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27-05-2012
 
 
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La medecine La medecine - Tous les Articles (6)

Désordre chez les psy

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Dans cet état des lieux, la psychanalyse mérite d’occuper une place à part. Cette méthode d’analyse psychologique inventée par Freud au tournant du XXème siècle a connu un essor fulgurant jusque dans les années cinquante. Conçue pour traiter certaines névroses, elle a été utilisée dans la plupart des troubles mentaux. Elle a également investi un grand nombre de disciplines, de la littérature à la philosophie en passant par la psychologie, la sociologie, l’anthropologie, la théologie, les sciences politiques et même l’économie.

Mais à force de promettre et de ne pas livrer la marchandise, la psychanalyse a été remise en question. La psychiatrie nord-américaine lui a tourné le dos, les universités s’en méfient et la confinent dans des créneaux de plus en plus étroits. Seules l’Europe et l’Amérique latine restent encore sensibles à son charme. Des dizaines de milliers de cliniciens continuent d’offrir leurs services et leur écoute à des clientèles malades de leur inconscient.

La France qui avait accueilli la science freudienne avec un peu de retard lui a ensuite témoigné intérêt et fidélité. Une école spécifiquement française y a vu le jour, inspirée par un théoricien distingué, Jacques Lacan. Mais même dans sa citadelle gauloise, la psychanalyse est aujourd’hui attaquée. On lui reproche de ne pas se soumettre à des évaluations objectives de son efficacité. On menace de l’exclure du champ des psychothérapies « validées ».

Une loi récente a voulu la contraindre à plus de rigueur et de transparence. On a voulu la discipliner, la mettre sous tutelle. Les psychanalystes français se sont mobilisés et ont réussi à échapper au contrôle de l’État. Mais pour combien de temps? Une nouvelle offensive a été lancée contre elle par des écoles de pensée concurrentes. La publication d’un Livre noir de la psychanalyse cherche à saper sa crédibilité en présentant son fondateur comme un menteur et ses praticiens comme des charlatans. Cent ans après sa naissance, la psychanalyse doit de nouveau lutter pour défendre son honneur et sa légitimité.

Une logique marchande

Reste la psychopharmacologie. Le psychotrope est devenu aujourd’hui l’enfant chéri de la psychiatrie, son emblème, son outil de prédilection. Pour les compagnies pharmaceutiques, le médicament est au centre d’un marché qui génère des profits considérables et qui justifie un effort de « marketing » au moins aussi important que celui de la recherche.
Un mot sur la puissance financière de ces entreprises. Un nouveau médicament est considéré comme un « bon vendeur » quand il génère des recettes de plus de cent millions de dollars au Canada et, pour les États-Unis, de plus de un milliard de dollars américains. Ceci pour un seul médicament! Cette opulence permet à cette industrie d’occuper une position privilégiée dans les deux domaines stratégiques que sont la recherche et l’éducation médicale. Autrement dit, les compagnies pharmaceutiques contrôlent partiellement le contenu de l’information scientifique (sur les médicaments) et la transmission de cette information aux médecins.

Une entreprise privée a pour vocation de produire des bénéfices. Aussi bien intentionnée soit-elle, elle va chercher, dans la méthodologie des études cliniques et la présentation des résultats, à favoriser ses produits. Quand un représentant pharmaceutique visite un clinicien, il tente invariablement de le convaincre de la supériorité de sa marchandise.

La publicité sur les médicaments d’ordonnance, autrefois réservée aux seuls professionnels (médecins, pharmaciens etc.) vise progressivement l’ensemble des consommateurs. Des messages explicites apparaissent dans les médias pour suggérer la prise de médicaments dans des situations comme la dysfonction érectile ou la dépression.

La grande force de l’industrie pharmaceutique est de suivre sa logique propre qui n’est pas fondamentalement celle de la science même si elle en dépend. Cette logique est marchande mais aussi religieuse, une religion prémessianique, annonçant et retardant sans cesse l’atteinte de son but ultime et paradisiaque, le bien-être absolu et peut-être éternel.

