Françoise Dolto
Françoise Dolto (1908-1988), née Françoise Marette, est la quatrième enfant d'une famille bourgeoise qui en comptait sept (deux filles, cinq garçons). Très tôt, elle détecte dans cette petite société les malentendus, contresens et non-dits qui existent entre les humains et particulièrement entre les adultes et les enfants. Pour y faire face, elle développe déjà des dons d'observation que l'on retrouvera plus tard dans sa pratique de clinicienne. Dès l’âge de huit ans, il lui paraît nécessaire de créer un pont de communication entre ces deux mondes, ce qu'elle exprime en disant qu'elle veut être "médecin d'éducation".
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Au début de ses études médicales, la rupture des fiançailles qui lui avaient été imposées par ses parents engendre chez elle des symptômes névrotiques liés à un terrible sentiment de culpabilité : cela la pousse à démarrer une psychanalyse personnelle. Peu à peu, grâce à sa cure psychanalytique avec René Laforgue (de 1934 à 1937), à son entrée à la Société psychanalytique de Paris (1938) et à ses consultations hospitalières – où elle rencontre des enfants au comportement perturbé – Françoise Marette réalise son désir précoce d'être "médecin d'éducation", en devenant la psychanalyste que l’on connaît aujourd'hui.
Ses contrôleurs en analyse furent Lowenstein, Spitz, Garma; et pour la psychanalyse d’enfants, Sophie Morgenstern et Leuba. Plus tard, Françoise Dolto sera l’un des membres fondateurs de la Société française de Psychanalyse – qu’elle-même et Jacques Lacan quitteront lors d’une scission. En 1964, elle participe à la création de l'Ecole Freudienne de Paris, toujours avec Lacan.
En février 1942, Françoise Marette épouse Boris Ivanovitch Dolto, rhumatologue. Il a fondé l'E.F.O.M : Ecole Française d'Orthopédie et de Massage. Aussi révolutionnaire et précurseur que Françoise Dolto, on dit de lui qu'il a profondément fait évoluer la kinésithérapie. Esprit ouvert et moderne, Boris partage avec enthousiasme l'aventure intellectuelle de sa femme, tout comme celle-ci se passionne pour les découvertes de son mari. Leurs réflexions communes sur les liens entre le corps et le psychisme furent très enrichissantes pour l'un comme pour l'autre. Ils auront ensemble trois enfants.
Parallèlement à sa pratique libérale chez elle, où elle recevait beaucoup d'adultes, Françoise Dolto exerça principalement dans quatre institutions où elle n’avait que des enfants pour patients : la Polyclinique Ney où Jenny Aubry lui avait demandé de venir, le Centre Claude Bernard, l'Hôpital Trousseau (1940 à 1978), et le Centre Etienne Marcel (1962 à 1985).
A partir de 1967, Françoise Dolto répond, en direct et anonymement, aux auditeurs adultes et enfants d'Europe N°1 sous le nom de "Docteur X". L'émission de radio connaît un excellent taux d’écoute. Cependant, la psychanalyste ne souhaita pas poursuivre cette expérience au-delà de 1969, principalement parce que le dialogue était haché par les nécessités du direct et de la publicité. En 1976, elle accepte à nouveau une émission sur France Inter : "Lorsque l'enfant paraît", à condition d’y répondre aux lettres des auditeurs, ce qui lui permet d’aller beaucoup plus en profondeur. C’est un immense succès ; qui sera à l’origine de sa notoriété auprès du grand public français. De nos jours, en France et dans le monde, de nombreux lieux inspirés de la pensée de Françoise Dolto se développent : structures de type Maison Verte, maisons de quartier qui accueillent les enfants à la sortie de l'école, hôtels pour les enfants, lieux de rencontre et d'échange des enfants pour les parents divorcés en difficulté sociale ou en conflit, chambres mère-enfant dans les hôpitaux, lieux d'accueil thérapeutiques pour la mère et l'enfant tout petit où les pères sont, bien sûr, accueillis – car Françoise Dolto a toujours insisté sur le fait que l'enfant se construit dans une triangulation précoce entre sa mère et son père. Tous ces lieux reflètent son souci constant de faire un travail de prévention grâce à ce que les enfants et les adultes en thérapie lui avaient permis de comprendre à travers leurs souffrances – on connaît peu le combat qu'elle mena pour le développement de l'apprentissage précoce de la langue des signes par les malentendants. Des centaines d’endroits portent son nom, rues, places, jardins publics, ludothèques, crèches, écoles maternelles, collèges, lycées… Françoise Dolto se voulait psychanalyste et citoyenne. Incontestablement, son travail a contribué, avec celui de bien d'autres, à l'évolution en profondeur du regard posé sur l'enfant par les psychanalystes, et par la société dans son ensemble. |
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