » Cancún, donc. Elle y rencontre un homme qui a les mêmes rêves, l’épouse, mais ne se contente pas de vivre d’amour et d’embruns. Engagée dans le journal local pour tenir la rubrique « Culture », elle dévie très vite vers la défense des droits des femmes.

Son charisme est tel qu’on lui demande d’animer une émission à la radio et à la télévision. « Des femmes venaient au studio, à l’improviste, pour raconter ce qu’elles enduraient et demander du secours, se souvient Lydia. La police ne prenait pas en compte leurs plaintes, même quand elles étaient rouées de coups, blessées à la machette. Je ne savais pas quoi faire pour elles. Jusqu’au jour où j’ai moi-même subi l’horreur. »

 

Agressée et violée…

En 2002, au retour d’un reportage, elle est agressée et violée dans une station d’autobus. Une hanche, un bras et des côtes cassés. « Mon couple n’a pas résisté au choc, mais ma famille, mes amis m’ont été précieux », observe-t-elle. Avec ses fonds propres et des dons, elle décide d’ouvrir un refuge pour celles qui veulent échapper à l’enfer. Loin des somptueux hôtels qui longent la plage de Cancún, le CIAM (Centro Integral de Atención a las Mujeres) est une maison discrète, où une soixantaine de résidentes, assistées de psychologues, d’avocats, de travailleurs sociaux, pansent leurs plaies et leurs peurs, reprennent des forces, suivent une formation, pour bâtir une nouvelle vie.

 

Lutter contre les maris violents

« Il a fallu équiper le centre de murs électrifiés, de caméras de surveillance, et former le personnel à résister à des attaques, constate Lydia. Souvent, les maris brutaux appartiennent à des bandes de criminels. L’un d’eux a voulu récupérer sa femme avec un fusil à canon scié. Les policiers ont refusé de s’en mêler. C’est le ministère de la Justice qui les a fait bouger quand je l’ai appelé. Mais ils ont laissé l’homme s’échapper. La police reçoit beaucoup d’argent des voyous pour les laisser tranquilles. »

 

En guerre contre la pédophilie

En octobre 2003, une adolescente frappe à la porte du CIAM. Elle raconte qu’elle, sa soeur et sa cousine sont violées depuis l’âge de 8 ou 9 ans, par un hôtelier de Cancún, Jean Succar Kuri. Lydia, qui, tout en dirigeant le refuge, n’a jamais cessé d’être journaliste, se lance dans une enquête. Elle met au jour un réseau de pédophiles impliquant des hommes politiques, des industriels, des narcotrafiquants… En 2005, elle publie un livre accusateur : « Les Démons de l’Eden »*. Ce qu’elle va payer chèrement.

Le matin du 16 décembre, elle est arrêtée par la police et jetée dans une camionnette. On lui explique que le propriétaire d’une entreprise textile de Puebla, Kamel Nacif, a porté plainte contre elle, parce qu’elle l’a mis en cause, et qu’elle va devoir en répondre. « Nous avons roulé vingt heures, durant lesquelles deux hommes en civil m’ont insultée, frappée, souillée, rapporte-t-elle. Ils se sont arrêtés sur un quai, me faisant comprendre qu’ils allaient me noyer. Après un simulacre d’assassinat, nous sommes repartis, et ça a continué : les deux hommes pointaient leur revolver sur mon visage ou sur mon sexe. Au matin, j’ai été emprisonnée à Puebla, à 1 500 kilomètres de Cancún. »

Les amis journalistes de Lydia, dont son nouveau compagnon, directeur de l’un des plus grands quotidiens mexicains, « El Universal », remuent ciel et terre. Dans tout le pays, son enlèvement fait l’ouverture des infos de 20 heures. Le lendemain, une juge ordonne sa libération.

* Ed. DeBolsillo, Mexico. Lydia Cacho a également publié chez le même éditeur « Mémoires d’une infamie ». Non traduits en français.

 

Le scandale s’amplifie

Mais le scandale s’amplifie, car les commanditaires de l’expédition punitive se révèlent être l’industriel Kamel Nacif et son ami le gouverneur de l’Etat de Puebla, Mario Marín. « L’épouse de Nacif avait réalisé des enregistrements de conversations téléphoniques, explique Lydia. Elle les a donnés aux médias parce qu’elle savait tout des agissements pédophiles de son mari, qui, par ailleurs, la battait. Ensuite, elle a pris la fuite. » Lydia porte plainte contre les deux hommes. En pleine campagne présidentielle, une tempête politique se déchaîne. La presse titre : « Lydia Cacho fait trembler le pouvoir ».

Mais le PRI, le parti de Mario Marín, est utile au président Felipe Calderón, qui sera élu de justesse. Le gouverneur ne sera donc pas inquiété. Seul le Congrès mexicain intervient pour soutenir Lydia et demander que la Cour suprême soit saisie. Cette haute instance ne reconnaîtra pas que les droits de la plaignante ont été violés.

