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27-05-2012
 
 
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Désordre chez les psy

par Marc-Alain Wolf, Ph.D., Psychiatre, Hôpital Douglas, membre de Tolerance.ca®

Désordre chez les psy

par Marc-Alain Wolf, Ph.D., Psychiatre, Hôpital Douglas, membre de Tolerance.ca®

Psychiatrie,psychologie,psychanalyse,psychopharmacologie.

Le vocabulaire, déjà, prête à confusion.Spécialité médicale pour la première, discipline des sciences humaines pour la deuxième, géniale et troublante invention d’un Viennois névrosé pour la troisième, application aux troubles mentaux de la pharmaceutique pour la dernière. Tout ce beau monde est en crise.

La psychiatrie, une discipline scientifique?

La psychiatrie relève-t-elle vraiment de la médecine? Le soupçon est ancien. Dès sa naissance il y a un peu plus de deux cents ans, cette « pseudo-science » est montrée du doigt. Sous le prétexte généreux d’une offre de soins, ne cherche-t-elle pas plutôt à enfermer, à stigmatiser la différence? Les asiles où elle officie à l’abri des regards indiscrets, ne sont-ils pas de simples prisons? Pire, des lieux de maltraitance et de cruauté? N’y soumet-on pas de pauvres malheureux à des exactions physiques, électriques ou chirurgicales? Que penser de ces « traitements » de choc qui transforment nos poètes et nos artistes révoltés en légumes, en grabataires juvéniles et silencieux? Qu’a-t-on fait de Nelligan? Et d’Alys Robi 1?

Aujourd’hui, les hôpitaux psychiatriques se vident tranquillement de leurs pensionnaires. Là où croupissaient, au milieu du siècle dernier, des milliers d’indigents, il ne reste plus que quelques centaines de patients qu’on cherche à tout prix à « désinstitutionaliser ». Ah! le vilain mot! Imprononçable mais éloquent, il annonce la libération prochaine des derniers aliénés. Mais suffit-il d’abattre les murs des asiles pour faire disparaître la psychose?

L’Italie a été le premier pays occidental à résoudre le problème de la folie en fermant ses hôpitaux psychiatriques. Quelques esprits chagrins se sont vite offusqués de voir apparaître, dans les gares de Milan, de Rome et de Naples d’étranges cohortes de personnes confuses et débraillées. Le progrès a parfois un goût amer. Nos centres-villes sont devenus à leur tour des lieux d’accueil pour quelques centaines de jeunes schizophrènes abandonnés à eux-mêmes, livrés à la prostitution et à la drogue, à cette violence urbaine anonyme et parfois meurtrière. Mourir de froid, d’une « overdose » ou du SIDA non traité, vaut-il mieux que de vivre en institution?

La maladie mentale, formidable défi à l’intelligence

La psychiatrie a changé de visage. Elle s’est modernisée. Certains traitements-choc n’ont plus cours. La psychochirurgie, les lobotomies, les comas insuliniques ont été abandonnés. Des médicaments efficaces ont été découverts qui permettent de contrôler les symptômes psychotiques comme les hallucinations et les délires, prévenir ou raccourcir les épisodes de dépression, calmer l’angoisse.

Mais, bizarrement, la psychiatrie résiste encore à la science. Aucun test objectif (biologique ou radiologique) ne valide la cartographie des troubles mentaux. On continue de les classer en fonction de critères choisis par tradition ou par consensus. On ignore largement la cause des « maladies de l’âme » et on n’en sait guère plus sur le mécanisme d’action des pilules pourtant efficaces à les combattre.

Ce paradoxe n’est pas spécifique à la psychiatrie. Nul ne met en doute l’efficacité de l’aspirine dont le mode d’action reste pourtant mystérieux! Les neurosciences font rêver mais du rêve à la réalité, il y a encore un pas infranchissable. Les découvertes et les progrès annoncés depuis cinquante ans tardent à se réaliser. La maladie mentale, source de souffrances parfois indicibles, reste un formidable défi à l’intelligence des hommes.

