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    Haïti-Pédophilie : Les victimes abandonnées attendent le jugement de Connecticut.

    Par : Cyrus Sibert , souvenirfm@yahoo.fr
    Le Ré.Cit.- Réseau Citadelle, Cap-Haïtien, Haïti.
    www.reseaucitadelle.blogspot.comLe jour du jugement de Douglas Perlitz arrive à grand pas. Septembre 2010 marquera le choix des membres du jury. Le procès est fixé pour la fin de l’année, soit au mois de décembre 2010. L’incertitude et le doute qui planent sur la culpabilité de Perlitz tomberont. Les investigateurs déballeront leurs preuves.  Il n’y aura plus de justification au comportement de ceux qui abandonnent les enfants de rue de la ville du Cap-Haitien, victimes d’exploitation sexuelle au sein du Projet Pierre Toussaint.En effet, depuis décembre 2009, soit 3 mois après l’arrestation de Perlitz le 14 septembre 2009, plusieurs étrangers ont visité la ville du Cap-Haitien, dans l’objectif de mieux comprendre les circonstances qui ont conduit à l’arrestation du Directeur du Projet Pierre Toussaint.  En décembre, deux (2) journalistes de  »Connecticut Post » ont séjourné dans la deuxième ville du pays. En une semaine, ils ont visité plusieurs institutions et personnalités  et ont pu conclure qu’il y a de quoi soutenir une hypothèse accusant Douglas Perlitz d’avoir profité de sa position à la tête du projet Pierre Toussaint pour exploiter sexuellement les enfants de rue qui fréquentaient les locaux du projet.Sans vouloir juger, en consultant tous les camps, nos collègues en sont venus à la conclusion que l’accusation pourrait donner du fil à retorde à la défense de Perlitz. Ils en ont profité pour nous conseiller d’être prudent dans la ville du Cap-Haitien, où des membres du secteur des affaires souhaitent notre malheur, pour avoir causé le départ d’un homme qui leur rapportait gros.

    Ils se sont rendus à plusieurs rendez-vous dont une visite au local du village qui abrite l’école Pierre-Toussaint, des dortoirs et d’autres centres de formation.

    En janvier 2010, Paul Kendrick, un militant pour la défense des enfants victimes d’abus et d’exploitation sexuelle, à son tour, visita la ville du Cap-Haitien. Nous étions avec lui sur la route de l’Hôpital Justinien quand la terre a tremblé. Paul Kendrick a ainsi participé aux efforts de secours en faveur des sinistrés de Port-au-Prince. Ce soir du 12 janvier, c’était la confusion totale. Il voulait contacter sa famille pour la rassurer que tout allait bien pour lui, mais c’était difficile. Il a toutefois retrouvé la force de continuer sa mission qui consistait à tester les allégations contre Douglas Perlitz. Le désastre ne l’a pas empêché de continuer son travail.

    Kendrick a ainsi visité plusieurs personnalités, des enfants victimes, des médecins traitants et le village. Il a recueilli les témoignages de plus d’un qui lui ont permis de mieux comprendre la situation et de supporter sans réserve les victimes. Il en avait profité pour provoquer des échanges avec ceux qui croyaient que Douglas était innocent.

    Sur ce point, jusqu’à présent, le résultat est le même partout. Ceux qui s’obstinent à défendre Perlitz le font par amour, par amitié ou par cynisme. Ils n’ont rien de solide capable de détruire l’accusation. De plus, après une récente tournée des enquêteurs fédéraux  Américains dans le Nord, le nombre de personnes ayant dénoncé Perlitz à presque doublé. Ce ne sont plus des enfants du projet. Il y a d’autres victimes et d’autres témoignages dans d’autres localités où le prédateur a séjourné avant de s’établir au Cap-Haitien. Son antithèse qui s’appuyait sur un complot à l’intérieur du projet ne tient plus. La défense est dans l’impasse.

    Avec 22 ans d’expérience, Kendrick comprend la motivation de ce jeune qui nous a contactés en aout 2007 pour mettre un terme à la souffrance des exploités sexuels. «  C’est toujours comme ça », dit-il. « Le prédateur sexuel oublie les blessures infligées aux victimes. Souvent, ces dernières reviennent à la charge. Torturées par les cicatrices de cette violence humiliante, la victime ne se sentira  bien qu’après avoir obtenu la condamnation du bourreau. Elle sera plus déterminée quand sa sœur, son frère, ou son enfant est exposé au même danger. »

    Kendrick a ainsi filmé plusieurs témoignages. En fin de mission, avec l’embouteillage dans le trafic aérien au dessus de Port-au-Prince, il est reparti sur un vol à destination des Bahamas, à partir de la ville du Cap-Haitien, avec la détermination d’aider les victimes.

