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    Pédophilie, l’invention d’une nouvelle norme

    par Bernard Girard

     

    L’un des effets de l’affaire Polanski-Mitterrand aura été de mettre en lumière combien la norme qui fait de la pédophilie l’horreur absolue est récente. Comme on l’a dit et répété à l’envie, et comme la diffusion sur le net d’extraits d’émissions, comme celle d’Apostrophe avec Gabriel Matzneff et Daniel Cohn-Bendit le confirme, jusqu’au début des années 80, la pédophilie n’était pas diabolisée. C’était une perversion parmi beaucoup d’autres. Le retournement semble s’être fait au tout début des années 80. Regarder comment les choses se sont passées peut éclairer la manière dont se construisent les normes sociales. Le processus est manifestement complexe.

    A la fin des années 70 et au tout début des années 80 apparaît, dans la foulée du mouvement de libération de l’homosexualité (l’homosexualité cesse d’être un délit en France en juillet 1982 avec la suppression de l’article 332-1 du code pénal) et de levée de la censure sur les production pornographiques (loi de 1975 sur le classement des films X qui lève en réalité toute censure), un mouvement qui tend à dédiaboliser la pédophilie. Quelques écrivains la banalisent dans des livres qui présentent les relations sexuelles entre adultes et enfants avec une certaine complaisance. C’est le cas de Tony Duvert (L’enfant au masculin), de Gabriel Matzneff, mais aussi de Guy Hocquenghem (Les petits garçons, livre qui retrace l’affaire du Coral). Un philosophe, René Schérer, publie un livre (Emile perverti ou des rapports entre l’éducation et la sexualité) qui dénonce l’exclusion du désir dans la relation enseignante. Des psychologues et des éducateurs mettent en avant l’autonomie des enfants.

    C’est dans ce contexte que Daniel Cohn-Bendit fait les déclarations qui lui sont aujourd’hui reprochées. Mais il n’est pas le seul. On en trouve de similaires dans d’autres textes et déclarations contemporaines. Dans un livre interview publié en 1983, le psychologue canadien Roch Duval dit, pour s’en offusquer, « l’autre soir, j’ai vu et entendu à la télévision un psychologue reconnu défendre avec opiniâtreté la pédophilie ; il est allé jusqu’à affirmer le plus sérieusement du monde que même les tous jeunes enfants ont « le droit de vivre leur sexualité ». » Pour ces éducateurs et psychologues, c’est la liberté des enfants qui est en cause.

    Des organisations se mettent en place qui militent pour l’abaissement de la majorité sexuelle à 13 voire 11 ans. Ce faisant, ces organisations radicalisent la revendication du CUARH (Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle) qui demande dans son manifeste de 1980 « l’abrogation immédiate de l’alinéa 3 de l’article 331 du code pénal, qui fixe à dix-huit ans l’âge licite pour les relations homosexuelles, alors qu’il est de quinze ans pour les relations hétérosexuelles. »

    Ce mouvement a une certaine visibilité. Gabriel Matzneff et Cohn-Bendit s’expriment sur le sujet dans les médias, notamment dans les émissions littéraires de Bernard Pivot, mais aussi dans la presse écrite. Plusieurs intellectuels de renom (dont Michel Foucault, Philippe Sollers…) signent en 1977 une pétition demandant l’abrogation de plusieurs articles de la loi sur la majorité sexuelle et la dépénalisation de toutes relations consenties entre adultes et mineurs de moins de quinze ans. La même année, Le Monde publie une lettre ouverte signée de Jack Lang, Bernard Kouchner, Michel Bon, André Glucksman qui prend la défense de trois Français accusés d’avoir eu des relations sexuelles avec des garçons et des filles de 13 et 14 ans. Libération publie, en 1979, une autre pétition en défense d’un certain Gérard R qui vit avec des jeunes filles de 6 à 12 ans. Puis, quelques mois plus tard, une longue lettre de Jacque Dugué dans laquelle on peut lire des phrases qui nous paraissent aujourd’hui intolérables : « Un enfant qui aime un adulte, sait très bien qu’il ne peut pas encore donner, aussi, il comprend et il accepte très bien de recevoir. C’est un acte d’amour. C’est une de ses façons d’aimer et de le prouver. Ce fut le comportement avec moi des quelques garçons que j’ai sodomisés. »

    C’est l’affaire du Coral en 1982 qui donne un coup d’arrêt à ce mouvement. Le Coral était une petite exploitation agricole du Gard qui accueillait quelques adolescents en grandes difficultés psychologiques dans une structure appliquant les principes de l’antipsychiatrie (voir sur cette affaire, ce papier de Libération : Trois nouvelles inculpations dans l’affaire du lieu de vie Coral). Un de ses jeunes animateurs (il a à l’époque 21 ans) accuse de nombreuses personnalités politiques ou intellectuelles, souvent orientées à gauche, de participer à des orgies avec les adolescents. Les enquêtes de police montrèrent qu’elles étaient innocentes, mais des relations sexuelles « sans violence, ni contrainte » entre les mineurs et les animateurs ont été mises à jour. Plusieurs des animateurs du centre sont condamnés à des peines légères (trois ans de prison avec un ou deux ans de sursis). A l’occasion de cette affaire sont inquiétés des intellectuels, René Schérer et Gabriel Matzneff qui avaient témoigné, en 1979, en faveur de Jacques Dugué, pédophile accusé (faussement, semble-t-il) d’avoir monté un réseau pédophile international.

    Pourquoi ce coup d’arrêt? On peut, je crois, avancer plusieurs raisons :
    – l’affaire du Coral a, d’abord, considérablement affaibli la thèse du consentement : il s’agissait de très jeunes adolescents psychologiquement fragiles, plusieurs autistes, pour lesquels il est difficile d’avancer qu’ils aient été consentants. Les accusations font état d’un réseau de personnalités, ce qui conforte la thèse d’une exploitation des enfants ;
    – le vieillissement de la génération 68, la plus susceptible de porter ces thèses. Au début des années 80, les étudiants de 68 ont une trentaine d’années, sont parents et donc plus sensibles aux risques que peuvent courir leurs propres enfants ;
    – la revendication de non-discrimination à l’encontre des parents homosexuels en matière de droit de garde, de visite et d’hébergement de leurs enfants qui venait immédiatement après la dépénalisation a incité la communauté homosexuelle à se démarquer de la revendication pédophile (comment faire avancer cette revendication si, par ailleurs, on entretient le doute sur l’exploitation sexuelle des enfants?) ;
    – la dépénalisation de la pornographie invitait à fixer de nouvelles limites. La dépénaliser ne voulait pas dire la supprimer mais seulement en déplacer les frontières. La banalisation de la pornographie s’est faite au nom de la liberté des partenaires consentants : chacun peut vivre comme il l’entend dés lors qu’il ne fait pas de tort à autrui. Le consentement est la pierre angulaire de cette dépénalisation. Ce n’est pas un hasard si le premier argument contre la pédophilie est que les enfants ne peuvent en aucun cas donner leur consentement.

    Depuis, la pédophilie n’a pas quitté l’actualité. Elle est devenue l’image même de l’horreur la plus intégrale, à l’occasion de plusieurs affaires qui ont effrayé l’opinion : affaire Dutroux en Belgique, affaire Outreau en France, mais aussi procès des prêtres pédophiles aux États-Unis.

    Toutes ces affaires ont en commun de réveiller les images :
    – de l’ogre qui mange les enfants (les coupables ne sont plus des pervers qui relèvent de la psychiatrie mais des monstres),
    – du violeur en série (la plupart des affaires mettent en cause des pédophiles qui ont une longue histoire de violences à l’égard des enfants),
    – des mauvais parents qui abandonnent ou, pire encore, vendent leurs enfants,
    – et de plus ou moins avérés réseaux internationaux (on retrouve cette idée tant dans l’affaire Dutroux que dans l’affaire Outreau)

    Toutes, enfin, gravement en cause des institutions chargées de protéger les enfants : l’école, l’église mais aussi la justice. De toutes ces institutions c’est la justice qui a, avec l’église, payé le prix le plus lourd. Les cas de pédophilie l’ont révèlée incompétente par excès d’insouciance comme en Belgique, ou par excès de brutalité comme en France, incapable de les traiter de manière satisfaisante. L’exaspération de l’opinion, la volonté de répondre à l’émotion populaire ont, par ailleurs, amené les politiques à multiplier les mesures qui, sous couvert de protéger des délinquants sexuels, réduisent les marges de liberté de chacun : textes sur les récidivistes, mesures prises pour s’assurer que demain ils ne recommenceront pas, projets de castration chimique…

    L’enjeu de cette nouvelle norme est donc double. Il y a la figure de l’enfant qui est forcément une victime parce qu’il ne peut être consentant, qui n’a pas toute sa raison, a peur de l’adulte, ne sait pas lui dire non. Et celle du criminel dont on doute qu’il puisse être amendable et qu’il faudrait donc maintenir sous contrôle tout au long de sa vie.

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    Avec l’aimable autorisation de l’auteur. Remerciements.

    La même loi pour tous

    par Jean-Pierre Rosenczveig

    Magistrat : vice-président du TGI de Bobigny
    Président du Tribunal pour enfants de Bobigny
    Président de Defense des Enfants International – France : www.dei-france.org
    Président du Bureau International sur les droits de l’enfant (siège à Quebec)
    Président de l’association Espoir (Paris)
    Président de l’APCEJ
    Président d’Objectif Familles (78)

     

    Une des leçons à tirer de l’affaire Polanski est bien la réaffirmation largement majoritaire du souci que la loi s’applique à tous, puissants ou misérables, pauvres ou riches, connus ou inconnus, cinéastes ou simples spectateurs.

    Personne n’aurait été vraiment choqué qu’un simple quidam ayant il y a quelques années commis un crime non prescrit – je rappelle que des relations sexuelles mêmes « consenties » avec une mineure de 15 ans est un crime, a fortiori si l’on a abusé d’elle en la droguant ou en la faisant boire – soit interpelé et conduit à rendre des comptes. Ceux qui ont parlé d’une « banale affaire de mœurs » ou argumenté sur le « génie » du cinéaste pour demander que l’on passe l’éponge au titre du temps passé ne lui ont pas rendu service.

    Le tribunal suisse qui vient de se prononcer sur la demande de mise en liberté a sûrement en entendu ce souci de l’opinion que la même justice s’applique à tous. Un individu qui depuis des années cherche à échapper à ses responsabilités n’est pas tenu pour fiable quand il propose une caution financière ou une propriété en gage. Ces juges ont craint que Roman Polanski  cherche une nouvelle fois à fuir surtout que devant la tournure prise par l’affaire sachant que l’important devant la justice américaine risque plus d’être le fait d’avoir voulu  se soustraire à elle que les faits criminels eux-mêmes.

    Au fond, Roman Polanski devra regretter la politique de l’autruche adoptée durant de trop nombreuses années consistant à tenter d’échapper à ses juges. De longue date il aurait du revendiquer d’être jugé. Il avait des arguments à développer pour expliquer sur son départ des USA. On peut penser tout le mal que l’on veut du système américain qui permet de négocier  la justice entre le  bureau du procureur, l’auteur présumé et la victime, mais telle est la loi aux États-Unis et il est admis qu’en l’espèce le juge de l’affaire Polanski  était revenu sur son engagement et voulait se payer une vedette. Roman Polanski pouvait alors avoir de légitimes inquiétudes sur le sort auquel il était voué, mais après tout à la base il y avait crime. Le revirement du procureur pouvait lui donner des arguments pour expliquer son départ.  Le temps passant ils sont plus difficiles à entendre.

    On a pu accuser Roman Polanski d’avoir acheté le désistement de sa jeune victime et donc d’avoir user de sa supériorité économique. Les juges suisses ont remis les pendules à l’heure : l’argent ne doit pas permettre à un accusé d’échapper aux responsabilités pénales.

    De fait  le plus choquant dans cette histoire est bien de tirer argument du positionnement de la victime – indemnisée financièrement – pour estimer que les poursuites pénales n’avaient plus  de raison d’être.  Combien ont repris en boucle cet argumentation comme si elle allait de soi ?  Il n’en est rien.  La justice pénale n’est pas là pour satisfaire la victime, mais comme je l’ai dit à chaud en réagissant à l’affaire (blog 330), elle doit veiller à rappeler fermement la loi tant aux yeux de celui qui l’a violée que de ceux qui pourraient être tentés de le faire.

    Dans cette période où on voudrait opposer délinquants et victimes et,  sinon démissionner le soin de battre justice dans les mains des victimes, du moins augmenter sensiblement leur place dans le procès pénal il est bon, de revenir aux fondamentaux.  Par exemple contrairement à qui est régulièrement affirmé il n’est pas besoin d‘une plainte de la victime pour engager des poursuites ;  le parquet est libre dans ses appréciations.  IL tiendra généralement compte du souhait de la victime mais il n’est pas lié. De même si une victime se désiste de sa plainte, les poursuites du chef du procureur de la République restent engagées, etc. A l’inverse la victime peut combattre l’inertie du parquet en pouvant citer directement devant le tribunal ou enclencher une poursuite en se constituant partie civile devant un juge d’instruction.

    En l’espèce les juges suisses ont un raisonnement sain : une personne a cherché à échapper à la justice depuis des années ; elle a les moyens de poursuivre dans cette voie ; elle lui réserve donc le sort auquel tout quidam est voué. Elle évite qu’il puisse s’échapper à nouveau en l’incarcérant.