Il faut, pour prendre la mesure de ce phénomène, avoir assisté aux lancements planétaires de nouveaux médicaments, à ces grandes messes qui réunissent, lors de certains congrès internationaux, des milliers de médecins venus du monde entier. Les palais des congrès des grandes métropoles sont devenus les nouveaux temples de la croyance au progrès, à la science, au bonheur mais aussi aux perspectives de croissance illimitée de cette industrie.

Avec le temps et avec l’âge, le médecin prescripteur finit par s’interroger sur la réalité des progrès accomplis. Il y a eu et il y aura encore des découvertes utiles qui amélioreront l’efficacité des traitements et le bien-être des patients. Mais pour une découverte utile, combien de fausses rumeurs qui ne tiendront pas leurs promesses mais qui feront prescrire, pendant des années et à des coûts de plus en plus élevés, des produits nouveaux qui ne sont pas vraiment supérieurs aux anciens?

Deux statistiques contradictoires vont permettre de conclure sur ce point. Certaines recherches prétendent qu’une majorité de déprimés et d’anxieux (jusqu’à 80 %) n’ont pas accès à des traitements pharmacologiques satisfaisants. D’autres, au contraire, affirment qu’un grand nombre de personnes (jusqu’à 80 % là aussi) prennent inutilement des agents psychotropes.

Où est la vérité? Est-il possible que ces deux statistiques soient vraies toutes les deux? Cela voudrait dire qu’une majorité de déprimés ne prennent pas d’antidépresseurs mais qu’un pourcentage élevé de ceux qui en prennent, ne sont pas vraiment déprimés (au sens médical du terme). Un fait semble avéré. L’ère psychopharmacologique n’a pas vu s’infléchir un des principaux indicateurs de la souffrance humaine qu’est le suicide. Si, comme le pensent les psychiatres, le suicide est souvent la conséquence d’un trouble dépressif, il faut s’interroger sur l’inefficacité des traitements (jusqu’à présent en tout cas) dans la prévention de ce fléau.

Mais pourquoi, au fond, s’inquiéter de ces paradoxes? Les médecines alternatives ne sont-elles pas, elles aussi, en pleine expansion? Des millions de gens souffrants font appel à elles. L’homéopathie génère également des profits considérables. Sur un plan scientifique, ces produits sont rigoureusement inefficaces. En tout cas pas plus efficaces qu’un placebo dans les mains d’un prescripteur inspiré et charismatique. Étrange et fascinant pouvoir placebo qui, tapi derrière nos nouvelles idoles moléculaires, est capable à la fois d’augmenter nos taux d’endorphines et de stimuler notre économie!

L’inconscient freudien remis en question

La planète psy, on le voit, est soumise à bien des turbulences. Victime de préjugés tenaces mais aussi de coupures de budget, la psychiatrie institutionnelle ne sera bientôt plus qu’un souvenir d’époque. Mais les grandes maladies mentales n’auront pas disparu pour autant. La « libération des fous », revendiquée à hauts cris dans les années soixante, conduit aujourd’hui des centaines de jeunes schizophrènes à troquer leur statut de « patient asilaire » pour celui de « sans abri ». Le gain est relatif.

Les psychothérapeutes n’ont jamais été aussi nombreux et créatifs. L’offre de soins est généreuse mais le nombre de techniques proposées sans doute excessif. Il devient impossible, tant pour les patients que pour les cliniciens, de s’y retrouver, de discriminer les approches sérieuses de celles qui le sont moins.

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Si rivalités d’écoles et dogmatisme de pensée ont caractérisé un premier stade de développement de la psychothérapie, il importe maintenant de favoriser le rapprochement et les échanges. En psychologie plus qu’ailleurs, nous ne parvenons pas à atteindre des réalités naturelles préexistantes mais nous les appréhendons selon des théories, des catégories ou des modèles inventés par l’homme. La diversité est nécessaire mais elle doit être contrôlée.