Elle se réjouit tout de même : « Sur les dix juges, quatre ont voté en ma faveur. Il y a dix ans, j’aurais été assassinée sans autre forme de procès. Et puis, l’hôtelier Jean Succar Kuri a été condamné à vingt ans de prison. Kamel Nacif, qui s’était exilé aux Etats-Unis, est détenu là-bas en attendant une extradition. Les enfants victimes de pédophiles osent maintenant parler et sont plus facilement écoutés par la justice. »

 

Héroïne menacée

Pendant trois ans, la journaliste a bénéficié de gardes du corps, quatre agents fédéraux qui la suivaient partout, et d’un fourgon blindé pour se déplacer. Mais, ainsi escortée – surveillée –, elle ne pouvait plus rencontrer ses informateurs, n’avait plus de liberté de manoeuvre. Alors, elle y a renoncé et, malgré les menaces de mort qui continuent de lui parvenir, malgré les conseils qui lui enjoignent de fuir ce pays où de nombreux journalistes sont régulièrement abattus, Lydia Cacho continue le combat.

 


Son site internet

En lire plus…

 


 

Lydia Cacho, Trafic de femmes. Enquête sur l’esclavage sexuel dans le monde, Nouveau Monde Éditions, 2011, 320 p., ISBN : 9782847365597.
Notice publiée le 19 mai 2011

 

Ludovic Lefebvre

L’Outrelois raconte son calvaire dans un livre

« Victime d’un médecin pédophile »

 

Ludovic Lefebvre promet: «Je ne lâcherai pas. Il est important que mon agresseur soit traduit en justice.»

 

Ludovic Lefebvre a brisé un terrible silence : entre 1984 et 1989, il aurait été la victime d’un couple pervers. Aujourd’hui, il se bat pour sortir le dossier des oubliettes de la justice

 

Les cheveux mi-longs qui couvrent la nuque, la chemise impeccablement repassée qui dépasse d’un pantalon coupe droite, chaussures cirées.

.. La carapace « bobo » ne fait pas illusion bien longtemps et peine à masquer des blessures bien plus profondément enfouies. Sorti de l’enfer, Ludovic Lefebvre a noirci des pages pour en tourner une de sa vie, pesante. Entre 1984 et 1989, derrière les murs d’une villa cossue d’Hardelot, Ludovic Lefebvre a été la proie sans défense d’un couple de pédophiles. Enfin… aurait été, puisque les faits, prescrits, n’ont jamais fait l’objet d’un procès devant une cour d’assises. Mais aujourd’hui, Ludovic Lefebvre met tout en oeuvre pour relancer la machine judiciaire.

Ludovic Lefebvre a 15 ans quand il tombe dans les griffes de ses agresseurs présumés. Adolescent turbulent, l’Outrelois multiplie les écarts. « Le petit con intégral », concède-t-il aujourd’hui, à l’orée de la quarantaine. Sa mère, qui l’élève seule, est une victime collatérale des exactions de l’ado intenable. « Désespérée », elle s’en remet au médecin de famille qui se propose d’héberger quelque temps Ludovic à son domicile. Louable dévotion qui cache une tout autre intention…
Sans arme mais avec son bagage, Ludovic débarque chez le praticien. À l’époque, le médecin a son cabinet à Outreau.
Très vite, docteur Jekyll devient Mister Hyde. Et Madame s’en mêle. Ludovic devient l’exutoire des déviances sexuelles du couple malsain. Un joujou, ni plus ni moins. Les soirées beuveries se terminent en orgie contre le gré d’un des participants.
« J’étais à l’internat, donc la semaine, ça allait à peu près, mais je ne pouvais me confier à personne. À cet âge-là, on joue les durs. La honte fait qu’un garçon ne dit pas à ses copains qu’il a été violé. Mais quand arrivait le week-end, je savais ce qui m’attendait… » Et un beau jour, même le répit de la semaine s’envole : le docteur change Ludovic d’école et l’inscrit à Mariette. « Là, j’ai su que les viols, ce serait tous les jours », souffle-t-il.

Un procès pour thérapie

Ludovic sombre. Mentalement et physiquement puisqu’il se réfugie dans l’alcool et la drogue. Un paradis artificiel pour oublier l’enfer. Au bout de cinq ans d’une chute vertigineuse, Ludovic trouve la parade et ment pour s’extirper de la toile d’araignée : « Je lui ai dit que j’étais séropositif ; il m’a viré de chez lui, j’étais devenu inconsommable. » Commence un long combat pour faire reconnaître la culpabilité de ses agresseurs. Il porte plainte en 1996. Mais le chemin qui mène à sa vérité est semé d’embûches. De « plaintes… égarées » en contradictions judiciaires, Ludovic a l’horrible impression que « la machine met tout en oeuvre pour étouffer l’affaire. » En 2004, Bertrand Diet, juge d’instruction au tribunal de Boulogne, demande le renvoi du docteur et de son épouse devant la cour d’assises du Pas-de-Calais. Peine perdue : les faits sont prescrits. Pourtant, plus tard, Ludovic obtient une indemnisation… en tant que victime.
Surtout, le justiciable craint que son histoire n’ait pas survécu à l’affaire d’Outreau. Difficile de remettre en cause « un notable » dans une affaire présumée de pédophilie après le cataclysme judiciaire provoqué par Outreau… Il s’est adjoint les services de deux avocats pour tenter de sortir son histoire des oubliettes judiciaires.
Quoi qu’il advienne, Ludovic promet qu’il ne lâchera pas. « C’est important qu’il se retrouve à la barre d’un tribunal, j’en ai besoin », pointe-t-il.
Ne serait-ce que pour tenter de panser les plaies qui peuvent encore l’être.

par Mickaël TASSART
Source: La semaine dans le Boulonnais