    Roman Polanski devrait faire appel. A suivre donc. Mais désormais il est a souhaité que la justice américaine dépose rapidement sa demande d’extradition et que l’abcès soit définitivement percé

    PS :

    Dégât collatéral de cette affaire Polanski l’affaire Mitterrand dont je maintiens qu’après les explications données par le ministre à la télévision devant des millions de français elle doit être tenue pour close. Les allusions du député-avocat Arnaud de Montebourg ne sont dignes ni d’un homme politique ni d’un juriste quand il joue en permanence sur l’ambigüité homosexualité et pédophilie. Frédéric Mitterrand nie avoir eu des relations pédophiles. Que ceux qui clairement ne le croient pas apportent la preuve de ce qu’ils sous-tendent ou qu’ils se taisent en attendant que cette preuve, si elle existe, vienne un jour. Le ministre a pris un risque en s’exprimant comme il l’a fait. Sa marge de manœuvre était faible sinon nulle. En tout cas il l’a fait comme nous y appelions les uns et les autres. Dont acte ! Il s’expose à être contredit. En attendant cette éventualité on se doit de ne pas en rajouter sournoisement.

    Indéniablement,  Benoit Hamon dont  tout le monde admet qu’il est parti bien trop vite a raison quand il pose la question du tourisme sexuel. Ce tourisme sexuel n’est pas pénalement condamnable lorsqu’il met en cause des majeurs ; il l’est quand il vise des personnes de moins de 18 ans et ajoutons que la peine encourue peut aller jusqu’à 20 ans s’il y a récidive légale. En revanche il est moralement contestable.

    De telle sorte que Frédéric Mitterrand étant avouant sa pratique du tourisme sexuel dans son ouvrage ce n’est pas tant comme le démontre mon beau-frère René Fievet la question de sa démission qui est en cause que c elle de sa nomination au gouvernement de la France qui mène le combat pour la dignité humaine. Comment l’intéressé a-t-il pu l’accepter d’être ministre de cette République quand lui-même admet avoir franchi la ligne blanche ? Mais surtout comment a-t-on pu proposer à quelqu’un qui a cette pratique moralement  contestable d’être membre du gouvernement ? Et pourquoi une certaine presse ou certains hommes ou femmes politiques qui jouent aujourd’hui les vertueux n’ont-ils  pas exercé leur droit d’interpellation au moment de cette nomination ? Car ce n’est pas l’homosexualité d’un homme qui est en cause que la participation d’un ministre même repenti  à une démarche mercantile contraire à la dignité humaine.

     

    avec l’aimable autorisation de l’auteur.

    L’abus sexuel sur mineurs d’âge.

    par J.-Y. HAYEZ, et E. de BECKER

    (Paru dans Encyclopédie Médico-chirurgicale.)

    avec la collaboration juridique de D. Vrignaud

     

    Sur le terrain, l’abus sexuel revêt de nombreuses formes cliniques, répond à des motivations très variées, et est susceptible de traitement diversifiés, adaptés à chaque situation. Nous devrons donc nous limiter à décrire quelques modalités principales, en faisant appel à la créativité du lecteur pour comprendre et prendre en charge ce qui s’en écarte.

     

     

    1. Définition et limites du champ étudié.

    Nous référant à Kempe (7) , par  » abus sexuels sur mineurs d’âge  » nous entendons l’implication dans des activités sexuelles, surtout par des adultes qui y recherchent principalement leur plaisir personnel, de mineurs d’âge encore immatures et dépendants, c’est-à-dire incapables de comprendre suffisamment le sens de ce qui leur est proposé et donc d’y donner un consentement éclairé. Celui-ci est souvent altéré par les limitations cognitives du mineur, qui répond à la sollicitation à partir de ses propres besoins et de ses références vécues. Il l’est aussi par la contrainte que fait peser l’adulte dont le mineur dépend ou se sent dépendant : celle-ci brouille sa lucidité et réduit l’autonomie de ses réponses.

    On peut catégoriser les abus sexuels selon de nombreux critères. Il est classique de distinguer l’inceste abusif et l’abus sexuel externe ( acte de pédophilie ) selon que l’auteur de l’abus est un parent du mineur ou un étranger à sa famille; toutefois ce dernier est souvent un familier du mineur.

    En plus des adultes, des adolescents, voire des enfants, peuvent, eux aussi, exercer des violences sexuelles sur des personnes de tous âges et notamment sur des plus jeunes qu’eux (1). Pour la majorité d’entre eux cependant, ce moment de violence s’inscrit dans le contexte d’un développement psychologique tumultueux ou de conflits affectifs en quête d’exutoire. Et la réaction de l’entourage oriente grandement leur évolution.

    Quant à la description des activités engagées, on peut se référer aux spécifications du droit pénal; on doit cependant se garder d’attribuer automatiquement à une progression des délits en gravité pénale une même valeur en  » gravité vécue « .

     

    2. Le fonctionnement psychologique des protagonistes de l’abus.

    2.1. Les agents directs de l’abus :

    Le plus fréquent de tous, c’est le parent (2) incestueux insatisfait de soi, habité par des sentiments d’infériorité et d’échec, notamment en matière sexuelle, et qui cherche en l’enfant une compensation, une illusion de réussite. L’ensemble de sa famille est souvent comme lui, triste et dépressif, replié sur soi. Après, on trouve le parent incestueux  » fusionnel « , qui veut prolonger indéfiniment son vécu œdipien trouble d’enfant où il a lui-même baigné au moins dans une ambiance incestueuse. Puis, il y a les besoins impérieux de plaisir ou/et de pouvoir qui jaillissent de familles chaotiques, où les pulsions de chacun n’ont jamais été vraiment socialisées. Enfin, il y a les parents abuseurs tout-puissants, tyrans domestiques pour qui l’enfant est une chose taillable et corvéable à merci.

    Les pédophiles peuvent être porteurs des mêmes caractéristiques psychologiques : insatisfaction de soi qui va jusqu’à la carence affective … toute-puissance qui peut aller jusqu’à la prédation et à la destruction meurtrière. Plus souvent que chez les parents incestueux, on trouve chez eux des structures perverses.

    Tant les agents de l’inceste que les pédophiles apprennent à reproduire les premiers plaisirs expérimentés et deviennent dépendants de leur objet, à l’instar des alcooliques ( dynamique d’assuétude ).

    2.2. L’enfant entraîné dans l’abus.

    Dans la majorité des cas, c’est  » n’importe qui  » quant à sa structure psychologique, et il est légitime de lui reconnaître le statut de  » victime « , car il n’a été ni provocateur, ni fondamentalement coparticipant aux plaisirs que connaît l’abuseur. Dans une minorité de cas, il existe cependant des enfants carencés affectifs, avides de transgressions, ou/et pervers ou déjà pervertis, qui consentent à ce qui leur arrive, y trouvent du plaisir, voire provoquent l’adulte : à remarquer néanmoins que, pour exister, cette catégorie d’enfants a droit à l’éducation et ne peut en aucun cas être déclarée principale responsable de l’abus!

    2.3. Les témoins silencieux.

    Il est assez rare que l’abus ne soit strictement connu que de l’agent direct et de l’enfant : lors d’inceste, la mère – ou d’autres familiers – savent partiellement, et adoptent une position de déni, par crainte ou/et par dépression. Quant au pédophile, il n’est pas rare que son entourage soit intrigué par son attraction pour les enfants, mais ne cherche pas à en savoir plus, voire le couvre par la suite.

     

    3. Les signes qui évoquent et/ou révèlent l’abus.

    Dans la plupart des situations, c’est un faisceau d’indicateurs qui, par leur convergence, finissent par induire chez les intervenants une  » intime conviction  » qu’un abus a eu lieu. Celle-ci n’est que rarement de l’ordre de la certitude absolue et objective, à partir du traumatisme physique constaté et investigué.

    Nous ne décrirons que ceux des indicateurs qui émanent directement de l’enfant, étant bien entendu que tant les autorités judiciaires que les équipes psycho-sociales ont à investiguer d’autres témoignages dans l’entourage de l’enfant.

    – Un premier groupe évocateur sont des signes comportementaux, malheureusement peu spécifiques et à interpréter en référence à la culture de la famille de l’enfant et de sa société. Au début, on peut retrouver les manifestations d’un syndrome de stress post- traumatique (3) (surgescences d’angoisses, troubles du sommeil, …) (5). Il existe souvent aussi des signes de dysrégulation sexuelle marquée soit par une inhibition excessive ( peu fréquent ), soit, souvent, par une érotisation des attitudes et des conversations ainsi que par l’étalage de connaissances sexuelles inappropriées pour l’âge. Au fil du temps, il est fréquent que s’installe un  » syndrome d’accommodation  » : l’enfant se robotise, clive sa souffrance et s’en détache à l’avant-plan, mais sa joie de vivre est altérée.

    – Le discours du mineur sur l’abus constitue l’indicateur-clé si l’entretien avec lui est réalisé dans des conditions de grande rigueur. Dans la majorité des cas, les révélations sont tardives. Chez les enfants en âge préscolaire, elles se réalisent de façon accidentelle, innocente ou encore sous l’effet d’un stimulus évocateur ( par exemple, l’enfant mimant une scène sexuelle avec une poupée ou invitant un familier à reproduire certains gestes, dans des circonstances analogues à celles de l’abus ).

    Les enfants plus âgés et les adolescents sont plus secrets, plus prudents, voire ambivalents; leurs révélations sont intentionnelles et destinées à un confident estimé digne de confiance.

    Pour beaucoup de mineurs, l’évocation verbale de l’abus ne se fait pas sans affects ( principalement autour de la honte d’être découvert et de l’angoisse d’être sanctionné ou de trahir un secret ). Cet embarras est souvent visible et modifie la dynamique et le contenu du discours.

    L’examen physique devrait être systématique et rapidement effectué s’il y a eu relation sexuelle récente, pour sa part contributive au diagnostic. Il devrait être mené de manière telle qu’il participe au processus de réhumanisation du corps non respecté et/ou blessé de l’enfant.

    4. Les conséquences de l’abus.

    Toute maltraitance sexuelle laisse une trace dans l’histoire du sujet, mais comme chaque évolution est unique et sous la dépendance de multiples paramètres, il s’avère bien délicat d’en définir le destin à long terme, depuis la destruction persistante et diffuse de l’être jusqu’à la cicatrisation. Certes, médecins et psychothérapeutes rencontrent des troubles structuraux et leurs manifestations comportementales les plus variées ( angoisses diffuses, dépression, troubles des conduites, tentatives de suicide, …), qu’ils peuvent attribuer pour une part au moins à l’abus. Mais la majorité des anciennes victimes ne consulte pas et c’est probablement parmi celles-ci qu’existe le plus de résilience. Beaucoup d’auteurs estiment que la destructivité de l’abus est d’autant plus grande et persistante que l’organisation préalable de la personnalité du mineur est déjà problématique; il existe une grande différence d’âge avec l’abuseur et/ou un lien de parenté avec celui-ci; il en va de même si, depuis toujours, l’abuseur a avec l’enfant une relation de domination tyrannique; la contrainte a été forte; l’abus a duré longtemps ou/et a été fréquent; les effractions corporelles y ont été nombreuses; l’abus a eu lieu au domicile de l’enfant; l’enfant a rencontré silence, indifférence ou incrédulité quant il a appelé à l’aide; la soi-disant prise en charge ultérieure n’a été qu’un leurre : reproches et/ou absence de protection de la part de la famille ou manque d’engagement de celle-ci dans le processus thérapeutique,  » seconde victimisation  » du fait des institutions.

     

    5. Les interventions de remédiation.

    Selon les pays, elles sont essentiellement ou principalement soit judiciaires, soit socio- thérapeutiques, le judiciaire n’intervenant par la suite que si nécessaire; il s’en suit une coexistence clivée ou une coopération de ces deux Instances.

    Pour la commodité de l’exposé, nous décrirons séparément ce qu’il en est des objectifs et du travail de chacune d’elles.

    5.1. L’intervention judiciaire.

    5.1.1. Principes du Droit français en la matière : ses interactions avec la société ( D.Vrignaud ). (4)

    En matière de sexualité, le nouveau Code Pénal reprenant les différentes évolutions depuis le Code Napoléon, s’écarte résolument de toutes notions morales ou religieuses quant à la définition des infractions à caractère sexuel. De fait, seule une sexualité s’exerçant sur autrui en l’absence de consentement réel ou éclairé ( atteinte sexuelle sur mineur de quinze ans ) ou contre le consentement d’autrui ( agressions sexuelles ) est susceptible de trouver une qualification pénale et une sanction publique.

    Cette approche du comportement criminel constitutif d’un trouble à l’ordre social constitue l’unité profonde du droit de sanctionner et le seul critère du droit pénal.

    Depuis une quinzaine d’années, la Justice Pénale est, en France, fortement interpellée pour sanctionner l’auteur et, peut-être, réparer la victime d’abus sexuels et notamment d’abus sexuels commis sur des mineurs dans leur milieu de vie naturel. C’est dans ce contexte de pénalisation que le signalement et la judiciarisation, obligation à laquelle ne sont pas tenus les professionnels soumis au secret professionnel, obère l’obligation générale d’aide, assistance et protection à toute personne en danger.

    Cette pression politico-sociale repose non, sur une augmentation établie de ce type de crime, mais sur une modification des représentations de l’enfant et de la famille et illustre le délitement des responsabilités politiques et familiales au profit d’un mode de résolution pénale du trouble créé. Au-delà du comportement constitutif de l’infraction, les éléments liés à l’éventuelle dangerosité de l’auteur ou la qualité de la victime interviennent dans le traitement pénal du criminel. Ainsi les circonstances de minorité et le lien de dépendance psychoaffective existant entre l’auteur et la victime conduisent-elles à une forte aggravation des peines encourues et prononcées.