La psychologie est, quant à elle, une science hésitante. Pour comprendre et soulager, elle peut faire appel à d’innombrables modèles relevant soit des sciences naturelles, soit des sciences humaines. Certains psychologues mènent leurs recherches en observant le comportement de rats de laboratoire, d’autres se réfèrent encore aux travaux des philosophes. Le domaine de la psychothérapie est en expansion continue. Il existerait à ce jour plus de quatre cents variétés de thérapie! Parmi les plus connues, citons les approches comportementales et cognitives d’un côté, les thérapies existentielles et interpersonnelles de l’autre.

Les premières visent à modifier les comportements ou les pensées sans chercher à comprendre leurs causes et en court-circuitant les émotions. L’approche existentielle insiste sur la présence toute simple du thérapeute, sur l’importance du partage émotionnel et sur ce qu’on peut appeler « la composante pédagogique de l’amour ». La psychothérapie interpersonnelle élargit le point de vue en s’intéressant non plus au seul individu mais à son entourage et à son interaction sociale. Pour ses adeptes, l’origine des troubles psychiques est rarement dans le sujet isolé mais plutôt dans sa situation interpersonnelle.

Profusion et confusion

La psychologie est en crise aujourd’hui en raison de la prolifération anarchique des écoles de pensée, de leurs rivalités et de leurs conflits idéologiques. Il est devenu impossible pour un praticien d’acquérir une vue d’ensemble de sa discipline. L’absence d’un langage commun constitue un obstacle quasiment insurmontable au rapprochement. Le choix d’une approche par un clinicien dépend encore souvent du hasard ou de ses préférences personnelles. C’est dire à quel point les fondements scientifiques de la psychologie restent fragiles et imprécis.




Dans cet état des lieux, la psychanalyse mérite d’occuper une place à part. Cette méthode d’analyse psychologique inventée par Freud au tournant du XXème siècle a connu un essor fulgurant jusque dans les années cinquante. Conçue pour traiter certaines névroses, elle a été utilisée dans la plupart des troubles mentaux. Elle a également investi un grand nombre de disciplines, de la littérature à la philosophie en passant par la psychologie, la sociologie, l’anthropologie, la théologie, les sciences politiques et même l’économie.

Mais à force de promettre et de ne pas livrer la marchandise, la psychanalyse a été remise en question. La psychiatrie nord-américaine lui a tourné le dos, les universités s’en méfient et la confinent dans des créneaux de plus en plus étroits. Seules l’Europe et l’Amérique latine restent encore sensibles à son charme. Des dizaines de milliers de cliniciens continuent d’offrir leurs services et leur écoute à des clientèles malades de leur inconscient.

La France qui avait accueilli la science freudienne avec un peu de retard lui a ensuite témoigné intérêt et fidélité. Une école spécifiquement française y a vu le jour, inspirée par un théoricien distingué, Jacques Lacan. Mais même dans sa citadelle gauloise, la psychanalyse est aujourd’hui attaquée. On lui reproche de ne pas se soumettre à des évaluations objectives de son efficacité. On menace de l’exclure du champ des psychothérapies « validées ».

Une loi récente a voulu la contraindre à plus de rigueur et de transparence. On a voulu la discipliner, la mettre sous tutelle. Les psychanalystes français se sont mobilisés et ont réussi à échapper au contrôle de l’État. Mais pour combien de temps? Une nouvelle offensive a été lancée contre elle par des écoles de pensée concurrentes. La publication d’un Livre noir de la psychanalyse cherche à saper sa crédibilité en présentant son fondateur comme un menteur et ses praticiens comme des charlatans. Cent ans après sa naissance, la psychanalyse doit de nouveau lutter pour défendre son honneur et sa légitimité.

Une logique marchande

Reste la psychopharmacologie. Le psychotrope est devenu aujourd’hui l’enfant chéri de la psychiatrie, son emblème, son outil de prédilection. Pour les compagnies pharmaceutiques, le médicament est au centre d’un marché qui génère des profits considérables et qui justifie un effort de « marketing » au moins aussi important que celui de la recherche.
Un mot sur la puissance financière de ces entreprises. Un nouveau médicament est considéré comme un « bon vendeur » quand il génère des recettes de plus de cent millions de dollars au Canada et, pour les États-Unis, de plus de un milliard de dollars américains. Ceci pour un seul médicament! Cette opulence permet à cette industrie d’occuper une position privilégiée dans les deux domaines stratégiques que sont la recherche et l’éducation médicale. Autrement dit, les compagnies pharmaceutiques contrôlent partiellement le contenu de l’information scientifique (sur les médicaments) et la transmission de cette information aux médecins.