La psychanalyse continue d’alimenter des débats passionnés entre ses adeptes et ses détracteurs. L’inconscient freudien est, pour certains, une vaste fumisterie; pour les autres, une zone d’ombres et de vérités cachées qui ne demandent qu’à être dévoilées. On raconte que le fondateur de cette discipline rêvait d’obtenir le prix Nobel de médecine mais qu’il a failli recevoir celui de littérature. L’écriture de Freud était lumineuse et séduisante comme l’était (et l’est toujours) celle de ses successeurs.

La psychanalyse reste aujourd’hui, pour ceux qui s’y risquent, une aventure individuelle à l’issue imprévisible, une forme de dialogue où les silences et les lapsus en disent davantage que les plus longs discours. On l’accuse de mille péchés, on lui prête des intentions malhonnêtes, des procédés douteux. On la dit menacée mais elle résiste aux critiques, aux affronts, aux tempêtes. Selon les circonstances, elle peut suivre les modes ou les fuir. Malgré tous les dangers qui la guettent, elle est trop enracinée dans notre culture pour disparaître.

Tout petit objet, le médicament psychotrope se prête, lui aussi, à bien des fantasmes et des manipulations. On le vénère et on le craint. On attend de lui des miracles mais il nous déçoit souvent. Comme toutes les idoles, on finit par s’en débarrasser jusqu’à ce qu’une angoisse soudaine et imprévue nous relance à sa poursuite.

Il se pare des habits de la science mais se joue des protocoles et des statistiques. Son pouvoir est imaginaire autant que biologique. Objet marchand, il mobilise des empires financiers. Objet insaisissable, il nous mène par le bout du nez, nous fait rêver et délirer, ce qui est un comble pour un psychotrope!

En crise d’identité et de croissance, en mal d’autorité et de repères, les psy cherchent à se reprendre en main, à s’organiser, à débroussailler le chemin. Ils n’ont jamais été aussi sollicités qu’aujourd’hui. On les consulte pour tout et n’importe quoi, tout en se méfiant de leur avis et de leur pouvoir. Soumis aux vents contraires de l’opinion, de la science et de l’industrie, ils naviguent à vue en cherchant à maintenir le cap, coûte que coûte, sans trop savoir où ils vont…


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1 Dans l\'histoire québécoise du spectacle, une place particulière est réservée à Alys Robi. Née le 3 février 1923 d\'une famille pauvre du quartier Saint-Sauveur à Québec, Alice Robitaille démontre dès son plus jeune âge un engouement et un talent certain pour le chant et le spectacle. Sous l\'impulsion des rêves de son père, pompier et lutteur, la petite Alice amorce une carrière artistique en présentant ses tours de chant lors de galas de lutte et en participant aux concours d\'amateurs Catelli. À six ans, elle est déjà un véritable phénomène.
(...)
Mais le poids de tout ce dévouement au monde du spectacle n\'ira pas sans heurts. Elle subit une grave dépression en 1948 et est internée pour une période de cinq ans dans un asile de Québec. Alice va donc vivre le double enfer de la maladie et d\'une carrière brisée. Mais sa grande force de caractère, qui lui avait permis d\'atteindre le sommet de la gloire, explique son incroyable retour dans l\'arène du show-business au milieu des années 50. C \'est sur la «Main», au «Casa

Source : Centre d\'histoire de Montréal.


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Le trompeur trompant sa trompée Souvenirs 1983




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La signification de la pédophilie

Boris Cyrulnik :

Pour aider les anciens enfants soldats à reprendre pied, le neuropsychiatre recommande un discours communautaire constructif, quitte à passer dans un premier temps par le déni des actes de guerre commis par l’enfant.

Quand on interroge Boris Cyrulnik sur les traumatismes propres à la guerre chez l’enfant, et sur les mécanismes pour s’en sortir, le neuropsychiatre précise d’emblée : « Il faut distinguer le trauma, qui est le coup subi par l’enfant dans le réel, du traumatisme, qui est la représentation qu’il se fait du coup, dans son esprit. Cette représentation dépend de lui mais aussi du discours de ses proches, du discours de la culture. Or on peut agir sur l’alentour. On peut faire comprendre à l’enfant qu’il lui est possible de récupérer ».