    Par ailleurs, les mesures de sûreté ou d’obligation de soins sont-elles de plus en plus spécifiquement applicables aux délinquants sexuels. La fonction  rétributive de la peine fait place à une fonction sécuritaire, réparatrice, voire thérapeutique. Les risques de confusion entre la sphère publique ( sanction d’un comportement abusif ) et la sphère privée ( accessibilité aux soins, à la réparation, voire au pardon ) sont très présents et remettent en cause la fonction première du droit : Séparer.

    5.1.2. Fonctionnement sur le terrain.

    Là où l’on se centre sur l’intervention judiciaire, l’on considère que le devoir d’assistance à personne en danger passe nécessairement et rapidement par un signalement aux autorités répressives au moins des cas avérés, si pas déjà des suspicions. Ces autorités se chargent des investigations nécessaires et visent essentiellement l’obtention d’aveux, si les faits s’avèrent fondés, et la sanction pénale du coupable. La protection de la victime est censée être obtenue via l’emprisonnement du coupable et l’effet dissuasif de la peine. On se réfère donc à l’idée que la confrontation à la loi de la cité est inéluctable et ne peut être faite que par l’Instance judiciaire; elle constituerait du même coup un rappel de la Loi symbolique pour tout le monde et une première réparation pour la victime (2)

    Les autorités répressives n’ont pas la responsabilité statutaire des interventions socio-thérapeutiques dont nous parlerons par la suite : il leur arrive donc, soit de les ignorer, soit de faciliter la mise en place de certaines de celles-ci, comme la thérapie des abuseurs emprisonnés. En vertu du principe démocratique de présomption d’innocence, nombreuses sont les situations où ces autorités répressives se doivent de prononcer un non- lieu, faute de preuves tangibles suffisantes à leurs yeux; par exemple, entre autres, actuellement le statut de preuve légale reconnu à une parole d’enfant reste aléatoire.

    Les autorités répressives associent in constamment les Tribunaux pour mineurs à leur action. Elles devraient pourtant le faire plus souvent, et en tout cas, si elles-mêmes prononcent un non-lieu dans le cadre d’un doute. En effet, les Tribunaux pour mineurs ont le pouvoir de protéger le mineur, même dans les cas où les poursuites répressives sont abandonnées.

    Même s’il peut paraître  » normal  » et séduisant de s’adresser aux autorités judiciaires répressives, dans ces cas où les délits commis apparaissent ignobles, il ne faut donc pas perdre de vue les limites liées à leur action (5)

    5.2. Les interventions Socin-thérapeutipues : synthèse des méthodes et objectifs.

    Nous allons en exposer les principaux en distinguant, quelque peu artificiellement, une phase à visée d’évaluation diagnostique, puis une autre à visée de traitement.  » Traitement  » doit être pris ici dans l’acception très large de management : il se répartit en interventions sociales et en rencontres de paroles.

    Les objectifs des équipes psycho-sociales – restauration des personnes et des liens – sont largement différents de ceux des autorités judiciaires – récolte de preuves et sanction pour les autorités répressives, protection de l’enfant en danger pour les Tribunaux pour mineurs -. Toutefois, la forme externe de leurs interventions, voire une petite partie des objectifs, peut parfois être identique (6)

    5.2.1. La phase d’évaluation diagnostique.

    – L’enfant qui a commencé à parler ou à montrer sa souffrance, a besoin de se sentir  » pris  » dans une ambiance de bienveillance, d’intensité dans l’investissement de sa personne, et d’efficacité dans l’organisation des institutions qui prétendent l’épauler ( E-R-M ) : toutes conditions nécessaires à ce qu’il ne se rétracte pas, parfois définitivement, par angoisse et désespoir (10)

    – S’il y a première révélation, faite ou soi- disant faite à un premier confident de fiabilité variable, elle doit être vérifiée rapidement par une Instance spécialisée et compétente ( E-R-M ). L’évaluation par celle-ci sera soignée, détaillée, non traumatisante pour l’enfant et menée en référence à des techniques modernes : canevas d’entretien ad hoc (8), appliqué néanmoins avec souplesse eu égard à la dynamique affective et aux intérêts spécifiques de chaque enfant; analyse du discours de celui- ci via des grilles validées (10) ; prise précoce en vidéo au moins d’un entretien-clé, etc …

    Dans la perspective des actions psycho-sociales futures, l’évaluation porte aussi bien sur la connaissance détaillée des faits et la crédibilité de l’enfant (E-R-M) que sur la personne de celui-ci et les ressources et faiblesses supposées à sa famille et son environnement (E-M). La démarche évaluative inclut de facto l’enfant, et, au-delà de lui, l’environnement qui le connaît bien, ainsi que sa famille ( éventuellement E-R, pour les faits, et E-®-M pour la connaissance des personnes ).

    5.2.2. La phase de traitement : les interventions sociales.

    – La plus systématique consiste à protéger l’enfant contre toute récidive de l’abus (E-R- M) et, si possible, contre les pressions négatives dont il pourrait être l’objet (E-M). Elle passe parfois par un éloignement de l’enfant, souvent par un réaménagement du quotidien et des attitudes, convenu avec ses parents, et toujours par une vérification soigneuse de ses nouvelles conditions de vie.

    – En cas d’inceste, un écartement transitoire de l’abuseur vise les mêmes objectifs et a valeur de sanction négative (E-R-M); celle-ci peut néanmoins être négociée par les seules équipes psycho-sociales, sous la forme d’actes de réparation consentis par l’ex-abuseur.

    – Les familles défavorisées doivent recevoir l’aide socio-matérielle dont l’absence avait peut-être prédisposé à l’inceste.

    – Enfin, en cas d’inceste (7), il est utile d’encadrer la famille par un  » petit groupe de vigilance continuée « , formé de l’un ou l’autre familier et professionnel, avec une double intention de solidarité/soutien et de vigilance (1)

    5.2.3. La phase de traitement : les rencontres de paroles.

    – Quant à leur statut, celles-ci sont soit des psychothérapies, demandées d’emblée ou après un certain temps, par tel individu ou (sous-) groupe familial mêlé à l’abus, soit des entretiens demandés par les intervenants. On peut adjoindre à ces derniers les entretiens de contrôle psycho-social, demandés par les autorités répressives pour suivre le devenir des abuseurs libérés.

    – Quant à leurs objectifs, psychothérapies et entretiens visent indistinctement l’écoute empathique; le partage d’idées et d’informations ( sur la sexualité, la culpabilité, la Loi et la liberté, etc …); une réénonciation des interdictions fondamentales; un entraînement plus efficace à la protection de soi ou/et des autres, ou à la discipline de soi ( pour l’abuseur ); un encouragement à la réalisation du potentiel positif, humainement acceptable, présent en soi; et, en cas d’inceste et dans la mesure de ce qui est acceptable pour chacun, une restauration de l’estime envers les autres membres de la famille.

    – Quant aux partenaires qu’ils incluent, dans les cas d’inceste, on gagne souvent à procéder graduellement : d’abord thérapies ou entretiens individuels ( pour l’enfant abusé, le ou les parents non-abuseurs, l’ex-abuseur (8), la fratrie ), puis entretiens destinés à des dyades fonctionnelles ( enfant abusé-parent non abuseur; couple d’adultes, etc …), pour arriver à des entretiens avec toute la famille nucléaire ( si l’ex-abuseur y collabore positivement et si l’enfant abusé l’accepte ), voire avec la famille et son groupe de vigilance continuée ( cfr supra ). Parallèlement, des thérapies de groupe pour enfants, pour exabuseurs, etc, peuvent rendre d’appréciables services.

    – Quant aux méthodes et représentations de l’être humain dont elles s’inspirent, ces rencontres de paroles gagnent souvent à se référer à plusieurs écoles de pensée : par exemple psychanalyse ou/et néo-rogérianisme lorsque l’on se centre sur l’écoute; cognitivo- behaviorisme lorsque l’on informe ou/et que l’on demande des modifications comportementales, systémique lorsque l’on travaille les liens familiaux et sociaux, etc …

    5.3. Applications d’un traitement psycho-social initialement seul à l’œuvre.

    5.3.1. Révélation d’un inceste à un tiers extérieur à la famille.

    Supposons qu’après des mois, si pas des années de silence, un enfant finisse par révéler à un tiers que son père abuse de lui. Ce confident de première ligne (9) écoute l’enfant, le soutient et le rassure sur le fait qu’il va être aidé; il considère comme sa responsabilité de répondre dans la durée à la confiance de l’enfant et interpelle donc rapidement une équipe psycho-sociale spécialisée dans la lutte contre la maltraitance. Celle-ci analyse d’abord minutieusement le contexte de la demande ( enjeux, conflits éventuels, …), puis reçoit l’enfant pour un ( ou plusieurs ) entretien(s) de révélation, destiné(s) à ce qu’elle s’imprègne d’une conviction sur les faits ou au contraire en élimine raisonnablement la possibilité. Outre la constitution de cette conviction et l’approche de la personnalité de l’enfant et du fonctionnement de sa famille, l’équipe doit se faire une idée sur une  » capacité protectrice  » de l’enfant émanant de la famille et/ou des institutions que l’on mobiliserait (P+, ?, -) ainsi que sur une capacité de la famille à collaborer à un programme d’aide psycho-social (C+, ?, -).

    Dans ces cas d’inceste, les équipes font l’hypothèse raisonnable qu’un peu moins de 20% des familles s’avéreront par la suite ouvertes à la collaboration et capables de protéger l’enfant contre la récidive (C+ P+), 60% arriveront, spontanément ou sous contrainte institutionnelle, à une certaine protection contre la récidive mais sans collaboration profonde à un traitement (C- P+) et un peu plus de 20% seront estimées incapables de collaboration et de protection (C- P-).

    Pour les familles (C+ P+), l’équipe psycho- sociale elle-même se confronte aux parents, et cherche à obtenir la reconnaissance des faits et à stimuler le désir de fonctionner  » plus humainement à l’avenir « . Si l’adhésion de la famille se vérifie stablement elle applique le traitement déjà décrit.

    Si la famille fonctionne d’emblée ou se replie dans la catégorie C- P+, l’équipe fait appel aux autorités judiciaires (10) (répressives ou/et centrées sur le Tribunal des mineurs ) et s’efforce de constituer avec elles une véritable coopération.

    Par la suite, la répartition du travail entre les deux Instances sera variable, chacune ayant ses priorités. Il est probable cependant que, dans le cadre de l’aide contrainte, des intervenants psycho-sociaux resteront chargés d’entretiens de paroles avec tel ou tel membre de la famille, voire son entièreté : si les résistances opposées à ces tentatives de dialogue sont intenses, on parlera de denial work (4). Dans d’autres cas, la confiance finit par s’installer et de vraies demandes d’aide peuvent surgir.

    Il arrive enfin que l’équipe acquière l’intime conviction que, si elle était interpellée, la famille en question fonctionnerait dans la catégorie C- P-, et même que la situation de l’enfant s’aggraverait. Dans ce contexte, il est d’ailleurs fréquent que celui-ci demande à se soulager en parlant, mais supplie qu’  » on ne fasse rien « .

    Face au cruel dilemme éthique qu’elles éprouvent alors, certaines équipes recourent quand même au signalement judiciaire : toutefois, si leur spéculation avait été fondée, les résultats sont bien plus souvent stériles que positifs. D’autres optent pour un  » non-interventionnisme actif  » (6) : différemment de la confrontation à la famille; contact maintenu avec le mineur, voire avec l’un ou l’autre membre du réseau social de la famille; recherche patiente d’une éventuelle porte de sortie.

    .5.3.2. Le traitement en cas de pédophilie.

    Le traitement de l’enfant abusé dans ce contexte et de sa famille s’inspirent fort de ce qui a déjà été esquissé. En outre, il faut examiner si des traits plus structuraux de carence affective, de désir de transgression, voire de perversion, n’existent pas chez cet enfant et n’appellent pas un traitement spécifique.

    Le traitement spécifique du pédophile présente de nombreuses difficultés, surtout lorsque son comportement est chronifié. D’abord, en cas de pédophilie, l’immense majorité des équipes psycho-sociales signale la situation aux autorités judiciaires répressives. Si celles-ci estiment les faits fondés, une partie du traitement a donc lieu en prison, puis est susceptible de rester sous contrôle judiciaire après libération. Veillons alors à ne pas appeler trop vite  » psychothérapies  » les éventuels entretiens de nature psychologique qui ont lieu dans de telles conditions, à ne pas les présenter comme des gages de libération : nous prônons un large clivage du travail psycho-social et de la démarche propre des autorités judiciaires, tout en espérant que celles-ci facilitent la mise en place de celui- là.

    Quant à ce travail, sa possible réussite est inversement proportionnelle à l’intensité du noyau structural pervers ou/et de la dynamique d’assuétude du pédophile : dans les cas peu ou moyennement graves, il faudra souvent combiner psychothérapies ( ou entretiens! ) d’introspection et d’autres d’inspiration cognitivo-behavioriste, et, si possible, constituer un petit groupe de vigilance continuée dans l’entourage du pédophile.