Une entreprise privée a pour vocation de produire des bénéfices. Aussi bien intentionnée soit-elle, elle va chercher, dans la méthodologie des études cliniques et la présentation des résultats, à favoriser ses produits. Quand un représentant pharmaceutique visite un clinicien, il tente invariablement de le convaincre de la supériorité de sa marchandise.

La publicité sur les médicaments d’ordonnance, autrefois réservée aux seuls professionnels (médecins, pharmaciens etc.) vise progressivement l’ensemble des consommateurs. Des messages explicites apparaissent dans les médias pour suggérer la prise de médicaments dans des situations comme la dysfonction érectile ou la dépression.

La grande force de l’industrie pharmaceutique est de suivre sa logique propre qui n’est pas fondamentalement celle de la science même si elle en dépend. Cette logique est marchande mais aussi religieuse, une religion prémessianique, annonçant et retardant sans cesse l’atteinte de son but ultime et paradisiaque, le bien-être absolu et peut-être éternel.

Il faut, pour prendre la mesure de ce phénomène, avoir assisté aux lancements planétaires de nouveaux médicaments, à ces grandes messes qui réunissent, lors de certains congrès internationaux, des milliers de médecins venus du monde entier. Les palais des congrès des grandes métropoles sont devenus les nouveaux temples de la croyance au progrès, à la science, au bonheur mais aussi aux perspectives de croissance illimitée de cette industrie.

Avec le temps et avec l’âge, le médecin prescripteur finit par s’interroger sur la réalité des progrès accomplis. Il y a eu et il y aura encore des découvertes utiles qui amélioreront l’efficacité des traitements et le bien-être des patients. Mais pour une découverte utile, combien de fausses rumeurs qui ne tiendront pas leurs promesses mais qui feront prescrire, pendant des années et à des coûts de plus en plus élevés, des produits nouveaux qui ne sont pas vraiment supérieurs aux anciens?

Deux statistiques contradictoires vont permettre de conclure sur ce point. Certaines recherches prétendent qu’une majorité de déprimés et d’anxieux (jusqu’à 80 %) n’ont pas accès à des traitements pharmacologiques satisfaisants. D’autres, au contraire, affirment qu’un grand nombre de personnes (jusqu’à 80 % là aussi) prennent inutilement des agents psychotropes.

Où est la vérité? Est-il possible que ces deux statistiques soient vraies toutes les deux? Cela voudrait dire qu’une majorité de déprimés ne prennent pas d’antidépresseurs mais qu’un pourcentage élevé de ceux qui en prennent, ne sont pas vraiment déprimés (au sens médical du terme). Un fait semble avéré. L’ère psychopharmacologique n’a pas vu s’infléchir un des principaux indicateurs de la souffrance humaine qu’est le suicide. Si, comme le pensent les psychiatres, le suicide est souvent la conséquence d’un trouble dépressif, il faut s’interroger sur l’inefficacité des traitements (jusqu’à présent en tout cas) dans la prévention de ce fléau.

Mais pourquoi, au fond, s’inquiéter de ces paradoxes? Les médecines alternatives ne sont-elles pas, elles aussi, en pleine expansion? Des millions de gens souffrants font appel à elles. L’homéopathie génère également des profits considérables. Sur un plan scientifique, ces produits sont rigoureusement inefficaces. En tout cas pas plus efficaces qu’un placebo dans les mains d’un prescripteur inspiré et charismatique. Étrange et fascinant pouvoir placebo qui, tapi derrière nos nouvelles idoles moléculaires, est capable à la fois d’augmenter nos taux d’endorphines et de stimuler notre économie!

L’inconscient freudien remis en question

La planète psy, on le voit, est soumise à bien des turbulences. Victime de préjugés tenaces mais aussi de coupures de budget, la psychiatrie institutionnelle ne sera bientôt plus qu’un souvenir d’époque. Mais les grandes maladies mentales n’auront pas disparu pour autant. La « libération des fous », revendiquée à hauts cris dans les années soixante, conduit aujourd’hui des centaines de jeunes schizophrènes à troquer leur statut de « patient asilaire » pour celui de « sans abri ». Le gain est relatif.