C’est ce travail qui déterminera si l’enfant prendra le chemin de la résilience ou bien si au contraire il s’engagera sur la voie du désespoir, de la violence, etc.

« Certaines cultures empêchent ou facilitent la résilience, poursuit Boris Cyrulnik. La cellule familiale européenne, comme celle dans laquelle ont grandi les enfants qui sortaient de la 2e guerre mondiale, est une prison affective où l’enfant n’a qu’une personne à aimer, en général sa mère. A l’inverse, dans certains villages du Nigeria, l’enfant profite d’une structure en étoile : les adultes se relaient autour de l’enfant blessé par la vie ».

Boris Cyrulnik remarque qu’on a beaucoup réfléchi sur l’enfant en lui-même mais trop négligé jusqu’à présent la réflexion sur le contexte, sur l’environnement dans lequel l’enfant évolue. Cette idée rejoint pourtant le souci actuel des programmes Unicef qui, eux aussi, accordent de plus en plus d’importance à la communauté dans la réhabilitation des anciens enfants soldats. Une simple formation professionnelle, individualisée, n’est plus considérée comme suffisante.

La majorité des enfants peut s’en sortir

« Je veux insister sur deux idées maîtresses, souligne Boris Cyrulnik : l’affection, qui signifie la banalité de la résilience, le fait que la grande majorité des enfants a vocation à s’en sortir. Ensuite le récit : la manière de parler à l’enfant, de l’amener à se représenter son trauma ».

Le neuropsychiatre explicite : « Je recommande d’agir comme s’il ne s’était rien passé. Personne n’est dupe, bien sûr. Mais c’est le moyen d’aider l’enfant à ne pas être réduit à une étiquette. Autrement il aura tendance à penser "Désormais, je ne peux être que mercenaire", ou, pour une fille, "Je ne peux être que prostituée". D’ailleurs je n’aime pas parler d’ "enfant soldat". Je préfère dire "enfant blessé". Dédramatiser : non. Déstigmatiser : oui. Rien n’est plus terrible pour un ex enfant soldat que d’être traité de monstre, ou encore – j’ai rencontré le cas – d’entendre devant lui un adulte déclarer "comment voulez-vous qu’il s’en sorte ?", y compris de la part des éducateurs sur qui il a besoin de s’appuyer ».

Boris Cyrulnik prend l’exemple de la Colombie. « Certains enfants des rues récupérés par les FARC sont heureux : en prenant les armes, ils ont trouvé un groupe. Jusqu’au jour où on leur demande d’aller se faire sauter avec un pain de plastic au jockey club de Bogota ».

Heureux ou malheureux, tous sont en danger. Pour les tirer de l’impasse, Boris Cyrulnik, encore une fois, met en garde contre la brutalité psychologique et cite en exemple la solution retenue par certains pays d’Amérique latine : « Il existe là-bas des espaces, qui n’ont pas les apparences d’une institution, où l’enfant peut venir librement, où il trouve de la nourriture, un lit pour se reposer pour la nuit. Il peut partir le matin, mais il y a un piège : un guitariste arrive ! l’enfant est incité en douceur à rester et à parler ».

Le neuropsychiatre n’est pourtant pas un apôtre de la catharsis : « L’intervention psychologique précoce, j’en suis revenu. Il s’agit d’abord de reconstruire un alentour affectif et éducatif pour que l’enfant reprenne un type de développement, avec, dans la mémoire, ce qu’il ne peut pas encore dire et qu’il dira peut-être plus tard ».

Boris Cyrulnik va jusqu’à accepter le déni, à titre provisoire : « Ne pas parler tout de suite, exactement comme le plâtre empêche de faire un mouvement le temps que la fracture guérisse ».

 

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L'abus sexuel sur mineurs d'âge.

Insectes et inceste. Bergson et Jung chez Deleuze.

Pédophilie et tolérance sociale



Les aspects juridiques

La pédophilie interpelle l'instance juridique autour des notions de droits individuels, de sexualité enfantine et de protection de l'enfance.