    Pour les cas les plus graves, hélas et actuellement nous devons faire un pronostic d’incurabilité, et donc les garder écartés de la société, ou assortir leur éventuelle libération d’un contrôle social très strict de leurs fréquentations voire de l’acceptation par eux d’une médicamentation anti-androgénique …

    Enfin, si le pédophile fait l’objet d’un non- lieu de la part des autorités judiciaires, voire s’il échappe à toutes poursuites, assez rares sont ceux qui, torturés de l’intérieur, s’adressent spontanément à un thérapeute : à celui-ci, alors, à faire preuve de déontologie – il ne peut pas s’engager au secret professionnel absolu! – et de modestie : redisons une fois encore que la combinaison de plusieurs sources d’inspiration psychothérapeutique est souvent la seule voie vraiment payante.

     

    6. En guise de conclusion : impasses et effets pervers possibles.

    – D’abord, on peut s’interroger sur l’énorme intérêt contemporain de tous pour l’abus sexuel sur mineurs d’âge. Les motivations officielles à y faire face, c’est-à-dire à combattre un mal particulièrement injuste, ne sauraient tout expliquer, pas plus que des considérations superficielles sur le sensationnalisme des média, le voyeurisme des masses ou l’activisme démonstratif des politiciens.

    On doit également s’interroger sur l’Inconscient collectif, et le retour d’un Sur- Moi répressif sélectif, après deux ou trois décennies de libéralisme sexuel tous azimuts. On doit penser aussi aux intérêts commerciaux en jeu, dirigés vers des cibles que, sur d’autres continents, on nomme des survivors, perpétuels consommateurs de soins. Enfin, l’on peut se demander si cette focalisation sur une des misères spécifiques de l’enfant ne cache pas tout ce que, par ailleurs, on ne fait toujours pas pour lui; symétriquement, la désignation d’un bouc-émissaire de choix, le pédophile, empêche de penser a bien d’autres sources d’insatisfactions sociales!

    – Ensuite, on peut mettre en question une présentation fréquente de l’abus sexuel comme un drame limité à deux acteurs : d’une part, un agent adulte, sorte de  » monstre  » à qui la société ne parle plus, et dont elle veut oublier l’ambivalence, la culpabilité et la part de richesses humaines qu’il porte souvent avec soi … d’autre part, un enfant, toujours pure victime et destiné à rester traumatisé à vie! Or, même si tous les enfants doivent être éduqués et ne peuvent jamais porter la responsabilité principale de l’abus, tous ne sont pas de pures victimes! Par ailleurs, beaucoup cicatrisent leurs plaies, surtout s’ils sont écoutés et efficacement aidés.

    En outre, dans cette présentation dyadique, on veut oublier la coresponsabilité fréquente d’un entourage indifférent ou enclin à la politique de l’autruche. Comme on veut oublier que les institutions judiciaires ou/et psycho-sociales sont assez souvent à l’origine d’une  » victimisation secondaire  » parfois plus cruelle que les dégâts de l’abus (9)

    – Enfin, nos sociétés ont misé sur la remédiation à l’abus par la mise en place d’institutions  » lourdes « . Qu’elles soient judiciaires ou psycho-sociales, nous nous confrontons toutefois à la pauvreté de leurs moyens quantitatifs, qui les condamnent à ne gérer que le  » sommet de l’iceberg « . Bien que nos propositions laissent provisoirement en suspens de très délicates questions d’appréciation des critères, n’est-il pas temps de revoir notre politique, en ne destinant à une prise en charge centrale par les institutions spécialisées que les cas les plus graves ou/et les plus récidivants? Quant aux autres, bien plus nombreux, il faudrait les laisser aux mains d’institutions plus légères, plus directement accessibles, formées et soutenues par les institutions spécialisées; et il faudrait relancer la solidarité sociale pour que, en réseau, davantage de soutien émane des milieux de vie eux-mêmes.

     

     Bibliographie.

    [1l. BARUDY J.,
    La douleur invisible de l’enfant,
    Erès, 1997, 219-239.

    [2]. BLOT M.,
    La fonction répressive dans le traitement judiciaire des abus sexuels intrafamiliaux,
    in Gabel M., Lebovici S., Mazet P., éd. Le traumatisme de l’inceste, Paris, PUF, 1997, 177-188.

    [3]. FRENKEN J.,
    Treatment of incest perpetrators : a five-phase model,
    Child abuse and neglect, 1994, 18-4, 357-366.

    [4]. FURNISS T.,
    The multi-professionnal handbook of child sexual abuse,
    London, Routledge, 1993, 278-315.

    [5]. HAESEVOETS Y.-H.,
    L’enfant victime d’inceste,
    Bruxelles, De Boeck Université, 1997, 91-140.

    [6]. HAYEZ J.-Y., de BECKER E.,
    L’enfant victime d’abus sexuel et sa famille : évaluation et traitement,
    Paris, PUF, 1997, 244-253.

    [7]. KEMPE H.,
    Sexual abuse : another hidden pediatric problem,
    Pediatrics, 1978, 62, 382-392.

    [8]. MARIAGE C.,
    Guide de l’entretien avec l’enfant, Paris, dossiers du CNEF, Ministère de l’Intérieur, 1992.

    [9]. MARNEFFE C.,
    Les abus sexuels de l’enfant : prétexte à un retour de la répression sexuelle, Acta psychiat. belg., 1995, 358-368.

    [10]. VAN GIJSEGHEM H.,
    L’enfant mis à nu. L’allégation d’abus sexuel. La recherche de vérité,
    Montréal, Ed. du Méridien, 1992, 15-32 et 67-100.

    Textes en option.

    Texte 1 : à ajouter après l’alinéa 3.1.

    3.2. Les diagnostics différentiels.

    – Si l’on se réfère au comportement de l’enfant, beaucoup de ceux qui présentent les signes d’un stress chronique post-traumatique sont agressés répétitivement par d’autres sources traumatiques qu’un abus sexuel : tous méritent néanmoins la sollicitude de l’adulte témoin de leur souffrance.

    Une sexualité compulsive, grinçante, trop ostensible, peut être le fait de certains enfants névrosés, tout comme son inverse : pudeur et inhibitions anormales. Certains enfants hyper sexualisés – très hédonistes – le sont parce qu’ils sont élevés dans une ambiance très laxiste, sans plus. Certains enfants d’âge préscolaire sont très  » pulsionnels  » et peuvent faire des offres sexuelles à l’adulte sans autre raison que leur organisation développementale du moment.

    – Si l’enfant a spontanément révélé les faits, et que l’on se pose la question de la crédibilité de ses dires, on doit se souvenir que, dans la population générale, il n’y a que 3 à 8% de fabulations et mensonges, qui sont surtout le fait de certaines catégories, le plus souvent repérables par les interviewers spécialisés : enfants très jeunes, psychopathes, jeunes adolescents quelque peu carencés affectivement … Le pourcentage de non-crédibilité atteint facilement 50% lorsque c’est un parent qui amène l’enfant, surtout un très jeune, dans le cadre d’un litige conjugal.


    Texte 2 : pourrait prendre place après 5.3.1. et avant

     » Le traitement en cas de pédophilie « .

    5.3.2. Suspicions ou certitudes d’inceste référées par un parent-témoin.

    A côté des parents fiables dont nous ne parlerons pas, nous distinguons :

    – Certains parents qui vivent une  » signification dramatisée  » (6) ; parents globalement honnêtes, mais anxieux et suggestibles qui donnent une interprétation excessive à certaines attitudes de leur partenaire.

    – D’autres, surtout dans les situations de conflits graves liés à la séparation, qui apparaissent s’être emparés du corps et/ou du discours de l’enfant. Ils sont amoraux, au moins dans ce champ ou/et porteurs de problèmes émotionnels variés, et bien souvent sous l’emprise des membres de leur famille d’origine.

    Quoiqu’il en soit, dans la démarche évaluative, mieux vaut s’abstenir d’un premier entretien réunissant ce parent témoin et l’enfant. L’équipe rencontre d’abord celui-là séparément et explore sa fiabilité. Puis, selon le degré d’intensité de sa conviction, elle rencontre l’enfant dans la perspective de recueillir une parole qui lui soit personnelle. Ce qui s’en suit est variable pour peu que la conviction de l’équipe gagne en intensité, la suite de la prise en charge devient similaire à ce qui est décrit dans le paragraphe précédent. Dans les cas inverses, on n’abandonne pas pour autant l’enfant victime d’un excès d’emprise, et on associe souvent l’autre parent, suspecté à tort, au processus d’aide.

     

    Texte 3 : pourrait figurer après 5.3.2.  » Le traitement en cas de pédophilie « .

    5.3.4.  » Simples  » suspicions émanant de professionnels de première ligne.(11)

    Soit un comportement suspect (signes de stress post-traumatique; moments de dysrégulation sexuelle ) remarqué par l’instituteur de l’enfant. Les institutions socio-thérapeutiques spécialisées recommandent alors souvent que :

    – L’adulte-témoin fasse preuve d’une grande discrétion (ne pas effaroucher l’enfant; ne pas convoquer intempestivement le parent témoin; ne rien ébruiter ), qu’il fasse vite part de ses suspicions à une équipe psycho- sociale spécialisée et qu’il se constitue alors un petit groupe d’évaluation.

    – Celui-ci peut prendre des dispositions pour approcher et  » apprivoiser  » l’enfant : observation plus fine et entretiens qui, à travers des histoires racontées ou plus directement, évoquent progressivement la possibilité de l’abus et des craintes et résistances probablement éprouvées à l’idée de le révéler … et encouragent l’enfant à être vrai.

    – Le groupe d’évaluation peut également interpeller, toujours discrètement, d’autres témoins de la vie de l’enfant et de sa famille et partager ses préoccupations avec eux. Dans certains cas, il peut décider d’y inclure le parent estimé non-abuseur.

    – Selon que cette collecte d’informations progresse vers une révélation claire et fiable, le maintien de la suspicion, ou la diminution ou la disparition de celle-ci, le groupe peut se constituer un chronogramme qui planifie son action : appel ou non aux autorités judiciaires, confrontation ou non à la famille, maintien ou non d’un contact avec le mineur ( tels sont les trois grands axes, non organiquement liés les uns aux autres, au long desquels il lui faudra s’organiser

     

    Résumé.

    L’article définit d’abord l’abus sexuel sur mineurs d’âge, et discute les limites de la définition. Puis, il décrit le fonctionnement psychologique des protagonistes de l’abus, les indicateurs de celui-ci, et les perturbations psychiques qui en résultent chez le mineur.

    L’article décrit ensuite les grands modèles de remédiation, judiciaire ou psycho-social; à propos de ce dernier, il décrit deux axes dans le traitement : interventions sociales et rencontres de paroles, et les applique aux deux grands paradigmes que sont l’inceste et la pédophilie.

    L’article se termine par quelques considérations critiques sur le discours social et les organisations institutionnelles contemporaines à propos de l’abus sexuel.

     

    Sommerize.

    Sexual abuse on children and adolescents

    The article first defines the sexual abuse on minors and discusses the limits of the definition. After that, it describes the psychological functioning of the protagonists of the abuse, the indicators of this one, and the psychic perturbations which are resulting on the minor.

    Afterwards, the article describes the main judicial and psychosocial institutional organisation to face the abuse; it displays two axes of the treatment : social interventions and talking meetings, and apply them to two main paradigms which are incest and pedophilia. The article is ending with some critical consideration on social speaking and institutional organisation about sexual abuse.

     

    De samenvatting:

    Titel : Het seksuele misbruik op kinderen en adolescenten .
    Het artikel bepaalt eerst het seksuele misbruik op kinderen en adolescenten, en bespreekt de grenzen de definitie. Vervolgens beschrijft de auteur de psychologische stoornissen vande auteur, de indicatoren van het misbruik, en de geestelijke storingen die bij de victim erover volgen.
    Het artikel beschrijft vervolgens de grote modellen van remédiation, rechterlijk of psycho-sociaal; met betrekking tot laatstgenoemde, beschrijft hij twee hoofdlijnen in de behandeling : de sociale bijstand en de samenkomsten van woorden : passen ze toe op de twee grote paradigma’s die inceste en pedofilie zijn.

    Het artikel loopt met enkele kritische beschouwingen op de sociale redevoering en de eigentijdse institutionele organisaties met betrekking tot het seksuele misbruik af.

     

    Resumen :

    Título : El abuso sexual dirigido a menores de edad.
    El artículo define en primer lugar el abuso sexual que golpea a menores de edad, y discute los límites de la definición. Luego, describe el funcionamiento psicológico de los protagonistas del abuso, los indicadores de éste, y las perturbaciones psíquicas que resultan en el joven.

    El artículo describe a continuación los grandes modelos de remédiacion, judicial o psicosocial; con respecto a este último, describe dos ejes en el tratamiento: intervenciones sociales y encuentros de palabras, y los aplican a los dos grandes paradigmas que son el inceste y la paedofilia.
    El artículo se termina por algunas consideraciones críticas sobre el discurso social y las organizaciones institucionales contemporáneas con respecto al abuso sexual.

     

    – Notes. –
    Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre, docteur en psychologie, responsable de l’Unité de pédopsychiatrie, Cliniques Universitaires Saint Luc, 10, avenue Hippocrate à B-1200 Bruxelles.

    1. de Becker, pédopsychiatre et psychothérapeute au département  » Enfants  » du service de Santé mentale Chapelle-aux-Champs de l’UCL à Bruxelles.