Les psychothérapeutes n’ont jamais été aussi nombreux et créatifs. L’offre de soins est généreuse mais le nombre de techniques proposées sans doute excessif. Il devient impossible, tant pour les patients que pour les cliniciens, de s’y retrouver, de discriminer les approches sérieuses de celles qui le sont moins.


Si rivalités d’écoles et dogmatisme de pensée ont caractérisé un premier stade de développement de la psychothérapie, il importe maintenant de favoriser le rapprochement et les échanges. En psychologie plus qu’ailleurs, nous ne parvenons pas à atteindre des réalités naturelles préexistantes mais nous les appréhendons selon des théories, des catégories ou des modèles inventés par l’homme. La diversité est nécessaire mais elle doit être contrôlée.

La psychanalyse continue d’alimenter des débats passionnés entre ses adeptes et ses détracteurs. L’inconscient freudien est, pour certains, une vaste fumisterie; pour les autres, une zone d’ombres et de vérités cachées qui ne demandent qu’à être dévoilées. On raconte que le fondateur de cette discipline rêvait d’obtenir le prix Nobel de médecine mais qu’il a failli recevoir celui de littérature. L’écriture de Freud était lumineuse et séduisante comme l’était (et l’est toujours) celle de ses successeurs.

La psychanalyse reste aujourd’hui, pour ceux qui s’y risquent, une aventure individuelle à l’issue imprévisible, une forme de dialogue où les silences et les lapsus en disent davantage que les plus longs discours. On l’accuse de mille péchés, on lui prête des intentions malhonnêtes, des procédés douteux. On la dit menacée mais elle résiste aux critiques, aux affronts, aux tempêtes. Selon les circonstances, elle peut suivre les modes ou les fuir. Malgré tous les dangers qui la guettent, elle est trop enracinée dans notre culture pour disparaître.

Tout petit objet, le médicament psychotrope se prête, lui aussi, à bien des fantasmes et des manipulations. On le vénère et on le craint. On attend de lui des miracles mais il nous déçoit souvent. Comme toutes les idoles, on finit par s’en débarrasser jusqu’à ce qu’une angoisse soudaine et imprévue nous relance à sa poursuite.

Il se pare des habits de la science mais se joue des protocoles et des statistiques. Son pouvoir est imaginaire autant que biologique. Objet marchand, il mobilise des empires financiers. Objet insaisissable, il nous mène par le bout du nez, nous fait rêver et délirer, ce qui est un comble pour un psychotrope!

En crise d’identité et de croissance, en mal d’autorité et de repères, les psy cherchent à se reprendre en main, à s’organiser, à débroussailler le chemin. Ils n’ont jamais été aussi sollicités qu’aujourd’hui. On les consulte pour tout et n’importe quoi, tout en se méfiant de leur avis et de leur pouvoir. Soumis aux vents contraires de l’opinion, de la science et de l’industrie, ils naviguent à vue en cherchant à maintenir le cap, coûte que coûte, sans trop savoir où ils vont…




1 Dans l'histoire québécoise du spectacle, une place particulière est réservée à Alys Robi. Née le 3 février 1923 d'une famille pauvre du quartier Saint-Sauveur à Québec, Alice Robitaille démontre dès son plus jeune âge un engouement et un talent certain pour le chant et le spectacle. Sous l'impulsion des rêves de son père, pompier et lutteur, la petite Alice amorce une carrière artistique en présentant ses tours de chant lors de galas de lutte et en participant aux concours d'amateurs Catelli. À six ans, elle est déjà un véritable phénomène.
(...)
Mais le poids de tout ce dévouement au monde du spectacle n'ira pas sans heurts. Elle subit une grave dépression en 1948 et est internée pour une période de cinq ans dans un asile de Québec. Alice va donc vivre le double enfer de la maladie et d'une carrière brisée. Mais sa grande force de caractère, qui lui avait permis d'atteindre le sommet de la gloire, explique son incroyable retour dans l'arène du show-business au milieu des années 50. C 'est sur la «Main», au «Casa

Source : Centre d'histoire de Montréal.


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Le trompeur trompant sa trompée Souvenirs 1983






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Article Id: 41 - Version: 3 - Créé : 15-10-2006 - Derniére mise a jour: 15-10-2006 - Hits: 537 
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Categories: La medecine

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