La loi autorise une forme de pédophilie. La plupart des pays occidentaux autorisent les relations sexuelles impliquant des enfants à partir d'un âge minimal qui varie généralement de 12 à 15 ans. L'attirance pour les jeunes garçons ou les jeunes filles n'est donc plus condamnable en droit.

Les relations sexuelles sans contrainte entre un majeur et un mineur d'âge suffisant ne sont plus pénalement répréhensibles. Il y a là un état de fait qui n'est pas suffisamment pris en compte : l'enfance ou en tout cas l'adolescence n'est plus un espace interdit à la sexualité adulte.

Du coup, la définition de la pédophilie va changer et devenir plus restrictive.

Une limite d'âge est définie à partir de laquelle l'enfant est considéré apte à consentir à une relation sexuelle. Cette limite peut sembler parfois arbitraire. Pourquoi 15 ans dans tel pays et 12 ans dans tel autre ? Pourquoi également, comme c'est le cas en France, autoriser l'accès à la pilule contraceptive à 13 ans et les relations sexuelles à 15 ans seulement ?

La sexualité entre enfants est un domaine beaucoup plus difficile à contrôler par la loi. Un écart d'âge de moins de cinq ans est parfois retenu pour distinguer le licite de l'illicite. Mais dans l'ensemble une tendance se dessine qui tend à rapprocher la maturité biologique (puberté) de la maturité légale en matière sexuelle.

Les lois occidentales ont dû également s'adapter à des phénomènes nouveaux. Le tourisme sexuel marque une extension du domaine de la prostitution, adulte et enfantine. Certains pays pauvres ont pu offrir, ces dernières années, des zones d'impunité relative aux pédophiles. La France est un des premiers pays où s'est tenu, en octobre 2000, le procès d'un touriste sexuel accusé du viol d'une fillette de 11 ans, en Thaïlande, en 1994. Un renforcement de la législation, en 1998, permet de poursuivre des Français pour des agressions sexuelles commises à l'étranger, même si les faits relèvent d'un tribunal correctionnel et qu'ils ne sont pas punis par le pays où ils ont été commis.

Très ancienne, la pornographie juvénile a connu, grâce à l'Internet, une véritable explosion. Dans un premier temps, ce nouveau média a préservé l'anonymat mais aussi l'impunité du « voyeur ». Les législations ont dû s'adapter à ce nouveau phénomène. La loi française, dans son Code de 1994, interdit toute production, diffusion ou possession de documents pornographiques mettant en scène un mineur. Cette interdiction porte sur des documents réels mais aussi virtuels.

La loi canadienne définit plus précisément la pornographie juvénile. En relèverait toute représentation photographique, filmée, vidéo ou autre, réalisée par des moyens mécaniques ou électroniques, où figure une personne âgée de moins de 18 ans ou présentée comme telle et se livrant (ou paraissant se livrer) à une activité sexuelle explicite.

Le paragraphe 163.1 du Code criminel, qui interdit toute possession de pornographie juvénile, a été récemment l'objet d'une contestation devant les tribunaux. Successivement, la Cour suprême et la Cour d'appel de la Colombie britannique l'ont déclaré inconstitutionnel parce que contraire à un article de la Charte des droits et libertés.

Ultérieurement la Cour suprême du Canada a rétabli et confirmé la constitutionnalité de la loi sur la pornographie juvénile. Celle-ci permet cependant de prononcer un verdict de non-culpabilité lorsque la représentation ou l'écrit en question a une valeur artistique, un but éducatif, scientifique ou médical. Reste à définir, par exemple, ce que peut être une image artistique d'enfant ou d'adolescent nu. L'actualité, sur Internet, est au développement de sites à caractère nettement pédophile, à partir de pays pauvres et/ou corruptibles, n'ayant pas de législation propre et n'appliquant pas celle de l'ONU.