    (1).  Rappelons-nous cependant que la majorité des activités sexuelles entre mineurs ne participent pas de l’abus ( jeux sexuels, d’initiation, passions amoureuses, …).
    (2).  Père ou tenant-lieu de père; oncle; grand- père et, plus rarement, leurs équivalents au féminin. A noter que l’inceste dans la fratrie – fréquent – pose de multiples problèmes d’interprétation, que nous ne pourrons pas développer par manque de place : parfois proche d’un inceste parental – vu le statut de l’agent le plus actif -, parfois proche d’une sexualité pédophilique brutale, parfois jeu sexuel – ou/et amoureux – librement et bilatéralement consenti.
    (3).  Il existe cependant des exceptions à la baisse à cette ambiance émotionnelle tendue : les très jeunes enfants qui ont été confrontés à des expériences sexuelles sur un mode ludique, des enfants plus âgés qui peuvent se montrer maîtres d’eux et capables d’une communication affectivement neutre et détaillée. Il en existe aussi, plus rarement, à la hausse, chez de très jeunes enfants violentés et qui se seraient sentis menacés de destruction totale.
    (4).  D. Vrignaud, Substitut Général près la Cour d’Appel d’Amiens.
    (5).  Soyons réalistes : peu de cas poursuivis sont vraiment sanctionnés, et l’enfant se trouve souvent renvoyé à l’horreur de l’abus, avec le sentiment d’inutilité de sa seule parole; quand sanction pénale il y a, elle est parfois très – trop? – lourde, et le sort psychologique ultérieur des protagonistes n’est pas assez pris en compte; certaines interrogations et/ou confrontations en Justice sont parfois traumatisantes pour l’enfant; il n’y a pas assez de coopération entre autorités répressives, Tribunaux pour mineurs et équipes psychosociales, etc.
    (6). Lorsque ce sera le cas, nous indiquerons par les abréviations (E-R) une intervention et/ou un objectif qui peut être commun aux équipes psycho-sociales et aux autorités répressives. Les abréviations (E-M) désignent ce qui est commun aux équipes psycho-sociales et aux Tribunaux pour mineurs. Enfin, les abréviations (E-R-M) font référence à ce qui est commun aux équipes psycho-sociales et au monde judiciaire.
    (7).  L’abuseur pédophile pourrait également en bénéficier dans son propre environnement.
    (8).  A son sujet, le modèle décrit par J. Frenken nous semble un excellent paradigme (3)
    (9). Dans notre contexte, nous supposons que des programmes d’informations et de prévention ont sensibilisé les intervenants de première ligne ( instituteurs, médecins généralistes, …) à tenir de telles positions; ils les ont aussi invités à rester actifs, ou à tout le moins vigilants, dans la suite du processus.
    (10). Elle ne le signale cependant pas dans la précipitation, mais après avoir constitué une solide documentation ( entretiens de révélation ) qui, au fond, est de nature à faciliter la tâche des autorités judiciaires. Celles-ci, inévitablement, doivent procéder à des vérifications spécifiques, entre autres des dires de l’enfant, mais pourraient le faire sans multiplier indéfiniment les interrogatoires, et en permettant que l’enfant soit accompagné du confident de son choix.
    (11). Les tenants du modèle judiciaire signalent parfois leur simple suspicion, ce qui, par la suite, introduit inévitablement davantage de violence faite à l’enfant pour obtenir, peut-être, sa part de révélation.

    Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre, docteur en psychologie, responsable de l’Unité de pédopsychiatrie, Cliniques Universitaires Saint Luc, 10, avenue Hippocrate à B-1200 Bruxelles.

    1. de Becker, pédopsychiatre et psychothérapeute au département  » Enfants  » du service de Santé mentale Chapelle-aux-Champs de l’UCL à Bruxelles.

    (1)  Rappelons-nous cependant que la majorité des activités sexuelles entre mineurs ne participent pas de l’abus ( jeux sexuels, d’initiation, passions amoureuses, …).

    (2)  Père ou tenant-lieu de père; oncle; grand- père et, plus rarement, leurs équivalents au féminin. A noter que l’inceste dans la fratrie – fréquent – pose de multiples problèmes d’interprétation, que nous ne pourrons pas développer par manque de place : parfois proche d’un inceste parental – vu le statut de l’agent le plus actif -, parfois proche d’une sexualité pédophilique brutale, parfois jeu sexuel – ou/et amoureux – librement et bilatéralement consenti.

    (3)  Il existe cependant des exceptions à la baisse à cette ambiance émotionnelle tendue : les très jeunes enfants qui ont été confrontés à des expériences sexuelles sur un mode ludique, des enfants plus âgés qui peuvent se montrer maîtres d’eux et capables d’une communication affectivement neutre et détaillée. Il en existe aussi, plus rarement, à la hausse, chez de très jeunes enfants violentés et qui se seraient sentis menacés de destruction totale.

    (4)  D. Vrignaud, Substitut Général près la Cour d’Appel d’Amiens.

    (5) Soyons réalistes : peu de cas poursuivis sont vraiment sanctionnés, et l’enfant se trouve souvent renvoyé à l’horreur de l’abus, avec le sentiment d’inutilité de sa seule parole; quand sanction pénale il y a, elle est parfois très – trop? – lourde, et le sort psychologique ultérieur des protagonistes n’est pas assez pris en compte; certaines interrogations et/ou confrontations en Justice sont parfois traumatisantes pour l’enfant; il n’y a pas assez de coopération entre autorités répressives, Tribunaux pour mineurs et équipes psychosociales, etc.

    (6)  Lorsque ce sera le cas, nous indiquerons par les abréviations (E-R) une intervention et/ou un objectif qui peut être commun aux équipes psycho-sociales et aux autorités répressives. Les abréviations (E-M) désignent ce qui est commun aux équipes psycho-sociales et aux Tribunaux pour mineurs. Enfin, les abréviations (E-R-M) font référence à ce qui est commun aux équipes psycho-sociales et au monde judiciaire.

    (7)  L’abuseur pédophile pourrait également en bénéficier dans son propre environnement.

    (8)  A son sujet, le modèle décrit par J. Frenken nous semble un excellent paradigme. (3)

    (9)  Dans notre contexte, nous supposons que des programmes d’informations et de prévention ont sensibilisé les intervenants de première ligne ( instituteurs, médecins généralistes, …) à tenir de telles positions; ils les ont aussi invités à rester actifs, ou à tout le moins vigilants, dans la suite du processus.

    (10) Elle ne le signale cependant pas dans la précipitation, mais après avoir constitué une solide documentation ( entretiens de révélation ) qui, au fond, est de nature à faciliter la tâche des autorités judiciaires. Celles-ci, inévitablement, doivent procéder à des vérifications spécifiques, entre autres des dires de l’enfant, mais pourraient le faire sans multiplier indéfiniment les interrogatoires, et en permettant que l’enfant soit accompagné du confident de son choix.

    (11) Les tenants du modèle judiciaire signalent parfois leur simple suspicion, ce qui, par la suite, introduit inévitablement davantage de violence faite à l’enfant pour obtenir, peut-être, sa part de révélation.

     

    Haïti-Pédophilie : Les victimes abandonnées attendent le jugement de Connecticut.

    Par : Cyrus Sibert , souvenirfm@yahoo.fr
    Le Ré.Cit.- Réseau Citadelle, Cap-Haïtien, Haïti.
    www.reseaucitadelle.blogspot.comLe jour du jugement de Douglas Perlitz arrive à grand pas. Septembre 2010 marquera le choix des membres du jury. Le procès est fixé pour la fin de l’année, soit au mois de décembre 2010. L’incertitude et le doute qui planent sur la culpabilité de Perlitz tomberont. Les investigateurs déballeront leurs preuves.  Il n’y aura plus de justification au comportement de ceux qui abandonnent les enfants de rue de la ville du Cap-Haitien, victimes d’exploitation sexuelle au sein du Projet Pierre Toussaint.En effet, depuis décembre 2009, soit 3 mois après l’arrestation de Perlitz le 14 septembre 2009, plusieurs étrangers ont visité la ville du Cap-Haitien, dans l’objectif de mieux comprendre les circonstances qui ont conduit à l’arrestation du Directeur du Projet Pierre Toussaint.  En décembre, deux (2) journalistes de  »Connecticut Post » ont séjourné dans la deuxième ville du pays. En une semaine, ils ont visité plusieurs institutions et personnalités  et ont pu conclure qu’il y a de quoi soutenir une hypothèse accusant Douglas Perlitz d’avoir profité de sa position à la tête du projet Pierre Toussaint pour exploiter sexuellement les enfants de rue qui fréquentaient les locaux du projet.Sans vouloir juger, en consultant tous les camps, nos collègues en sont venus à la conclusion que l’accusation pourrait donner du fil à retorde à la défense de Perlitz. Ils en ont profité pour nous conseiller d’être prudent dans la ville du Cap-Haitien, où des membres du secteur des affaires souhaitent notre malheur, pour avoir causé le départ d’un homme qui leur rapportait gros.

    Ils se sont rendus à plusieurs rendez-vous dont une visite au local du village qui abrite l’école Pierre-Toussaint, des dortoirs et d’autres centres de formation.

    En janvier 2010, Paul Kendrick, un militant pour la défense des enfants victimes d’abus et d’exploitation sexuelle, à son tour, visita la ville du Cap-Haitien. Nous étions avec lui sur la route de l’Hôpital Justinien quand la terre a tremblé. Paul Kendrick a ainsi participé aux efforts de secours en faveur des sinistrés de Port-au-Prince. Ce soir du 12 janvier, c’était la confusion totale. Il voulait contacter sa famille pour la rassurer que tout allait bien pour lui, mais c’était difficile. Il a toutefois retrouvé la force de continuer sa mission qui consistait à tester les allégations contre Douglas Perlitz. Le désastre ne l’a pas empêché de continuer son travail.

    Kendrick a ainsi visité plusieurs personnalités, des enfants victimes, des médecins traitants et le village. Il a recueilli les témoignages de plus d’un qui lui ont permis de mieux comprendre la situation et de supporter sans réserve les victimes. Il en avait profité pour provoquer des échanges avec ceux qui croyaient que Douglas était innocent.

    Sur ce point, jusqu’à présent, le résultat est le même partout. Ceux qui s’obstinent à défendre Perlitz le font par amour, par amitié ou par cynisme. Ils n’ont rien de solide capable de détruire l’accusation. De plus, après une récente tournée des enquêteurs fédéraux  Américains dans le Nord, le nombre de personnes ayant dénoncé Perlitz à presque doublé. Ce ne sont plus des enfants du projet. Il y a d’autres victimes et d’autres témoignages dans d’autres localités où le prédateur a séjourné avant de s’établir au Cap-Haitien. Son antithèse qui s’appuyait sur un complot à l’intérieur du projet ne tient plus. La défense est dans l’impasse.

    Avec 22 ans d’expérience, Kendrick comprend la motivation de ce jeune qui nous a contactés en aout 2007 pour mettre un terme à la souffrance des exploités sexuels. «  C’est toujours comme ça », dit-il. « Le prédateur sexuel oublie les blessures infligées aux victimes. Souvent, ces dernières reviennent à la charge. Torturées par les cicatrices de cette violence humiliante, la victime ne se sentira  bien qu’après avoir obtenu la condamnation du bourreau. Elle sera plus déterminée quand sa sœur, son frère, ou son enfant est exposé au même danger. »

    Kendrick a ainsi filmé plusieurs témoignages. En fin de mission, avec l’embouteillage dans le trafic aérien au dessus de Port-au-Prince, il est reparti sur un vol à destination des Bahamas, à partir de la ville du Cap-Haitien, avec la détermination d’aider les victimes.

    Résultat, plusieurs papiers ont été publiés.  »Connecticut Post » a mis sous presse son rapport d’enquête journalistique sur le sujet : Betrayal of Hope (1). Une longue histoire a été publiée avec les témoignages de victimes et des professeurs, des opinions de supporteurs de Douglas, et de gouvernants haïtiens… Des éditoriaux ont été publiés  pour sensibiliser la population de Connecticut sur la souffrance des enfants de rue abandonnés avec l’arrêt du projet. Paul Kendrick a fait de même en publiant des articles sur sa visite dans  » The Mirror »(2), le journal de l’Université de Fairfield où Douglas Perlitz et lui ont étudié. Signalons au passage que Fairfield University est l’un des plus grands contributeurs  du Projet Pierre Toussaint. Aussi, Kendrcik a-t-il acheté un espace publicitaire avec un message rappelant aux membres de la communauté de l’Université Jésuite de Fairfield les valeurs proclamées par l’évangile du Christ. Celles de ne pas abandonner les personnes victimes de la méchanceté de bandits : Parabole du Bon Samaritain.

    Ces visites ont permis de renforcer les arguments donc les plaidoyers en faveur des enfants victimes. Des organisations américaines de défenses des enfants victimes d’abus sexuels ont pu intensifier et renforcer leur campagne pour que justice soit faite. Elles envisagent de mettre à la disposition des victimes le service d’un grand avocat de Massachussetts, le plus grand en matière de défense des enfants victimes.  La voix des enfants victimes a pu être entendue. Comme nous le disions à Paul Kendrick : Vous avez entendu la voix venue du puits qui criait au secours. Il ne reste qu’à apporter une aide d’urgence aux victimes qui manquent de tout.