    Résultat, plusieurs papiers ont été publiés.  »Connecticut Post » a mis sous presse son rapport d’enquête journalistique sur le sujet : Betrayal of Hope (1). Une longue histoire a été publiée avec les témoignages de victimes et des professeurs, des opinions de supporteurs de Douglas, et de gouvernants haïtiens… Des éditoriaux ont été publiés  pour sensibiliser la population de Connecticut sur la souffrance des enfants de rue abandonnés avec l’arrêt du projet. Paul Kendrick a fait de même en publiant des articles sur sa visite dans  » The Mirror »(2), le journal de l’Université de Fairfield où Douglas Perlitz et lui ont étudié. Signalons au passage que Fairfield University est l’un des plus grands contributeurs  du Projet Pierre Toussaint. Aussi, Kendrcik a-t-il acheté un espace publicitaire avec un message rappelant aux membres de la communauté de l’Université Jésuite de Fairfield les valeurs proclamées par l’évangile du Christ. Celles de ne pas abandonner les personnes victimes de la méchanceté de bandits : Parabole du Bon Samaritain.

    Ces visites ont permis de renforcer les arguments donc les plaidoyers en faveur des enfants victimes. Des organisations américaines de défenses des enfants victimes d’abus sexuels ont pu intensifier et renforcer leur campagne pour que justice soit faite. Elles envisagent de mettre à la disposition des victimes le service d’un grand avocat de Massachussetts, le plus grand en matière de défense des enfants victimes.  La voix des enfants victimes a pu être entendue. Comme nous le disions à Paul Kendrick : Vous avez entendu la voix venue du puits qui criait au secours. Il ne reste qu’à apporter une aide d’urgence aux victimes qui manquent de tout.

    Malheureusement, après un an et demi, 18 mois, les victimes sont sans secours. Des membres du projet ont peur d’être attaqués en réparation. D’autres acteurs attendent. Des ONGs comme KOMBIT SANTE déclinent tout engagement dans ce domaine. Nathan Nickerson, son Directeur Exécutif le dit à qui veut l’entendre : Nous travaillons sur la Santé, nous ne pouvons pas initier des activités pour assister les victimes du Projet Pierre Toussaint. L’état haïtien, les Agences de Nations Unies, des ONG comme PADF, tous fuient le problème. Il n’y a rien pour les victimes. Le Ministère des affaires sociales, n’a rien apporté, pour supporter les jeunes victimes.

    Paradoxalement, le dossier Douglas Perlitz est si important pour les américains que plus de 25 personnes voyageront aux États-Unis lors du procès. Les Américains ont tout prévu : psychologue pour accueillir les victimes, centre d’accueil avec environnement approprié, … C’est le premier procès dans le cadre de l’application de la loi américaine interdisant à ses ressortissants, des voyages dans le but d’avoir des relations sexuelles avec des enfants. Le premier cas d’exploitation sexuelle d’enfants stoppé à partir d’une enquête journalistique en Haïti. Pourtant, dans notre pays, on fait peu de cas de ce dossier. Même sollicités, des confrères des grands médias haïtiens n’en parlent pas. Conséquences, les victimes croupissent dans la misère la plus abjecte, ce qui est un très mauvais exemple pour les enfants en situation de traite et/ou d’exploitation sexuelle. Car comme Douglas Perlitz avait prédit les victimes qui voulaient dénoncer ses forfaits : « En me dénonçant, vous allez détruire le peu que vous avez. Vous allez vous retrouver dans la rue sans nourriture, sans vêtements, sans éducation et sans argent. »

    18 mois après la fermeture du projet, la vie des enfants de rue est devenue un enfer. On se demande si on peut défendre les enfants haïtiens, face aux exploitations de toutes sortes, sans ressentir aucun remord quand ils connaitront la misère matérielle? Avec le Dossier Perlitz, nous avions développé certaines techniques de travail sur les orphelinats, les centres d’accueil et mêmes les prostituées. Nous avions même opté pour des enquêtes journalistiques le long de la frontière haitiano-dominicaine où nous avons déjà recueilli des témoignages sur une pratique de trafic d’enfants et de femmes. Cependant, a contre cœur, nous nous demandons, si nous n’allons pas augmenter le nombre d’enfants victimes abandonnés qui comptent sur nous pour pouvoir réussir leur vie dans la dignité ? Auront-ils le support de ces ONGs qui se disent protectrices des enfants ? Triste de constater qu’en Haïti, faute de structure de prise en charge, le journaliste-investigateur se retrouve dans un rôle de travailleur social qui oblige à fournir un certain encadrement aux victimes abandonnées.

    Comme dit le vieux proverbe : « Il n’est jamais trop tard pour bien faire ! » Nous souhaitons une mobilisation pour encadrer les enfants de rue victimes d’exploitation sexuelle au Cap-Haitien. Nous souhaitons que le gouvernement haïtien fournira l’assistance nécessaire, en attendant le procès et la réouverture du projet.

    1-    http://www.ctpost.com/betrayal

    2-    http://fairfieldmirror.com/author/paulkendrick/

    http://fairfieldmirror.com/2010/04/28/abandoned-children/

    Réseau citadelle(Ré.Cit.), le 02 juin 2010

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