Dans nos pays, l'apparition de sites commerciaux présentant des images d'enfants et d'adolescents « politiquement correctes » mais en fait à la limite de l'esprit des lois (tenues légères, poses suggestives, subtil détournement contextuel d'images banales) illustre la difficulté de légiférer sur l'image sans contribuer involontairement à sa puissance d'évocation et à sa charge subversive (tout discours normatif sur la connotation sexuelle d'une image ne fait que déplacer les frontières du suggestif). Avec un recul de quelques années on doit reconnaître que l'instance juridique a su résister en général aux mouvements d'opinion et à leurs amalgames, à la complaisance des années 70 comme aux appels à la répression aveugle des années 90.


La pédophilie, un problème de santé mentale

Rappelant que l'orientation sexuelle n'est pas en général le résultat d'une décision volontaire, Fred Berlin (2000) propose de faire de la pédophilie un problème de santé mentale et non seulement de délinquance et de criminalité. La société doit bien interdire le passage à l'acte des pédophiles mais doit d'abord, selon lui, offrir un accès à des traitements efficaces.

Stephen Levine (2000) considère que la psychiatrie (nord-américaine) peut offrir plusieurs types de mesures ou de traitements, notamment

• la mise en place, en collaboration avec la justice, de processus de contrôle extérieur comme l'interdiction de travailler auprès d'enfants, l'obligation d'être accompagné lors de tout contact social avec des mineurs, la révélation ciblée des antécédents de la personne etc. ;

• le traitement de la comorbidité (toxicomanie, alcoolisme, troubles psychotiques ou affectifs notamment) ;

• l'introduction d'approches psychothérapeutiques centrées sur l'entraînement aux habiletés sociales, l'affirmation de soi, l'empathie aux victimes, la résistance aux pulsions paraphiliques, l'estime de soi, mais avant tout l'établissement d'une relation de confiance avec le thérapeute ;

• la réduction de la pulsion sexuelle par la castration chirurgicale ou chimique.

Ce dernier traitement demeure évidemment le plus controversé.

La castration chirurgicale a été assez largement utilisée en Europe, particulièrement dans les pays nordiques.

Dès 1929, la loi danoise permet à des individus de 21 ans ou plus de demander une telle intervention après avoir commis des crimes sexuels graves. Au Danemark, la castration chirurgicale permet depuis longtemps de réduire ou même de prévenir l'emprisonnement. Meyer et Cole (1997) ont fait la recension des études européennes de récidive après castration et ont montré l'efficacité apparemment remarquable de la méthode (2.2 % de récidive après l'intervention, contre 73 % avant).

La castration chimique tend aujourd'hui à remplacer la castration chirurgicale. L'efficacité, en termes de récidives, quoiqu'un peu inférieure à la chirurgie, reste significative. Ces méthodes ne sont évidemment pas sans risque.

Cyril Greenland (1988) énumère les questions éthiques soulevées par ces interventions. Le consentement de ces individus peut-il être considéré comme libre et éclairé quand la castration permet de réduire ou de prévenir une sanction ? Le médecin sollicité travaille-t-il pour le bien de son patient, de l'institution juridique, de la société ? Comment concevoir la confidentialité d'une thérapie de cette nature ? Au bout du compte, s'agit-il encore de médecine ou d'une simple extension à la biologie du domaine de la sanction ?

Un autre sujet de controverse porte sur l'utilisation croissante de la pléthysmographie pénienne décrite dans les manuels de psychiatrie comme la mesure de la tumescence du pénis permettant de « distinguer efficacement si le désir d'un individu s'oriente vers les femmes ou les hommes, vers les adultes ou les enfants, ou vers tout objet de déviation » (Beltrami et Couture, 1988).

Cette méthode de mesure objective est évidemment associée à des stimuli sexuels explicites (photos, cassettes vidéo, lectures érotiques). Comme on peut s'y attendre, la « phallométrie » n'est pas une science exacte (Marshall et Fernandez, 2000).

Des volontaires considérés comme sains ont pu répondre positivement à des scènes de viol ou de pédophilie, ce qui pose la question troublante de la signification des mouvements érectiles.

Des pédophiles avérés, coupables de délits sexuels, ont pu, au contraire, contrôler leur réaction et répondre négativement au test. Celui-ci continue d'être considéré comme la meilleure mesure objective de la préférence sexuelle, utilisée par certains pour extraire des aveux et confondre les fraudeurs. Une pratique que Greenland (1988) n'hésite pas à comparer aux méthodes utilisées autrefois par les tribunaux de l'Inquisition.