    Malheureusement, après un an et demi, 18 mois, les victimes sont sans secours. Des membres du projet ont peur d’être attaqués en réparation. D’autres acteurs attendent. Des ONGs comme KOMBIT SANTE déclinent tout engagement dans ce domaine. Nathan Nickerson, son Directeur Exécutif le dit à qui veut l’entendre : Nous travaillons sur la Santé, nous ne pouvons pas initier des activités pour assister les victimes du Projet Pierre Toussaint. L’état haïtien, les Agences de Nations Unies, des ONG comme PADF, tous fuient le problème. Il n’y a rien pour les victimes. Le Ministère des affaires sociales, n’a rien apporté, pour supporter les jeunes victimes.

    Paradoxalement, le dossier Douglas Perlitz est si important pour les américains que plus de 25 personnes voyageront aux États-Unis lors du procès. Les Américains ont tout prévu : psychologue pour accueillir les victimes, centre d’accueil avec environnement approprié, … C’est le premier procès dans le cadre de l’application de la loi américaine interdisant à ses ressortissants, des voyages dans le but d’avoir des relations sexuelles avec des enfants. Le premier cas d’exploitation sexuelle d’enfants stoppé à partir d’une enquête journalistique en Haïti. Pourtant, dans notre pays, on fait peu de cas de ce dossier. Même sollicités, des confrères des grands médias haïtiens n’en parlent pas. Conséquences, les victimes croupissent dans la misère la plus abjecte, ce qui est un très mauvais exemple pour les enfants en situation de traite et/ou d’exploitation sexuelle. Car comme Douglas Perlitz avait prédit les victimes qui voulaient dénoncer ses forfaits : « En me dénonçant, vous allez détruire le peu que vous avez. Vous allez vous retrouver dans la rue sans nourriture, sans vêtements, sans éducation et sans argent. »

    18 mois après la fermeture du projet, la vie des enfants de rue est devenue un enfer. On se demande si on peut défendre les enfants haïtiens, face aux exploitations de toutes sortes, sans ressentir aucun remord quand ils connaitront la misère matérielle? Avec le Dossier Perlitz, nous avions développé certaines techniques de travail sur les orphelinats, les centres d’accueil et mêmes les prostituées. Nous avions même opté pour des enquêtes journalistiques le long de la frontière haitiano-dominicaine où nous avons déjà recueilli des témoignages sur une pratique de trafic d’enfants et de femmes. Cependant, a contre cœur, nous nous demandons, si nous n’allons pas augmenter le nombre d’enfants victimes abandonnés qui comptent sur nous pour pouvoir réussir leur vie dans la dignité ? Auront-ils le support de ces ONGs qui se disent protectrices des enfants ? Triste de constater qu’en Haïti, faute de structure de prise en charge, le journaliste-investigateur se retrouve dans un rôle de travailleur social qui oblige à fournir un certain encadrement aux victimes abandonnées.

    Comme dit le vieux proverbe : « Il n’est jamais trop tard pour bien faire ! » Nous souhaitons une mobilisation pour encadrer les enfants de rue victimes d’exploitation sexuelle au Cap-Haitien. Nous souhaitons que le gouvernement haïtien fournira l’assistance nécessaire, en attendant le procès et la réouverture du projet.

    1-    http://www.ctpost.com/betrayal

    2-    http://fairfieldmirror.com/author/paulkendrick/

    http://fairfieldmirror.com/2010/04/28/abandoned-children/

    Réseau citadelle(Ré.Cit.), le 02 juin 2010

    Canada-La pédophilie : une orientation sexuelle comme l’hétérosexualité pour des experts

    On sait que le Canada et le Québec luttent contre toutes les discriminations liées à l’orientation sexuelle. C’est ainsi que le Québec, toujours « pionnier », mène une action interministérielle concertée contre l’hétérosexisme, défini comme « l’affirmation de l’hétérosexualité comme norme sociale ou comme étant supérieure aux autres orientations sexuelles.

    Cette action « pilotée par un comité interministériel » contre les « attitudes et les comportements homophobes » « définit le but ultime du gouvernement comme étant l’éradication des obstacles qui s’opposent à la pleine reconnaissance des intérêts et du mode de vie des LGBT. » On luttera donc contre l’hétérosexisme en classe d’anglais, de français, de cours d’éthique et de culture religieuse et dans les cours d’éducation sexuelle, car il ne faut pas discriminer en fonction de l’orientation sexuelle nous dit-on

    Or voici que, dans le cadre de l’étude du projet de loi C-54 au parlement fédéral, des experts sont venus attester devant une commission parlementaire que la pédophilie est simplement « une orientation sexuelle » comme une autre.

    Hubert van Gijseghem

     Les deux experts, Vernon Quinsey, professeur émérite de psychologie de l’Université Queen’s, et Hubert van Gijseghem professeur de l’Université de Montréal, témoignaient devant le Comité de la justice et des droits de la personne.
      Lors de son témoignage, le professeur et psychologue Hubert van Gijseghem de l’Université de Montréal a déclaré :
      « Si on sait que le pédophile n’est pas un individu qui commet un petit acte de temps à autre mais qu’il est aux prises avec l’équivalent d’une orientation sexuelle au même titre qu’un autre est aux prises avec une hétérosexualité ou encore avec une homosexualité, et si on s’entend sur le fait que le vrai pédophile a une préférence exclusive pour les enfants et que cela est l’équivalent d’une orientation sexuelle, tout le monde comprendra qu’il ne peut être question de vraie thérapie. On ne changera pas son orientation sexuelle. Il peut évidemment toujours rester abstinent. »

     M. van Gijseghem devait ajouter :

     « En ce qui concerne la pédophilie, je crois que Dr Quinsey vient de dire exactement, en d’autres mots et peut-être mieux que moi, ce que j’ai dit déjà, à savoir qu’il s’agit d’une orientation sexuelle. Bien sûr, même une personne dont l’orientation sexuelle implique une préférence quasi exclusive pour les enfants prépubères peut être chaste ou abstinente. On voit cela, d’ailleurs, chez certains membres du clergé catholique. La chasteté existe, mais chez la grande majorité des pédophiles, le risque de passer à l’acte est beaucoup plus élevé que chez d’autres types d’abuseurs sexuels. Et comme mon collègue l’a fait, je donne ici comme exemple les abuseurs intrafamiliaux. »

    Étonné par ces déclarations, le député Marc Lemay (Abitibi-Témiscamingue, BQ), a déclaré : « Je vais essayer de me concentrer sur le sujet. Je vous avoue que je ne me serais pas attendu, en cette journée de la Saint-Valentin, à parler de ce genre d’amour déplacé. Ce n’est pas nécessairement de l’amour. C’est davantage de la violence et du contrôle. Je suis inquiet, professeur Van Gijseghem — et je vous connais bien pour avoir déjà entendu vos témoignages sur d’autres sujets —, parce que vous dites, si je vous ai bien compris, que la pédophilie est une orientation sexuelle. ».

     Le professeur montréalais a confirmé ses dires : « C’est ce que j’ai dit. » Le député abitibien est revenu à la charge : « Faudrait-il donc la comparer à l’homosexualité ? »

     La réponse a été claire : « Oui, ou à l’hétérosexualité. Si vous viviez, par exemple, dans une société où l’hétérosexualité est proscrite ou défendue et qu’on vous disait qu’il faut que vous suiviez une thérapie afin de changer d’orientation sexuelle, vous diriez probablement que c’est un peu fou. Bref, vous n’accepteriez pas du tout une telle proposition. J’utilise cette analogie pour dire que, en effet, le pédophile ne changera pas d’orientation sexuelle. »
     Durant son témoignage, le professeur Quinsey a déclaré que « les pédophiles sont ceux qui préfèrent des enfants prépubères. Il ne sont pas intéressés par des jeunes de 15 ans qui ont un corps d’adulte. » « Aucune donnée scientifique ne prouve que ce type de préférence peut être modifié grâce à un traitement ou autre forme d’intervention » d’ajouter le psychologue ontarien.
     Dans un article du Toronto Sun intitulé « Les experts [fous] dirigent l’asile », un chroniqueur s’insurge contre les propos du « Dr Hubert van Gijseghem qui se présente devant les députés pour leur dire que la pédophilie est une orientation sexuelle comme l’hétérosexualité ou l’homosexualité ».
     Ne restera-t-il plus que l’enfant-roi devienne consentant et la pédophilie sera une pratique acceptable ? Bientôt, près de chez nous, de nouveaux préjugés à abattre…

    Pédophilie à Haïti vingt-huit années d’exploitation sexuelle sous les yeux de saint-joseph

    Michael Geilenfeld en compagnie des enfants de son Centre d’Acceuil

    (Photo de Michael Geilenfeld en compagnie des enfants de son Centre d’Accueil « Maison Saint-Joseph pour Petits Garçons ».)

    Par Cyrus Sibert,Cap-Haïtien,Haïti.
    Radio Souvenir FM,106.1: souvenirfm@yahoo. fr
    Le Ré.Cit. (Réseau Citadelle):www.reseaucitadelle.blogspot.com

    Il existe à Port-au-Prince et à Jacmel trois (3) maisons d’accueil pour enfants qui représentent trois (3) foyers d’exploitations sexuelles. Aux dires de plusieurs jeunes qui ont fréquenté ces établissements,ces trois (3) » Maisons Saint-Joseph pour Enfants » réunissent un nombre important d’enfants de rue venant du Centre d’accueil de Carrefour,des bidonvilles de la Capitale et des villes de province. Elles sont dirigées par Michael Geilenfeld,un religieux au passé ombrageux qui est accusé d’abus sexuels sur des enfants démunis d’Haïti.

    Sa tactique est connue. Il habitue les enfants à des attouchements corporels allant de simples caresses des membres,des parties du tronc,des fesses,jusqu’à la sodomie. Son chien méchant appelé Micky lui servait d’arme privilégiée pour intimider ses victimes. Plusieurs anciens de Saint-Joseph Home For Boys rapportent avoir été mordus par ce chien sur l’ordre de Geilenfeld.

    Des pratiques d’abus sexuels et d’exploitation qui ont provoqué plusieurs mouvements de protestation en 1983,en 1991,et en 2005. Des jeunes danseurs des centres d’accueil Saint-Joseph,en déplacement aux Etats-Unis,ont fait des déclarations dans la presse Américaine dénonçant des abus sexuels de Michael Geilenfeld. Des victimes ont été jusqu’à déposer une plainte formelle,au Consulat Américain de Port-au-Prince,contre leur Bourreau. Ils ont indexé Michael Geilenfeld. Madame Déjean de l’IBERS a été informée à 4 reprises,selon ses témoignages.

    Geilenfeld a été traîné devant la justice haïtienne,ses accusateurs critiquent son influence sur des juges,de grands avocats de Port-au-Prince,des policiers,et le comble,sur des officiers de l’Ambassade des États-Unis à Port-au-Prince.

    Pourtant,des missionnaires américains ayant travaillé dans les différents Centres d’Accueil Saint-Joseph d’Haïti ont rapporté des faits compromettants allant dans le sens des témoignages des victimes. Mary Kolhaas et Mitchelle Finch sont deux américains qui ont eu le courage de mettre leur témoignage sur papier par devant un notaire Américain en janvier1991. ( Lisez tous les documents sur le site:http://www.dossiergeilenfeld.blogspot.com/)

    Le nombre de victimes se compte par centaines. En 28 ans,ils sont nombreux ceux qui déclarent avoir connu les assauts de Geilenfeld. Lors d’un voyage d’enquête à Port-au-Prince,Réseau Citadelle a rencontré environ une douzaine d’adultes,anciens enfants de Saint-Joseph Home for Boys. Les récits sont les mêmes:Geilenfeld leur a caressé le cou,la figure,le ventre,les fesses,il les a pressés contre son sexe en érection,et finalement les moins violents,ou les plus naïfs,ont été sodomisés. Parfois,il utilise des haïtiens pédophiles et surtout bisexuels,membres de son staff,pour les premières attaques sur les enfants fraîchement arrivés.

    Les victimes de Geilenfeld sont réparties partout à travers le monde:États-Unis,Europe,Amérique du Sud et Haïti. Après plusieurs tentatives pour stopper cet homme puissant,ils perdent confiance dans la lutte et voient en leur bourreau un homme intouchable au-dessus de la loi,grâce au pouvoir de l’argent. Les jeunes rencontrés sur le dossier n’ont pas cessé de répéter le fameux proverbe de Madame Déjean:« Lajan fè chien danse ».

    Plusieurs sont morts dans des conditions troublantes,d’autres ont tenté le suicide,la grande majorité s’est réfugiée dans le silence de l’impuissance.

    Cependant,avec l’annonce de la condamnation de Douglas Perlitz à Connecticut le 21 décembre 2010,ces jeunes marqués par les abus subis dans les Maisons Saint-Joseph reprennent confiance. Ils nous ont contacté pour les aider à relancer la campagne pour que justice soit faite.

    C’est dans cette perspective que nous avions interrogé les plus déterminés et lancé,avec l’aide d’amis américains,une enquête journalistique et un plaidoyer,en vue de forcer les autorités concernées et les membres du Conseil d’administration de « Hearts with Haiti »,l’ONG américaine qui supporte les activités de Michael Geilenfeld,à faire la lumière sur les accusations répétées d’exploitation sexuelle des enfants.

    Faut-il signaler que plusieurs pédophiles recherchés par la justice pour abus sur des enfants haïtiens ont passé un bon moment avec Michael Geilenfeld. C’est le cas pour Michael Brewer,Thony,Phillip Morris -homosexuel marié à un jeune garçon haïtien en Angleterre et de John Duarte,un prêtre catholique condamné au Canada pour pédophilie en Haïti.

    Comment un tel homme peut-il avoir l’autorisation administrative et morale pour continuer à diriger,en toute quiétude,3 maisons d’accueil pour enfants? Quel réseau se cache derrière Michael Geilenfeld?

    RÉSEAU CITADELLE (Ré.Cit.),le 10 mai 2011,15 heures 49.

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    « Ne doutez jamais qu’un petit nombre de citoyens volontaires et réfléchis peut changer le monde. En fait,cela se passe toujours ainsi »
    Margaret Mead (1901-1978)

    Outreau : la parole des enfants toujours en question

    Par Jean-Pierre Rosenczveig

    Magistrat : vice-président du TGI de Bobigny
    Président du Tribunal pour enfants de Bobigny
    Président de Défense des Enfants International – France : www.dei-france.org
    Président du Bureau International sur les droits de l’enfant (siège à Québec)
    Président de l’association Espoir (Paris)
    Président de l’APCEJ
    Président d’Objectif Familles (78)

    Ils se trompaient bien ceux qui croyaient que l’affaire d’Outreau était définitivement close après le procès en appel et l’acquittement des derniers accusés, les excuses adressées par la justice via le procureur de la République de Paris, puis l’indemnisation par l’état de tous ceux qui avaient été incarcérés. En vérité, trop auraient souhaité voir définitivement tournée une page, par certains côtés, peu glorieuse de notre histoire judiciaire, même si le dénouement fin 2005 à Paris permit de croire encore en la justice de notre pays.

    Les portes du palais refermées, il fallait déjà percer certains abcès en sachant que les dysfonctionnements ne furent pas que judiciaires. Des années (2000-2005) durant des erreurs majeures ont été commises par des policiers, par des experts, mais souvenons-nous également par des avocats et encore par nombre de journalistes. On ne pouvait pas l’ignorer même si au final des policiers, des magistrats, des avocats et des journalistes ont contribué à sauver la mise de personnes emportées par le maelstrom d’une affaire dont certains pensaient qu’elle était l’une des ramifications internationales du dossier belge mettant en cause Marc Dutroux.

    En 2006, les auditions de la commission parlementaire mandatée pour faire la lumière sur ces erreurs ont été extraordinairement suivies grâce à la retransmission télévisée. Ses conclusions n’ont pas eu les suites attendues par leurs auteurs. La loi votée dans la foulée n’était pas à la hauteur des préconisations.

    Tout logiquement la procédure disciplinaire diligentée contre le magistrat instructeur n’a pas débouché. De fait, au risque de choquer encore aujourd’hui, les erreurs d’appréciation commises, par ce magistrat et par d’autres, de tous niveaux, relevaient d’un autre registre que celui de la faute disciplinaire.

    Ajoutons que de l‘avis général, l’affaire dite d’Outreau a eu un impact sur le jugement des procédures pénales engagées contre des personnes tenues pour avoir violenté sexuellement des enfants (1) : la parole des enfants victimes est largement discréditée. Ces enfants ont menti devant les policiers et le juge et les yeux embués de commisération les enquêteurs n’ont pas su le voir. Ces mensonges reconnus en appel à Paris ont brisé plusieurs vies ! Un homme en est même mort. Il devient ainsi de plus en plus difficile de faire la preuve judiciaire de la culpabilité de pédophiles surtout lorsqu’on est dans le registre parole contre parole, faute de preuves scientifiques.

    A vouloir prendre en compte les enfants en particulier et les victimes en général on serait allés bien trop loin. Le balancier revient !

    C’est justement cette question de la parole des enfants qui est aujourd’hui relancée. Cherif Delay, l’un des enfants d’Outreau – le fils de Myriam Badaoui, la principale accusée – aujourd’hui âgé de 21 ans dans un livre à paraître le 12 mai (2) non seulement reprend ses accusations, mais n’hésite pas à affirmer que certains des acquittés sont coupables : « Neuf personnes, dont quatre sont en prison, m’ont fait du mal. Tout est gravé dans ma tête ».

    Remis en selle par ce témoignage, certains s’emballent à nouveau en affirmant que les enfants n’avaient pas menti lors de l’instruction.

    Leurs intentions ne sont peut être pas toujours désintéressées. Sophie Des Deserts dans le long article qu’elle consacre au sujet dans le Nouvel Observateur daté du 5 mai 2011 avance ainsi que derrière la requalification de la parole des enfants d’Outreau, l’enjeu est bien de requalifier la parole de certains … professionnels comme l’expert psychologue Marie-Christine Gryson mise plus bas que terre devant les cours d’assises mais aussi par la commission parlementaire dans la mesure où elle avait déclaré crédibles toutes les paroles des enfants présentés comme victimes.

     

    Un colloque a même été organisé le 24 février 2011 à Paris II-Panthéon organisé par l’Institut de Victimologie sur le thème « La parole de l’enfant après la mystification d’Outreau » pour donner une caution scientifique à cette « requalification ».

    Serge Garde, ex-journaliste, écrivain enquêteur de qualité, mais également militant engagé de l’écoute des enfants, en est convaincu notamment après avoir longuement interviewé Kevin : les enfants avaient dit la vérité ; emportés par le torrent médiatico-judicaire, leur parole a été discréditée. Il affirme cette conviction à travers le livre de Cherif Delay qu’il a coécrit.

    Bien évidemment, en face se dressent une nouvelle fois ceux pour qui on entend rejuger une vérité désormais acquise : les enfants ont bel et bien menti. M° Dupont-Moretti a beau jeu en reprenant le livre de Cherif Delay de relever qu’il ne contient aucun fait précis et vérifiable. Devant les accusations d’un jeune majeur encore en grande souffrance qui n’hésite pas à dire combien il a la rage, l’avocat renvoie à la lecture des 300 tomes de la procédure ceux qui n’hésitent pas à la relayer comme Pierre Joxe, ancien ministre devenu avocat spécialisé pour les enfants. L’ex-membre du Conseil constitutionnel fait en effet un constat sévère et une prédiction pleine de menaces: « Douze enfants reconnus victimes. Et leur parole a été confisquée, leur image interdite. Ces enfants ont vécu des choses horribles. Mais un jour ils parleront … »

    Une nouvelle fois dans cet affrontement manichéen il faut savoir raison garder.

     

    1. a) D’évidence des enfants – n’ayant pas lu le dossier je ne peux pas affirmer tous les enfants – ont été victimes d’actes ignominieux à Outreau dans les années 1995-2000. C’est tellement vrai que quatre personnes sur les 18 initialement poursuivies, dont les deux parents de Kevin devenu Cherif Delay, ont été finalement condamnés et sévèrement punis.

    Et ces personnes ont été mises en cause notamment par leurs victimes, voire ont avoué leurs crimes.

     

    1. b) Il est tout aussi établi aujourd’hui que tous les mis en examen, souvent incarcérés de longues années durant, n’étaient pas coupables !  On  peut même dire que c’est leur nombre qui a tous comptes faits évité leur condamnation tellement il est apparu invraisemblable que tous ces gens puissent être mêlé à cette sombre histoire alors que, tout au plus, une bande érotique a été découverte chez l’un d’entre eux.

     

    1. c) Il est possible que, dans le reflux du procès d’appel qui voulait que l’on revienne sur des condamnations prononcées à Saint-Omer qui ne tenaient pas la route, des coupables aient été déclarés innocents. N’oublions pas que le jugement en appel ne s’est pas déroulé sereinement malgré les efforts de la présidente Odile Mondineu unanimement saluée pour sa tenue des débats. La pression sur la cour d’assises d’appel était forte, y compris sur le plan judiciaire, pour l’acquittement. A preuve la conférence de presse tenue par le procureur de la République dans la salle d’audience pour y exprimer ses excuses aux accusés avant même que la cour et le jury aient délibéré, fait unique dans l’histoire judiciaire.

    Si le fait rapporté dans le « Nouvel Obs » est exact il est scandaleux que le curé acquitté à Paris se répande en disant sans nuance que les enfants ont menti et n’ont jamais été violés alors que Myriam Badaoui reconnait ces viols !

    Dans l’hypothèse où des coupables auraient profité du train pour échapper à la sanction, on ne peut pas s’en réjouir, mais rappeler un des fondamentaux de notre justice qui lui donne du sens: « Il vaut mieux un coupable libre qu’un innocent en prison ! »

     

    1. d) De là à affirmer en généralisant et en globalisant que les enfants d’Outreau ont menti, il y a un pas qu’il est scandaleux de franchir. Ces ont dit leur vérité d’enfant, souvent pris qu’ils étaient entre l’obligation de loyauté à l’égard de leurs parents et le refus de revivre l’insupportable qui leur avait été infligé. Certains ont cru se « racheter » en collant aux thèses de Myriam Badaoui. Il ne faudrait pas oublier qu’ils étaient victimes et enfants.

     

    1. e) De fait des professionnels ont pu être mauvais en faisant mal leur métier comme des policiers et des magistrats soit parce qu’ils étaient de mauvais professionnels soit parce qu’ils n’ont pas respecté la loi – notamment la loi du 17  juin 1989 – et les protocoles applicables dans l’audition des enfants par la police et la justice. S’ils avaient eu un minimum de sens critique ils auraient vu que certains propos d’enfants ne tenaient pas la route même si pour l’essentiel ils pouvaient avoir dit la vérité vraie. Il est également possible comme l’avance Mme Gryson qu’à l’audience l’expression de tel enfant n’ait pas été suffisamment protégée dans ce qui est somme toute une épreuve notamment devant le contrôle critique des avocats de la défense.

     

    1. f) Et puis les enfants, comme toute victime, ont leur stratégie. Il ne serait pas surprenant qu’une jeune fille après avoir affirmé avoir été violée revienne sur ses accusations quitte à ne plus en démordre malgré toutes les contradictions qui lui seraient développées ou les faits objectifs alignés pour pouvoir retrouver sa place auprès des siens. J’ai vécu cette situation voici quelques jours dans une affaire pitoyable et choquante où nous avons du condamner l’agresseur contre la volonté de ses victimes mineures.

    La contre preuve de cette analyse se trouve dans le procès d’Angers quelques mois plus tard. Cette affaire était bien plus grave que celle d’Outreau spécialement par le nombre d’enfants victimes et par le fait que souvent les familles étaient suivies par les services sociaux. L’enquête de police, l’instruction et le jugement ont été exemplaires. La loi Guigou du 16 juin 1998 que jugeait mauvaise à Outreau alors qu’elle n’avait pas été respectée devenait une bonne loi parce qu’appliquée par de bons professionnels.

    Non décidément le dossier d’Outreau n’est pas près de se refermer. D’autres paroles vont encore s’exprimer. Il ne faudra jamais oublier l’essentiel : des enfants ont été victimes ; des adultes ont été monstrueux et d’autres incompétents !

     

     

    (1)   Personnellement je ne parle jamais d’abus sexuel sur mineur, traduction de l’anglais child abuse, dans la mesure où abus pourrait signifier qu’il y a un usage normal de la sexualité des enfants !

    (2)   « Je suis debout. L’ainé des enfants d’Outreau sort du silence » Editions du Cherche-Midi.

    Publié dans ASE, Cherif Delay, Conseil Constitutionnel, Cour d’as

     

    Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

    Son blog

    rosenczveig.com

    L’avis d’un expert : « il faut être cru et soutenu par ceux qui vous aiment »

    Le professeur Roland Coutanceau, psychiatre des hôpitaux, criminologue et expert judiciaire, décrypte les troubles liés à l’inceste et leurs répercussions sur le psychisme des victimes. Entretien.


    De quels traumatismes peut souffrir une victime d’inceste ?

    Professeur Roland Coutanceau : « Ils peuvent être d’ordre chimique. Tout traumatisme a des répercussions sur le plan mental comme les troubles du sommeil, les flashes, comme les troubles de la vie avec des signes qui fonctionnent comme des spasmes et les troubles du comportement, notamment les addictions. Et évidemment des troubles de la vie affective et sexuelle. Mais ce qui nous intéresse le plus sont les traumatismes qui restent dans le psychisme, avec le vécu de honte, de mal-être, de dégoût et de culpabilité. Le traumatisme d’ordre sexuel vécu précocement est déstabilisant car c’est le traumatisme de l’humiliation qui consiste à avoir subi l’ascendant de l’autre. Il se renforce encore à travers la filiation. La question est : comment un père peut me faire ça ? Celui qui doit normalement aimer, soutenir et protéger… »
    En quoi le silence est-il plus difficile à rompre ? Et que se passe-t-il s’il n’est pas brisé ?
    « Statistiquement, les victimes vont d’autant mieux qu’elles ont parlé tôt. Et c’est d’autant plus douloureux et pathogène chez celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de parler à un autre être humain. C’est comme du pus émotionnel. Si on ne l’excise pas, il ne sort pas. Et ce pus va vous bouffer à l’intérieur. Si ce souvenir douloureux macère dans ma seule mémoire, il provoque un kyste émotionnel de douleur qui va régulièrement paralyser ma vie. Et l’inceste, parce qu’il est tabou, est statistiquement particulièrement désorganisateur et destructeur à moyen terme. Les victimes qui ont eu la chance d’en parler ne vont pas si mal. La parole est un enjeu important. Une partie du destin est liée à cette question : est-ce que j’ai pu en parler ou pas ? »
    Y a-t-il un profil type du père incestueux ?
    « Non, mais il y a des caractéristiques chez le père incestueux. Ce sont souvent des sujets rigides et tatillons. Ils sont assez souvent timides et ont peu de relations avec les femmes adultes. Certains ont connu une femme, une professionnelle ou une femme de rencontre, mais ils sont inhibé dans les relations amoureuses adultes. Mais cela ne suffit pas. Ils ont aussi un degré d’égocentrisme avec une capacité à ne pas tenir compte de la souffrance d’un proche. Il y a des pères incestueux qui sont attirés par la petite fille prépubère qui grandit, à travers sa fonction de femme. Il y a dans une moindre proportion ceux qui ont une dimension pédophile et qui ne sont attirés que par les enfants prépubères. »


    Comment une victime peut-elle se reconstruire plusieurs décennies après les faits, alors que l’action de la justice est prescrite ou l’auteur décédé ?