La pulsion sexuelle, vecteur de la consommation

La pornographie est d'abord et avant tout un marché particulièrement lucratif. La sexualité sous toutes ses formes alimente une demande de services en expansion continue qu'aucune récession ne paraît sérieusement menacer. La pédophilie, du fait des interdits aujourd'hui réactivés, demeure une source de désirs puissamment inassouvis qui va continuer d'entretenir une économie souterraine, mafieuse et criminelle.

Rappelons que la pornographie juvénile est un secteur d'activités économiques géré par des hommes d'affaires qui ne sont pas forcément pédophiles eux-mêmes. Il est possible que l'Internet ait permis aux consommateurs de s'émanciper des intermédiaires économiques et de constituer des réseaux où ils s'échangent eux-mêmes leur matériel pornographique. Un réseau plus discret et plus difficile à infiltrer par la police.

Mais l'affairisme ne disparaît pas pour autant. La production d'images de plus en plus violentes (snuff movies) et le développement du tourisme pédophile continuent de générer des profits substantiels. Si le livre de Michel Houellebecq (2001), Plateforme, a pu susciter la controverse, c'est sans doute parce qu'il montrait l'innocence relative, l'engrenage naturel et, à la limite, les bonnes intentions associées au développement de cette industrie touristique du sexe. L'auteur avait pris soin d'écarter de son intrigue toute trace de violence, d'esclavage et de pédophilie.

La pulsion sexuelle est un admirable vecteur de la pulsion de consommation. Inépuisable, insatiable, indémodable, elle est à l'origine du plus ancien commerce du monde. La pédophilie n'échappe pas à cette logique de la dépendance et du profit. Sa sortie récente de l'ombre du tabou, la violente réaction allergique du tissu social ont eu comme effets paradoxaux de stimuler des mouvements apparemment contradictoires, ceux de la répression, de la médicalisation et de l'exploitation commerciale.

La pornographie juvénile participe-t-elle, comme son équivalente adulte, à une fonction sanitaire, à un équilibre social ? Priver une pulsion, même répréhensible, de tout droit de représentation même minimale (comme une image de synthèse par exemple), peut-il conduire à une extinction de ladite pulsion ou au contraire à son exacerbation ? En matière de sexualité comme en matière de violence, les équilibres (ou les déséquilibres) sociaux résistent parfois durablement aux volontés populaires et politiques les plus déterminées.

Toute sexualité se nourrit d'image et de réalité. Le pédophile qui a rarement choisi de l'être est assailli par son monde imaginaire, sollicité par des images extérieures qu'il recherche parfois activement, déchiré entre des pulsions qui le poussent à agir et des interdits aujourd'hui réactivés qui le freinent. Entre le désir et la jouissance, le fantasme peut être, selon les cas, un tremplin pour l'action ou un dérivatif pour la pulsion, une protection contre le passage à l'acte.

Serge André (1999), en psychanalyste, explique que ce n'est pas le contenu du fantasme qui permet de différencier le pervers du névrosé mais son usage.

Strictement privé chez le névrosé, le fantasme est une activité solitaire, une partie de son intériorité psychique qu'il soustrait au lien social. Pour le pervers, au contraire, le fantasme est une élaboration destinée à être rendue publique, à s'accomplir, à forcer le lien social, à inclure l'autre contre son gré. Enceinte fortifiée, mur protecteur, pour le premier. Étendard pour l'action, instrument de pénétration du réel, pour le second.

Les différences de structure psychique ne sont pas toujours aussi tranchées. Comme l'écrit Serge André (1999), le fantasme est aussi la façon dont le névrosé se rêve pervers en grand secret. L'imaginaire est une scène de repli, de substitution dont le sujet peut finir par se lasser. Dans beaucoup de domaines, les idéaux « névrotiques » d'interdit, de retenue et d'inhibition sont concurrencés par les cultes modernes (et pervers ?) de la réalisation généralisée des désirs et du passage à l'acte institutionnalisé.

La sexualité n'échappe pas à cette contestation et à cette évolution. La vague libertaire des années 70, en érodant les interdits et les tabous, n'a pas seulement encouragé les pervers en levant ou en allégeant l'obstacle extérieur de la sanction. Elle a porté atteinte aux défenses intérieures du névrosé en déplaçant progressivement les frontières virtuelles, psychologiques et morales du représentable, du possible et du licite. C'est ce même névrosé, c'est-à-dire l'individu ordinaire, que vise la re-stigmatisation sociale des pédophiles, sa mise en scène judiciaire et médiatique. Malgré ou à cause de ses excès, elle a pu ressusciter l'effroi, réactiver le refoulement ou l'interdit psychique.

Dans le premier procès français d'un touriste sexuel, comme dans l'opération « Ado 71 », les accusés, loin d'avoir le profil de criminels pervers niant leur forfait, sont apparus comme des êtres submergés par la honte (au point de se suicider), renonçant à se défendre (malgré une procédure parfois discutable), promettant de corriger leurs penchants pédophiles et même, pour certains, homosexuels. Un scénario parfait pour impressionner et « rééduquer » l'imaginaire sexuel du citoyen, pour endiguer l'épidémie potentielle en réinjectant de la honte dans le désir pédophile.

Une des forces de l'image réside dans sa capacité de créer et d'entretenir le désir. L'érotisation croissante de l'image publicitaire plaide sans doute en faveur de son efficacité. Associer par l'image un joli corps dévêtu à un quelconque objet de consommation revient à lui transférer une qualité sexuelle et à suggérer un message équivoque du genre : désirez-moi, possédez-moi ou encore utilisez-moi pour séduire.

L'image se prête à tous les jeux d'illusion. Elle se laisse aisément travestir et trafiquer. Elle est aussi le vecteur principal du désir sexuel, en tout cas chez les hommes. D'où son danger.

S'il est possible de rendre une voiture désirable au sens presque sexuel du terme, il doit être possible de rendre attirant un corps d'enfant nu. Des photographes d'art, spécialisés dans les nus d'enfants, créent d'indéniables troubles esthétiques. Moins bien intentionnés, les concepteurs de matériel pornographique peuvent satisfaire une clientèle pédophile sans déshabiller l'enfant, en introduisant, par exemple, une image neutre dans un contexte érotique. Où commence la pédophilie ? Dans l'image ou dans l'œil qui la contemple ?

Il fut un temps glorieux où seules les images de nus adultes scandalisaient. L'enfance, abondamment représentée, renvoyait à l'innocence et à l'asexualité des anges. Notre époque a vu s'inverser l'équation morale. Ne sommes-nous pas tentés, aujourd'hui, d'abolir à titre préventif toute image d'enfant nu ?


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Notes

1 L'acétate de medroxyprogestérone (Provera) et l'acétate de cyproterone (Androcur) sont les produits les plus utilisés.

2 Outre l'effet sur la libido et la performance sexuelle, une gynécomastie, des modifications de la pilosité corporelle, une prise de poids, une plus grande fatigabilité, une humeur dépressive, un risque accru de diabète et d'hypertension sont les principaux effets secondaires rapportés de ces « traitements ».


Références

André S. La signification de la pédophilie. Texte d'une conférence prononcée à Lausanne, le 8 juin 1999, diffusé sur le site Internet suivant : users.skynet.be/Polis/1/Dcliandre3fr (consultation du site le 28 janvier 2002).

Beltrami E., Couture N. Dysfonctions sexuelles. In : Lalonde, Grunberg et coll. eds. Psychiatrie Clinique. Approche bio-psycho-sociale. Gaétan Morin éditeur, 1988, pp. 614-653.

Berlin F. Treatments to change sexual orientation. American Journal of Psychiatry, 157 : 838, 2000.

Callico C., Monssens O. Quand les lolitas jouent avec le feu. Le Soir, Bruxelles, édition électronique du 2 novembre 2001.

Darrieussecq M. Le bébé. P.O.L., 2002.

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