    « Il faut en parler socialement dans un espace thérapeutique. Je crois en la pertinence des groupes de parole. Le témoignage social est nécessaire mais il n’y a pas forcément besoin du procès. Il faut être cru et soutenu par les personnes qui vous aiment. Une victime m’a dit : « Le plus dur n’est pas ce que mon père a fait mais que ma mère ne me croit pas et me rejette. »

    Recueilli par E.L.
    « Vivre après l’inceste, haïr ou pardonner ? » est un ouvrage de Roland Coutanceau paru en 2004 aux éditions Desclée de Brouwer.

    Source de l’article

    Somalie: Les soldats de l’Union Africains accusés d’abus sexuel sur des femmes et des filles mineurs somaliennes

    Des soldats de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) ont abusé sexuellement et exploité les femmes et les filles somaliennes vulnérables sur leurs bases à Mogadiscio, selon un rapport publié hier par Human Rights Watch. Les pays fournisseurs de contingents, l’Union africaine (UA), et les bailleurs de fonds de l’AMISOM doivent s’attaquer de toute urgence à ces abus et renforcer les procédures à l’intérieur de la Somalie pour obtenir justice.

    Le rapport de 71 pages, “The Power These Men Have Over Us’: Sexual Exploitation and Abuse by African Union Forces in Somalia,”: l’exploitation et les abus sexuels des forces de l’Union africaine en Somalie, « documente l’exploitation et les abus sexuelle sur des femmes et des filles somaliennes dans deux bases de l’AMISOM dans la capitale somalienne, Mogadiscio. Depuis 2013, les soldats de l’UA en s’appuyant sur des intermédiaires somaliens, utilisant un éventail de tactiques, y compris l’aide humanitaire, pour contraindre les femmes et les filles vulnérables à une activité sexuelle. Ils ont également violée ou autrement agressée sexuellement les femmes qui cherchaient une assistance médicale ou de l’eau dans les bases de l’AMISOM. Human Rights Watch a interrogé 21 femmes et jeunes filles qui a raconté avoir été violées ou exploitées sexuellement par des militaires ougandais ou burundais servant avec les forces de l’UA.

    « Des soldats de l’Union africaine ont abusé de leurs positions de pouvoir pour exploiter les femmes et les filles les plus vulnérables de la Somalie », a déclaré Liesl Gerntholtz, directrice des droits des femmes à Human Rights Watch. « La Somalie a beaucoup de problèmes insolubles, mais les dirigeants somaliens et de l’UA pourrait mettre à terme l’exploitation et les abus sexuels en contraignant les pays qui fournissent des contingents à envoyer les responsables des agressions devant la justice. »

    L’UA et l’AMISOM devraient favoriser une culture organisationnelle de «tolérance zéro» des activités illégales sur leurs bases, selon Human Rights Watch. Ils devraient établir ou renforcer les instruments et les organismes qui ont la responsabilité de répondre à ces abus, tels que la conduite et la discipline des unités, et un organisme d’enquête indépendant au niveau de l’UA.

    Human Rights Watch a mené des recherches en Somalie, l’Ouganda et le Burundi. Toutes les femmes somaliennes et filles interrogées étaient des communautés déplacées du centre-sud de la Somalie. De plus, Human Rights Watch a interrogé plus de 30 témoins, des observateurs étrangers, le personnel militaire et des fonctionnaires des pays fournisseurs de contingents. La recherche a porté sur les incidents à Mogadiscio, où des soldats ougandais et burundais sont présents et n’exclut pas la possibilité que des abus similaires ont eue lieu ailleurs.

    Des années de conflit et la famine en Somalie ont déplacé des dizaines de milliers de femmes et les filles de leurs communautés, et de leurs réseaux de soutien familiaux et claniques. Sans possibilités d’emploi et les ressources de base, beaucoup doivent compter entièrement sur l’aide extérieure et sont contraints à des situations d’exploitation et de violence à eux-mêmes et leurs enfants.

    Le Conseil de paix et sécurité de l’Union africaine a déployé des troupes de maintien de la paix connu sous le nom de l’AMISOM en Somalie en 2007 en vertu d’un mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies, pour protéger les responsables de l’infrastructure gouvernementales somaliennes et de contribuer à apporter une aide humanitaire. Depuis lors, le mandat, la taille et la présence géographique de l’AMISOM ont augmenté de façon constante. La force alimente son personnel militaire de l’Ouganda, le Burundi, le Kenya, l’Ethiopie, Djibouti et la Sierra Leone.

    Les femmes et les filles cherchant de l’aide dans les camps de l’AMISOM à Mogadiscio sont devant un risque important, dit Human Rights Watch. Par exemple, à la fin de 2013, Qamar R. (pas son vrai nom), 15 ans, est allé à la base du contingent burundais pour obtenir des médicaments pour sa mère malade. Un interprète somalien lui a dit de suivre deux soldats burundais pour obtenir des médicaments. Ils l’ont emmenée dans une région éloignée et l’un des soldats l’ont violée. Elle a raconté à Human Rights Watch: «D’abord, il a arraché mon hijab et puis il m’a attaqué. » Comme elle partait, le deuxième soldat burundais lui a donné 10 $ US.

    Certains soldats ont exploité la pauvreté des femmes et le manque de nourriture pour le sexe. En mai 2013, Kassa D. a été présenté à un interprète somalien au camp de base de l’AMISOM. « J’étais inquiet, » dit-elle. «Je voulais courir mais je savais que la même chose qui m’a amené ici me passer à travers, cette faim atroce. J’avais fait un choix et je ne pouvais pas revenir en arrière maintenant. « Après avoir eu des relations sexuelles avec un soldat ougandais, l’interprète lui a versé 10 $.

    En 2003 la circulaire du Secrétaire général de l’ONU sur les mesures spéciales de protection contre l’exploitation et les abus sexuels est un document de politique révolutionnaire pour les missions de maintien de la paix des Nations Unies. Il interdit explicitement les casques bleus de l’échange d’argent, de biens ou de services pour le sexe.

    Les preuves suggèrent que l’exploitation sexuelle n’est pas un secret dans les bases de l’AMISOM à Mogadiscio, dit Human Rights Watch. Les femmes et les filles ont entré dans les camps à travers les portes gardées officiellement et les zones accessibles qui sont dans les zones protégé en théorie. Deux femmes ont déclaré à Human Rights Watch que les soldats avec qui ils avaient eu des relations sexuelles en échange de l’argent leur ont donné des badges officiels de l’AMISOM pour faciliter leur entrée à la base.

    « Le leadership militaire et politique de l’UA doit faire davantage pour prévenir, identifier et sanctionner les abus sexuels commis par leurs troupes», a déclaré Daniel Bekele, directeur pour l’Afrique à Human Rights Watch. « Comme une nouvelle crise alimentaire se profile dans les camps de déplacés de Mogadiscio, les femmes et les filles sont encore une fois désespérée et en manque de nourriture et de médicaments. Ils ne devraient pas avoir à vendre leur corps pour la survie de leur famille ».

    Les soldats de l’AMISOM ont également soumis des femmes et des filles à d’autres abus et les expose à de graves risques sanitaires, selon Human Rights Watch. Plusieurs femmes ont raconté avoir été giflé et battus par les soldats avec lesquels ils avaient eu des rapports sexuels. D’autres ont dit que les soldats leur avaient refusé de porter des préservatifs, en pensant aux infections sexuellement transmissibles.

    Certaines des femmes interrogées ont dit qu’ils n’ont pas signalé leur expérience parce qu’ils craignaient des représailles de leurs agresseurs, les autorités et le groupe d’insurgés islamistes d’Al-Shabaab, ainsi que la stigmatisation et la rétribution de leurs propres familles. D’autres ont dit à Human Rights Watch qu’ils étaient réticents à perdre leur seule source de revenu. En conséquence, Human Rights Watch n’a pas pu tirer des conclusions sur l’ampleur du problème ou des niveaux officiels de participation.

    Les pays qui fournissent des troupes à l’AMISOM sont principalement responsables de la conduite de leurs forces en Somalie et ont compétence exclusive sur leur personnel pour des infractions pénales. Ces pays ont, à des degrés divers, des procédures pour traiter les cas d’inconduite, y compris le déploiement de conseillers juridiques et des enquêteurs militaires et, dans le cas de l’Ouganda, l’envoi temporairement d’une cour martiale en Somalie pour juger les affaires établi.

    Pourtant, les pays qui fournissent des contingents n’ont pas fourni les ressources nécessaires pour enquêter sur les allégations ou fait des enquêtes et la poursuite judiciaire de l’exploitation et les abus sexuels comme une priorité, selon Human Rights Watch. Un seul cas de viol, dans laquelle la victime était un enfant, est arrivé devant le tribunal militaire de l’Ouganda à Kampala.

    La direction de l’AMISOM a pris des mesures pour lutter contre la violence sexuelle et sexiste, y compris l’élaboration d’une politique de prévention et de réponse à l’exploitation et les abus sexuels, et de sensibilisation à faire.

    La force de l’UA, avec les Nations Unies et le gouvernement somalien, devrait adopter des mesures visant à prévenir l’exploitation et les abus sexuels, tout en créant un environnement dans lequel les femmes peuvent se manifester et à dénoncer les abus. Les pays fournisseurs de contingents devraient renforcer leurs capacités d’enquête et de poursuite à l’intérieur de la Somalie. Ils devraient également veiller, avec l’AMISOM et de l’ONU, que les survivants reçoivent des soins et de la protection médicale et psychosociale adéquate, en particulier au cours des enquêtes et des poursuites.

    Les donateurs internationaux, notamment les Nations Unies, Union européenne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et devrait favoriser une plus grande surveillance indépendante de la conduite des troupes de l’UA et du personnel civil et veiller à ce qu’elles ne soient pas complices de violations commises par les forces de l’AMISOM, dit Human Rights Watch.

    «L’UA ne peut plus fermer les yeux sur les abus dans les bases de l’AMISOM, la manière dont sont ternis la crédibilité même de la mission», a déclaré Gerntholtz. «Les gouvernements soutenant l’AMISOM devraient travailler avec l’UA pour mettre fin à l’abus et à l’exploitation sexuelle des femmes et des filles par leurs troupes en Somalie, prendre des mesures contre les forces qui y ont contribué, et font ce qu’ils peuvent pour empêcher toute nouvelle exploitation sexuelle et la maltraitance des femmes somaliennes. »

    HCH

    Source de l’article

    La mutilation sexuelle institutionnalisée des enfants

     

    La complicité sournoise entre les pouvoirs publics, les organismes de protection de l’enfance, la sécurité sociale et la Justice française est avérée !

    Mais complice de quoi ?

    Complices de participer a la mutilation sexuelle de masse de milliers d’enfants !

    Sous couvert d’avis médicaux complètement fantaisistes, tout ce petit beau monde ferme les yeux sur un phénomène grandissant chaque année. Les enfants subissent et souffrent, eux qui sont censés  être fragiles et donc sous la protection d’une société soit disant civilisée. Civilisée pas si sur, je dirais en voie de civilisation par des religions inquisitrices qui dictent leur lois !

     

    Le sujet est sensible, aujourd’hui malheur a ceux qui osent parler des coutumes barbares que sont les mutilations sexuelles, sous couvert de traditions importées, normales dans d’autres pays ou dans d’autres ethnies ou dans d’autres croyances.

     

    Non ! En France on ne peut pas cautionner que des enfants soient opérés clandestinement ou officiellement sous le regard très voilé de toute une administration qui devrait être honteuse de ne pas voir, ou plutôt de faire l’autruche ! Le médecin voit bien le manège des parents qui font le forcing pour qu’il décrète que l’enfant est gêné,  souvent victime de soit disant infections…Le chirurgien qui ne voit que la monétisation de l’acte ou le dessous de table reçu…Les fonctionnaires de la sécu qui voient les relevés à rembourser et qui payent alors que ce sont  toujours et seulement   les mêmes populations concernées par ces opérations chirurgicales ! Les gardiennes agréées qui ne voient pas les surinfections, cicatrices, meurtrissures ! Les infirmiers et docteurs scolaires… Ils sont tous criminels ou complices.

    Je ne parle pas du peu ou pas de condamnations en justice pour de tels faits, pourtant inscrits dans notre bel et ancien code pénal ! Sauf de temps en temps lorsque l’on condamne la vilaine sorcière africaine qui a eu l’audace de venir concurrencer notre belle et grande médecine bleu blanc rouge,  surtout rouge disons le !

    Dans ce grand jeu de dupes, le seul qui ne si retrouve pas c’est l’enfant qui souffre comme une bête, et, cerise sur le gâteau, sa religion interdit souvent les antalgiques !

    Il est ou le consentement de l’enfant, le droit de dire non face a une action ireversible!

    Elle est ou la fameuse Protection de l’enfance ? Il faut bien se le demander, peut être en train d’agir contre des sites voulant faire une partie du travail qui lui revient !

    Vive la France